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Ceci n'est qu'un pis-aller, espérons que nous obtiendrons le résultat voulu.

Le métal commença de rougir et soudain des signes apparurent sur le papier noirci. des mots se formèrent lentement en lettres de feu.

Sur ce petit fragment de papier on pouvait lire six mots et la fin d'un autre :

enez-vous de la petite Daisy Armstrong.

Ah ! s'exclama Poirot.

Cela vous apprend-il quelque chose ? demanda le médecin.

Les yeux brillants, le détective posa sa pince.

Oui. A présent, je connais al le véritable nom du mort et la raison pour laquelle il ne résidait plus en Amérique.

Comment s'appelait-il ?

Cassetti.

Cassetti !... Ce nom évoque en moi un souvenir. Je ne sais plus au juste. Ne s'agit-il pas d'une affaire qui s'est passée aux Etats-Unis ?

Oui, répondit Poirot.

Poirot, peu enclin à se montrer communicatif, promena son regard autour de lui et conclut :

Nous en reparlerons tout à l'heure. Assurons-nous d'abord si rien de ce qu'il y a à voir ne nous a échappé.

D'une main habile, il inspecta de nouveau les poches du défunt sans rien découvrir d'intéressant. Il essaya d'ouvrir la porte de communication entre les deux compartiments, mais de l'autre côté le verrou était poussé.

Un point m'intrigue, remarqua le docteur Constantine. Si l'assassin ne s'est pas enfui par la fenêtre, si cette porte de communication était fermée au verrou de l'autre côté, et si la porte du couloir était non seulement fermée à clef mais aussi au moyen de la chaîne de sûreté, par où le meurtrier a-t-il pu sortir ?

C'est ce que veut savoir le public lorsqu'un illusionniste est emprisonné pieds et poings liés dans une armoire.

Vous dites ?

Je prétends, expliqua Poirot, que si le meurtrier veut nous faire croire qu'il a sauté par la fenêtre, il s'arrangera pour que les deux autres issues paraissent impraticables. Comme pour l'illusionniste de l'armoire, il existe un truc là-dessous. A nous de le démasquer !

Il poussa le verrou de la porte de communication et expliqua ce geste :

C'est pour le cas où l'excellente Mrs Hubbard s'aviserait de recueillir des détails inédits sur le crime pour les transmettre à sa fille.

Il jeta un dernier coup d'œil dans le compartiment.

Il ne nous reste plus rien à faire ici, dit-il. Allons rejoindre M. Bouc.

L'Enlèvement de la petite Armstrong

M. Bouc achevait son omelette.

J'ai jugé plus pratique de faire servir immédiatement le déjeuner dans le wagon- restaurant. Une fois les tables débarrassées, M. Poirot pourra procéder à l'interrogatoire des voyageurs. En attendant, j'ai commandé qu'on nous apporte notre repas ici.

Excellente idée ! s'exclama Poirot.

Aucun des trois hommes n'avait grand' faim et le repas fut vite expédié, mais ce fut seulement au moment du café que M. Bouc fit allusion au sujet qui les préoccupait.

Eh bien ? demanda-t-il.

Eh bien, j'ai découvert l'identité de la victime et je sais pour quelle raison cet homme a dû quitter l'Amérique.

Qui est-ce ?

Avez-vous entendu parlé du bébé Armstrong ? C'est cet individu qui a tué la petite Daisy Armstrong. Cassetti.

Je me souviens à présent de ce drame horrible. bien que les détails m'échappent.

Le colonel Armstrong était un Anglais, décoré de la Croix de Victoria. Il était Américain par sa mère, la fille de Van der Halt, un millionnaire de Wall Street. Il épousa la fille de Linda Arden, la plus célèbre tragédienne américaine de l'époque, et tous deux se fixèrent en Amérique. De leur union naquit une petite fille qu'ils idolâtraient. A l'âge de trois an, cette enfant fut enlevée par des bandits qui offrirent de la rendre contre une somme fabuleuse. Je ne m'étendrai pas sur les détails de l'affaire. Sachez seulement qu'après un versement de deux cent mille dollars, on découvrit le cadavre de l'enfant ; la mort remontait à quinze jours au moins. L'indignation publique fut à son comble. Mais le pire devait se produire. Mrs Armstrong attendait un second bébé. Bouleversée par ces évènements, elle mit au monde un enfant mort-né et elle-même succomba. Fou de douleur, son mari se tua d'un coup de revolver.

Mon Dieu, quelle lamentable tragédie ! Je m'en souviens à présent, dit M. Bouc. Mais n'a-t-on pas eu une autre mort à déplorer ?

Si. celle d'une pauvre servante française ou suisse, je ne sais plus, que la police soupçonnait de complicité avec les bandits. On refusa d'écouter ses énergiques protestations. En fin de compte, poussée par le désespoir, la malheureuse se jeta d'une fenêtre et se tua sur le coup. Par la suite, son innocence fut démontrée de façon éclatante.

Quelle chose horrible !...

Six mois plus tard, Cassetti fut arrêté comme chef de la bande qui avait volé l'enfant. Les malfaiteurs avaient employé la plus sinistre des méthodes. De crainte d'être arrêtés par la police, ils avaient supprimé l'enfant, caché le cadavre, et continuaient à soutirer autant d'argent que possible avant la découverte du meurtre.

« Je puis vous affirmer ceci : Cassetti était l'assassin. Mais grâce à l'énorme fortune qu'il avait entassée et au chantage qu'il exerçait sur certaines personnalités, il fut acquitté par la suite d'une faute dans la procédure. Néanmoins, la populace l'aurait lynché s'il n'avait eu l'habileté de se déguiser et de quitter l'Amérique sous un faux nom. Depuis lors, il voyageait et vivait luxueusement de ses revenus.

Ah ! l'immonde personnage ! proféra M. Bouc. d'un air dégoût. Ce n'est pas moi qui déplorerai sa perte.

Moi, non plus !

Il n'était tout de même pas nécessaire de le mettre à mort dans l'Orient-Express ! L'exécuteur aurait pu choisir un autre endroit.

Poirot esquissa un sourire en soupçonnant M. Bouc de partialité en l'occurrence.

Il reste maintenant à savoir si le meurtre a été perpétré par une bande rivale que Cassetti aurait trahie dans le passé, ou s'il s'agit d'un acte de vengeance personnelle.

Poirot répéta à M. Bouc les mots découverts par lui sur le fragment de papier carbonisé.

Si mes présomptions sont justes, cette lettre a été brûlée par le meurtrier. Pourquoi ? Parce qu'elle contenait ce nom : Armstrong, qui donnait la clef du mystère.

Y a-t-il d'autres membres de la famille Armstrong encore vivants ?

Je l'ignore, malheureusement. Mais il me souvient d'avoir lu quelque part que Mr Armstrong avait une jeune sœur.

Poirot exposa ensuite ses constations et celles du docteur Constantine. Le visage de M. Bouc s'éclaira lorsqu'il fut question de la montre arrêtée.

Nous avons là l'heure exacte du crime.

Oui. Ce renseignement est précieux, dit Poirot d'un ton si étrange que les deux autres le regardèrent, ahuris.

Ne m'avez-vous pas dit que vous aviez entendu Ratchett parler au conducteur à une heure moins vingt ? lui demanda M. Bouc.

Poirot relata minutieusement les événements de la nuit.

Eh bien, tout semblerait prouver que Cassetti. ou Ratchett, comme je continuerai à l'appeler - vivait encore à une heure moins vingt.

Une heure moins vingt-trois, exactement.

Autrement dit, à minuit trente-sept, Mr Ratchett était bien vivant. C'est un fait indiscutable.

Poirot se contenta de regarder pensivement devant lui.

On frappa à la porte et le maître d'hôtel entra.

Le wagon-restaurant est libre, monsieur, annonça-t-il.