Выбрать главу

— Il existe une première cartographie en trois dimensions de la matière noire située dans l’espace, qui a été exécutée par un groupe d’astronomes. Nous avons analysé cet amas… et…

Jonas jeta un œil vers la porte du couloir. On venait d’entendre des applaudissements.

— … et… ajouta-t-il. Et… nous y avons découvert cinq étoiles dont l’alignement est exactement celui des cinq points que l’âme perçoit à l’instant de notre mort. Un alignement qui n’est présent dans aucune autre région de l’univers connu. Seulement dans cet amas.

Cette fois, même Sarah se laissa distraire de son rôle de guet et tourna la tête vers Christopher. Leurs regards se croisèrent, aussi bouleversés l’un que l’autre.

— Les âmes sont la matière noire, conclut Jonas. La vie éternelle existe, les religions ont toujours eu raison.

Christopher se ressaisit, essayant de mettre de côté l’abîme métaphysique qui continuait de s’ouvrir en lui.

On entendit de nouveau des acclamations provenant de derrière la porte, comme si un groupe de personnes félicitait quelqu’un.

— Qu’est-ce qui se passe là-bas ? demanda soudainement Sarah.

Jonas sourit, comme s’il visionnait un rêve éveillé.

— Nous allons être les premiers au monde à capturer une particule de matière noire.

— Et comment ? lui opposa Christopher.

— Nous avons mis l’argent, le temps et le savoir qu’il fallait pour fabriquer le piège à neutrinos le plus fin jamais inventé. Le seul qui devrait être capable d’isoler un seul de ces éléments, dont plusieurs millions traversent actuellement votre ongle sans que vous vous en rendiez compte.

— Et après ? insista Christopher. Vous allez en faire quoi ?

La lumière du couloir clignota au moment où on perçut une forte secousse. Jonas ne put s’empêcher de sourire.

— Nous allons prouver que ce neutrino est une âme et le monde sera changé pour toujours.

— Où se trouvent les preuves de tout ce que vous venez de nous dire ? demanda Sarah.

Jonas désigna du menton la porte au fond du couloir.

— Dans le bureau de Mark Davisburry, le directeur… en haut de la passerelle. Allez-y, mais votre présence ne changera désormais plus rien.

— Le mot de passe de son ordinateur ?

— Prométhée, soupira Jonas.

Sans attendre l’approbation de Christopher, Sarah compressa le nerf vagal de Jonas et ce dernier perdit connaissance. Ils traînèrent le corps sous l’escalier et ouvrirent avec prudence la porte derrière laquelle on venait d’entendre une salve d’applaudissements.

– 48 –

Mark Davisburry se tenait sur une passerelle surplombant la gigantesque salle du centre d’expérimentation. Un espace voûté de quatre-vingt-deux mètres de long. Presque la dimension d’un terrain de football, s’étalant sur la largeur d’une autoroute à quatre voies et la hauteur d’un immeuble de quatre étages. Au centre reposait une sphère de métal de six mille tonnes, d’un diamètre de huit mètres, recouverte de milliers de photodétecteurs octogonaux, constituant le maillage le plus fin jamais produit de piège à neutrinos.

Par moments, des impulsions de lumière émaillaient la surface sphérique, indiquant qu’une particule chargée électriquement venait de traverser la nasse. Cette décharge était immédiatement analysée pour éliminer les particules de photons, protons et autres matières connues pour ne retenir que l’énigmatique neutrino, qui jusqu’alors n’était apparu sur aucun écran de détecteur parmi la petite dizaine en fonction dans le monde.

Tout autour de la sphère, une vingtaine de personnes équipées de casque de chantier admiraient le chef-d’œuvre de technologie qui allait leur permettre d’entrer dans l’histoire.

Le technicien en chef leva un regard interrogateur vers l’architecte de ce projet titanesque. Gonflé par la solennité du moment, Mark Davisburry inspira.

— Mes collègues et amis, précurseurs et génies infatigables. C’est aujourd’hui que tout votre travail trouve son accomplissement. D’ici quelques heures ou même quelques minutes, l’histoire du monde prendra un nouveau virage.

Davisburry adressa un signe de tête au technicien en chef qui se tenait près d’une console de contrôle. Ce dernier appuya sur un bouton vert. Toutes les lumières du centre s’éteignirent brièvement lorsque le courant fut injecté dans le détecteur et un vrombissement fit trembler le sol. L’équipe, qui avait jusque-là retenu son souffle, laissa échapper une clameur de joie.

Mark Davisburry se revit plus jeune, priant à genoux dans une église de son petit village de Pennsylvanie, sentant vibrer au fond de lui l’existence de cette âme qui ne pouvait mourir. Il revécut l’enthousiasme fou qui s’était emparé de lui lorsqu’il avait décidé de financer et de superviser la folle quête de Nathaniel Evans à la CIA. Puis les images des premières expériences sur les cobayes humains se mêlèrent à ses lectures nocturnes des livres des morts, et enfin les premiers résultats. Les cinq points, ces nuits entières passées à scruter l’espace jusqu’à l’intuition géniale de la matière noire et enfin la preuve qui allait tout changer. Celle qui allait asseoir la religion au sommet de la société. Celle qui allait transformer toutes les peines humaines, toutes les angoisses en espoir.

Un bip bref et particulièrement fort le tira de ses pensées. Comme l’ensemble des scientifiques présents ce jour-là, il savait ce que ce signal voulait dire.

Le technicien en chef contrôlait déjà les écrans et procédait aux vérifications à toute vitesse. Il s’y reprit à deux fois pour être certain, toute l’équipe suspendue à son verdict.

Finalement, il releva la tête, les yeux luisants d’une émotion indicible. Mark Davisburry serra les poings de victoire : en quelques minutes, la puissance de leur capteur s’était avérée sidérante. La sphère géante venait de capturer un neutrino. Une première mondiale qui ne représentait pourtant que la moitié de l’objectif final.

Restait maintenant le dernier test. Celui qui consistait à décrypter le code électrique du neutrino pour voir s’il traduisait une forme de pensée intelligente. Une expérience inédite fondée sur les toutes dernières découvertes de la pensée binaire.

— Procédez à l’analyse, ordonna fébrilement Davisburry en descendant de sa passerelle à toute vitesse.

Le technicien responsable du programme tira une chaise et s’installa devant un autre ordinateur, entouré de toute l’équipe qui regardait par-dessus son épaule. Il pianota quelques instructions sur son clavier et une série de 1 et de 0 envahit brutalement l’écran.

— Il envoie un signal, murmura-t-il les yeux écarquillés. Il envoie un signal…

Mark Davisburry venait d’arriver à son tour près de l’ordinateur, une main écrasée sur la bouche, ne croyant pas lui-même au miracle auquel il assistait.

Dans son équipe d’hommes et de femmes, certains faisaient le signe de croix ou tripotaient leurs médailles et crucifix tandis qu’un autre lisait à voix basse une longue prière qu’il avait écrite exprès pour l’occasion.

L’écran cessa d’afficher sa série de chiffres et un curseur clignotant attendit une validation pour le décodage.

Mark Davisburry leva le doigt solennellement et pressa la touche « Entrée ». Une jauge de calcul s’afficha sur l’écran et commença à grandir, au fur et à mesure du déchiffrage.

D’ici quelques secondes, ils liraient le message inscrit dans la particule de matière noire qu’ils venaient de capturer. Une découverte inouïe qui prouverait l’existence et la survie de l’âme.

La barre venait de dépasser les 50 % de progression et une impatience insoutenable électrisait le groupe de scientifiques. Mark Davisburry lui-même, d’ordinaire calme, ne put s’empêcher de se rogner la peau du pouce.