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Tire-d’Aile sauta, ses pattes avant percutant la poitrine de Perrin, qui tituba en arrière puis bascula dans le vide.

— Fuis les Frères des Ténèbres !

Alors que le vent sifflait à ses oreilles, les contours de la flèche et du loup se brouillèrent devant les yeux de Perrin.

— Pourquoi ? Tire-d’Aile, il faut que je sache pourquoi !

— La Dernière Chasse approche…

Perrin se réveilla en sursaut, ébloui par la lueur de la bougie qui brûlait sur sa table de chevet. Derrière la fenêtre, des éclairs zébraient le ciel et le tonnerre faisait trembler la vitre.

— Que voulait-il dire ? La Dernière Chasse ?

Je n’avais pas allumé de bougie…

— Tu parles tout seul… Et tu délires dans ton sommeil.

Perrin sursauta et se maudit de ne pas avoir remarqué le parfum aux senteurs d’herbes. Les coudes sur les genoux et le menton appuyé sur les poings, Zarine avait pris place sur un tabouret, à côté de la table de chevet.

— Tu es ta’veren, dit la Quêteuse, comme si elle comptait sur ses doigts. L’homme de pierre pense que tes yeux voient des choses qui échappent aux siens. Des Hommes Gris veulent ta peau. Tu voyages avec une Aes Sedai, un Champion et un Ogier. Enfin, tu libères un Aiel enfermé dans une cage, et tu massacres des Capes Blanches. Qui es-tu, paysan ? Le Dragon Réincarné ?

Le ton moqueur de Zarine aurait dû rassurer Perrin, mais il se sentit pourtant très mal à l’aise.

— Qui que tu sois, géant, avoir un peu plus de poils sur la poitrine ne te ferait pas de mal.

Perrin frémit, s’empara d’une couverture et la tira jusque sous son menton.

Par la Lumière ! elle continue à me forcer à faire des bonds comme une grenouille sur un rocher chauffé par le soleil !

Le visage de Zarine était à moitié dans l’ombre, il le distinguait très mal, sauf quand un éclair plus fort que les autres illuminait son profil si particulier et pourtant loin d’être déplaisant. Min ne lui avait-elle pas dit un jour qu’il devrait fuir une belle femme ? Après avoir identifié Lanfear, dans un de ses rêves-loups, il avait cru qu’il s’agissait d’elle – quelle femme aurait pu surpasser en beauté la Fille de la Nuit ? Mais Lanfear n’était qu’un songe. En revanche, Zarine était assise à côté de son lit, et elle le regardait avec ses yeux noirs inclinés…

— Que fais-tu ici ? demanda Perrin. Que me veux-tu ? Et pour commencer, qui es-tu ?

Zarine éclata de rire.

— Je suis Faile, paysan, une Quêteuse du Cor de Valère ! Tu me prends pour la femme de tes rêves ? Pourquoi as-tu sursauté ainsi ? On aurait cru que je t’avais fait peur.

Avant que Perrin ait trouvé les mots pour répondre, la porte s’ouvrit à la volée et Moiraine se campa sur le seuil de la chambre.

— Tes rêves sont aussi fiables que ceux d’une Rêveuse, dit-elle, pâle comme la mort. Les Rejetés arpentent le monde, et l’un d’eux règne sur l’Illian.

44

Traqués

Perrin sauta de son lit et commença à s’habiller sans s’inquiéter que Zarine se rince l’œil ou non. Bien que sachant ce qu’il entendait faire, il demanda quand même à Moiraine :

— On fiche le camp ?

— C’est recommandé, sauf si tu veux faire plus ample connaissance avec Sammael.

Comme pour ponctuer cette phrase, le tonnerre gronda et un éclair déchira la nuit.

Depuis son irruption, l’Aes Sedai avait à peine accordé un regard à Zarine.

Alors qu’il finissait de fourrer le pan de sa chemise dans son pantalon, Perrin regretta soudain de ne pas porter sa veste et sa cape. Depuis que Moiraine avait nommé le Rejeté, la température semblait avoir chuté dans la chambre.

Comme si Ba’alzamon ne suffisait pas… Voilà que nous avons les Rejetés sur le dos, à présent ! Trouver Rand peut-il encore changer les choses ? N’est-il pas déjà trop tard ?

— Sammael…, souffla Zarine. Un des Rejetés règne… Par la Lumière !

— Tu veux toujours nous accompagner ? demanda Moiraine. Je ne te forcerai pas à rester ici, dans les circonstances présentes, mais je veux bien te donner une dernière chance d’aller voir ailleurs si j’y suis…

Voyant Zarine hésiter, Perrin se pétrifia, sa veste à moitié enfilée. À coup sûr, personne ne pouvait choisir d’accompagner des gens poursuivis par un des Rejetés. Maintenant qu’elle connaissait les enjeux, la Quêteuse devait renoncer…

Sauf si elle a une très bonne raison de nous suivre.

En toute logique, entendre dire qu’un des Rejetés était libre aurait dû inciter une personne sensée à embarquer sur le premier bateau du Peuple de la Mer en partance pour l’autre côté du désert des Aiels. Que Zarine reste là à réfléchir était déjà incroyable…

— Non, dit Zarine, semblant être arrivée à une décision raisonnable. (Perrin en fut soulagé – mais pas longtemps.) Non, je n’irai pas ailleurs voir si vous y êtes… Que vous me conduisiez au Cor de Valère ou non, aucun Quêteur, même en trouvant l’artefact, ne pourra se vanter de participer à une histoire comme celle-là. Cette saga sera racontée jusqu’à la fin des temps, Aes Sedai, et j’en ferai partie !

— Non ! explosa Perrin. Ce n’est pas une réponse suffisante. Que veux-tu ?

— Je n’ai pas de temps à perdre en prises de bec, dit Moiraine. Le « seigneur Brend » risque d’apprendre à tout moment qu’un de ses Chiens des Ténèbres est mort. Ne doutez pas un instant qu’il fera le rapprochement avec un Champion, et qu’il se lancera à la recherche de l’Aes Sedai de ce Gaidin. Tu veux rester là à jacasser jusqu’à ce qu’il ait découvert où tu es, Perrin ? Et toi, gamine ? Allons, filez, tous les deux ! Filez !

Moiraine sortit et disparut dans le couloir avant que l’apprenti forgeron ait pu dire un mot.

Zarine ne perdit pas de temps, détalant de la chambre sans même emporter sa bougie. Après avoir récupéré ses affaires, Perrin courut vers l’escalier de derrière en finissant de boucler son ceinturon d’armes. En chemin, il rattrapa Loial, qui tentait de fourrer un livre relié de bois dans une de ses sacoches de selle tout en mettant sa cape. Alors qu’ils dévalaient les marches, Perrin aida l’Ogier avec le vêtement.

Zarine rejoignit les deux amis juste avant qu’ils se précipitent dehors sous la pluie battante.

Ne prenant pas le temps de relever sa capuche, Perrin rentra la tête dans les épaules et courut vers les écuries.

Elle doit avoir une autre raison… Figurer dans une fichue légende ne suffit pas, sauf si elle est folle à lier.

Ses boucles trempées mornement aplaties sur sa tête, l’apprenti forgeron entra en trombe dans les écuries.

Moiraine était déjà là, vêtue d’une cape cirée qui ruisselait d’eau. Brandissant une lanterne, Nieda fournissait de la lumière à Lan, qui finissait de seller les chevaux. Perrin remarqua une nouvelle monture – un hongre bai dont les imposants naseaux n’étaient pas sans rappeler le nez de Zarine.

— J’enverrai des pigeons tous les jours, dit l’aubergiste. Et personne ne me soupçonnera. Par la bonne Fortune ! même les Capes Blanches m’ont à la bonne…

— Écoute-moi bien, femme ! cria Moiraine. Je ne parle pas d’un Fils de la Lumière ou d’un Suppôt des Ténèbres. Tu vas déguerpir de cette ville, et emmener avec toi tous les gens qui te sont chers. Depuis plus de dix ans, tu m’obéis, alors, continue !

Nieda capitula à contrecœur, s’attirant un soupir exaspéré de l’Aes Sedai.

— Le hongre bai est pour toi, gamine, dit Lan à Zarine. Monte en selle ! Si tu ne sais pas chevaucher, il faudra apprendre sur le tas. Ou accepter ma proposition.