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Elle releva la tête juste à temps pour apercevoir la silhouette de Jonas dévaler les escaliers.

Christopher, qui venait de reprendre ses esprits, se releva et sauta les marches trois par trois. Sarah s’empressa de le rejoindre, mais dut avouer que Christopher faisait cette fois preuve d’une célérité étonnante.

Malheureusement pour eux, Jonas avait pris de l’avance.

Christopher pencha rapidement la tête au-dessus de la rambarde et aperçut l’assistant de Davisburry qui dévalait les dernières marches. Le type allait leur échapper et prévenir la sécurité.

Sans réfléchir au danger, Christopher enjamba la balustrade et sauta dans le vide. Ses pieds dérapèrent sur l’une des épaules de Jonas, projetant celui-ci si violemment vers l’avant qu’il percuta le sol de face. Christopher roula sur le côté, mais, à son tour, il rata sa réception et une cinglante douleur irradia ses côtes en lui coupant le souffle.

Sarah déboula en bas de l’escalier. L’homme qu’ils poursuivaient avait perdu connaissance. Près de lui, Christopher se tenait le côté, grimaçant, cherchant désespérément à respirer. Sarah le positionna sur le dos en lui relevant légèrement la tête.

Christopher semblait à l’agonie.

Elle plaça une main sur son ventre et colla sa bouche à la sienne avant de souffler. En projetant de l’air dans ses poumons, elle débloqua la contraction musculaire de son diaphragme et Christopher respira l’air à pleine goulée.

Il avait à peine avalé une gorgée d’air qu’il fit signe à Sarah de s’occuper de l’homme qu’ils avaient réussi à arrêter.

Elle retourna ce dernier, s’assura qu’il n’avait que le nez cassé et qu’il respirait encore. Puis elle le fouilla pour lui retirer son téléphone et, enfin, elle le secoua pour le réveiller. À peine avait-il ouvert les yeux qu’elle le saisit à la gorge d’une poigne glaciale.

— Qu’est-ce que vous cherchez ici ? lui siffla-t-elle à l’oreille.

— Lâchez-moi ! éructa l’homme.

— Tais-toi ou tu meurs.

Jonas Kenston ne répondit pas.

— Qu’est-ce que vous cherchez dans ce laboratoire ? répéta-t-elle.

— Vous ne saurez rien, et n’allez pas vous imaginer une seule seconde que j’ai peur de mourir.

Sarah vit alors Christopher arriver derrière elle.

— Tiens-le bien et fais en sorte qu’on ne l’entende pas crier.

Sarah s’exécuta sans comprendre ce que Christopher comptait faire.

— On n’a plus le temps pour la compassion, murmura-t-il, et il écrasa lentement le nez brisé de Jonas.

Ce dernier écarquilla les yeux de douleur en essayant de se débattre dans tous les sens, mais Sarah le maintenait muet et immobile avec force.

— Tu n’as pas peur de mourir, mais tu es comme tout le monde, tu as peur de souffrir. Parce que ça se passe ici et maintenant et que ça s’arrêtera seulement si tu réponds à nos questions.

Le corps de Jonas se soulevait au rythme d’une respiration saccadée déclenchée par la souffrance qui venait d’irradier dans tout son corps.

— Je répète donc : qu’est-ce que vous…

Jonas montra d’un mouvement des sourcils qu’il voulait parler. Sarah décolla lentement sa main, sans trop l’éloigner de sa bouche au cas où il lui viendrait l’envie d’appeler à l’aide.

— Comment… comment avez-vous fait pour arriver jusqu’ici… vivants ? bégaya Jonas.

— Bon, je vois que tu ne comprends pas, s’agaça Christopher.

Il allait lui écraser le nez de la paume de sa main.

— Attendez, souffla Jonas. Attendez, dit-il en tremblant. Arrêtez.

Son front perlait de sueur, la peur transpirait dans son regard et il guettait la main de Christopher comme le chien battu guette le coup qui peut s’abattre à n’importe quel moment.

— À… quoi… sert… ce… laboratoire ? siffla Christopher entre ses dents.

Jonas tourna la tête et baissa les yeux.

— C’est un centre d’étude et d’analyse du rayonnement cosmique.

Jonas vit les sourcils froncés de Christopher qui s’apprêtait de nouveau à appuyer sur sa fracture.

— Nous cherchons à capturer une… particule fantôme.

Christopher s’attendait à un délire scientifique, à une expérimentation hasardeuse. Mais ce qu’il venait d’entendre n’avait rien d’absurde ou de risible. Cet homme venait d’évoquer l’un des plus grands défis auxquels la science était confrontée depuis près de soixante-dix ans.

Sarah chercha le regard de Christopher pour l’éclairer.

— Ils… ils tentent d’identifier la plus grande énigme de l’univers, dit-il.

Sarah lui fit comprendre qu’elle en attendait plus.

— Eh bien… c’est quelque chose de très bizarre à accepter, mais… disons que pour faire simple, quand tu regardes le ciel, les étoiles, les planètes ou même moi en ce moment, dis-toi que tu ne vois que 4 % de ce qui existe.

— Quoi ?

— 96 % de l’univers est constitué d’une matière qu’on ne voit pas, qui passe à travers les murs, à travers nos corps, à travers la terre, les métaux. Un truc qui existe à peine et qui pourtant régit toutes les règles de l’univers. Sans ces 96 % de matière inconnue dans l’univers, on ne pourrait pas expliquer la rotation des étoiles, les mouvements des galaxies. Le problème, c’est qu’on sait qu’elle existe, mais on ne sait pas ce qu’elle est, puisque personne n’a réussi à la voir et encore moins à la capturer pour l’analyser. Elle échappe à tous les instruments de mesure. C’est le seul élément au monde que l’on n’arrive pas à saisir. C’est pour ça qu’on l’appelle matière noire ou matière fantôme…

— Et c’est quoi le rapport avec ce qu’on a trouvé sur l’île et les recherches de ton père ?

Christopher se tourna de nouveau vers Jonas qui fermait les yeux, sur le point de s’évanouir.

— Pourquoi cherchez-vous à capturer une particule fantôme ?

Jonas rouvrit à moitié les yeux. Christopher leva le poing au-dessus de son visage, menaçant.

Quand Jonas parla, sa voix témoignait d’une pensée mûrie et si sérieuse qu’aucun doute n’était permis sur son authenticité.

— Parce que… nous sommes certains que les particules fantômes de matière noire sont… les âmes.

Christopher abaissa son poing.

— Les âmes…

— Oui. C’est pour cette raison que la science ne parvient pas à saisir les particules de cette matière, ou même à les voir. Elles sont fantômes au sens propre du terme. Ces particules sont les âmes des êtres défunts… et celles des êtres à venir, celles qui attendent d’être incarnées.

Christopher resta interdit. Sarah elle aussi semblait chamboulée.

— Comment êtes-vous arrivés à cette conclusion ? demanda-t-elle.

Jonas respirait bruyamment et faisait désormais des efforts visibles pour lutter contre l’envie de dormir.

— Grâce au graphortex et aux enregistrements des visions des morts… balbutia-t-il.

— Nous sommes au courant pour les cinq points, précisa Christopher.

Jonas rouvrit les yeux, un mélange de surprise et de terreur dans le regard.

— Vous avez…

— Oui, nous avons fait ce qu’il fallait pour savoir. Alors, quel est le lien entre les cinq points et ce que vous affirmez sur les particules fantômes et les âmes ?!

— Qu’est-ce que vous allez faire de tout ça ?

Christopher posa la main sur le visage de Jonas et ce dernier comprit qu’il allait de nouveau souffrir. Il remua la tête. Au fond de lui, il savait que ses paroles ne changeraient de toute façon plus rien à leur immense projet. Mieux encore, plus ils les gardaient dans ce vestibule, moins il leur laissait l’occasion de perturber l’expérience en cours.