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— Sans blague ? lâcha froidement l’ancienne Sage-Dame.

— Ma sœur, ça nous concerne, insista Galad. Ta sécurité est notre premier souci. (Il regarda Egwene, qui crut défaillir d’émotion.) Pour moi, votre sécurité à toutes est d’une importance capitale. Enfin, pour nous…

— Je ne suis pas ta sœur ! s’écria Elayne.

— Tu voulais de la compagnie, dit Gawyn avec un sourire, et nous sommes restés avec toi… De quoi te plains-tu ? Après tout ce que nous avons enduré pour être ici, Galad et moi, nous méritons de savoir où tu étais. Plutôt que d’être confronté à notre mère une minute, je préférerais me laisser malmener du matin au soir par Galad dans la cour d’entraînement. Tiens, j’aimerais même mieux me faire passer un savon par Coulin à longueur de journée !

Le maître d’armes Coulin était connu pour imposer une discipline de fer à tous ses élèves. Qu’il s’agisse d’aspirants Champions ou de membres d’une famille royale, comme Gawyn et Galad.

— Refuse notre lien de parenté si ça te chante, dit Galad, ça ne l’empêchera pas d’exister. Et mère nous a chargés de veiller sur toi.

— S’il t’arrive malheur, renchérit Gawyn, elle nous fera écorcher vifs. Si nous n’avions pas su la convaincre, elle nous aurait ramenés avec elle. Je n’ai jamais entendu parler d’une reine qui ait fait décapiter ses fils, mais si nous ne revenons pas avec toi, ça risque fort de changer…

— Je suis sûre que vous l’avez convaincue afin de me sauver, lâcha Egwene. Pas parce que vous creviez d’envie de finir votre formation avec les Champions.

Gawyn s’empourpra.

— Ta sécurité seule comptait, assura Galad, comme s’il croyait à ce qu’il disait.

En tout cas, il parvint à en convaincre Egwene.

— Nous avons fait comprendre à notre mère que tu aurais besoin qu’on s’occupe de toi, si tu revenais un jour.

— Qu’on s’occupe de moi ? répéta Elayne, incrédule.

Mais Galad ne se démonta pas.

— La Tour Blanche est un lieu dangereux, désormais. Il y a eu des meurtres mystérieux, et des Aes Sedai comptent parmi les victimes. C’est censé être un secret, mais tu sais ce qu’il en est dans les palais… De plus, j’ai entendu dans les couloirs mêmes de la tour des rumeurs au sujet de l’Ajah Noir. Par ordre de notre mère, dès que tu seras assez formée pour ne pas te mettre en danger, nous devrons te ramener à Caemlyn.

En guise de réponse, Elayne pointa fièrement le menton et se détourna.

— Nynaeve, soupira Gawyn, Galad et moi ne sommes pas ses ennemis. Nous voulons l’aider, voilà tout. Ça nous serait venu naturellement, mais comme mère nous l’a ordonné, personne ne nous fera renoncer à notre devoir.

— Les ordres de Morgase n’ont aucun poids à Tar Valon, répondit l’ancienne Sage-Dame. Cela dit, je n’oublierai pas votre proposition. Si nous avons besoin d’aide, vous serez parmi les premiers à le savoir. Pour l’heure, j’aimerais que vous vous retiriez.

Elle désigna la porte, mais Gawyn fit comme s’il n’avait pas compris.

— C’est très joli, tout ça, mais Morgase sera informée du retour d’Elayne, et elle voudra savoir pourquoi elle est partie sans une explication. Et ce qu’elle a fait pendant des mois. Voyons, ma sœur, la tour entière était en ébullition. Mère était folle de rage et d’inquiétude. J’ai cru qu’elle allait raser la Tour Blanche à mains nues.

Elayne se retourna, l’air un peu coupable, et Gawyn saisit l’ouverture au vol :

— Tu me dois au moins ça, Elayne. Que la Lumière me brûle ! quelle tête de pioche ! Tu disparais pendant des mois, et tout ce que je sais, c’est que tu es venue ici pour échapper à Sheriam. Tout ça parce que tu es en larmes après un passage dans son bureau. En larmes… et apparemment plus en état de t’asseoir.

La saillie de trop, visiblement, car Elayne se hérissa de nouveau, les poings convulsivement serrés.

— Ça suffit ! cria Nynaeve. (Gawyn et Galad voulurent polémiquer, mais elle les foudroya du regard.) J’ai dit que ça suffisait ! Plus un mot ! Elayne ne vous doit rien, ni à l’un ni à l’autre. Si elle ne veut rien vous dire, c’est son droit le plus strict. Vous vous croyez dans la salle commune d’une auberge ? Ici, vous êtes dans ma chambre, et je vous somme d’en sortir !

— Mais, Elayne…, souffla Gawyn.

— Nous voulions seulement…, commença Galad.

Nynaeve cria assez fort pour couvrir leurs voix à tous deux :

— Vous avez la permission d’entrer dans les quartiers des Acceptées ? Vous voyant bouche bée, comme pour gober des mouches, je crains bien que non. Je vais compter jusqu’à trois. Si vous n’êtes pas sortis de ma vue et de ma chambre quand j’aurai terminé, j’écrirai une missive bien sentie au maître d’armes Coulin. Ce Champion a des bras bien plus musclés que ceux de Sheriam Sedai, et je m’assurerai de mes yeux, n’en doutez pas un instant, qu’il en fera bon usage sur vous.

— Nynaeve, vous ne…, voulut plaider Gawyn.

Mais Galad lui fit signe de se taire. Puis il approcha de l’ancienne Sage-Dame.

Sous son sourire enjôleur, Nynaeve garda un visage de marbre, mais elle tira instinctivement sur sa robe, histoire de la défroisser. Egwene ne fut pas surprise par cette réaction. À part les sœurs de l’Ajah Rouge, elle n’avait jamais vu aucune femme résister au sourire de Galad.

— Nynaeve, je vous implore de pardonner notre intrusion. Si c’est votre volonté, nous allons sortir, bien entendu. Mais n’oubliez pas : un seul mot de vous, et nous accourrons sur-le-champ. Et quelle que soit la raison de votre fugue, vous pouvez également compter sur nous à ce sujet.

Nynaeve rendit son sourire au jeune homme.

— Un…, égrena-t-elle simplement.

Galad tressaillit et son sourire s’effaça. Très calme cependant, il se tourna vers Egwene :

— Egwene, dit-il, plus que quiconque d’autre, tu peux m’appeler au secours quand tu voudras. Et pour n’importe quelle raison. J’espère que tu le sais…

— Deux…, lâcha froidement Nynaeve.

Galad lui jeta un regard courroucé. Se levant, Gawyn se dirigea prestement vers la porte.

— Nous nous reparlerons…, assura Galad à Egwene.

Il la gratifia d’une révérence, sourit, et gagna à son tour la sortie d’un pas nonchalant.

— Et…

Gawyn sortit en hâte et Galad lui-même accéléra le pas, sans pour autant se départir de sa grâce.

— Trois ! acheva Nynaeve au moment où la porte se refermait sur les deux importuns.

Comme une fillette, Elayne en tapa de joie dans ses mains.

— Oh ! très bien joué ! s’exclama-t-elle. Je ne savais pas que les hommes étaient interdits dans les quartiers des Acceptées.

— Normal, puisque c’est faux, dit Nynaeve. Mais ces deux idiots ne le savaient pas non plus. (Elayne tapa de nouveau dans ses mains et éclata de rire.) Je les aurais simplement priés de partir, si Galad n’avait pas pris les choses de haut. Ce gamin est beaucoup trop beau pour son propre bien.

Egwene aurait bien éclaté de rire aussi. Galad avait à peine un an de moins que l’ancienne Sage-Dame – qui continuait de tirer sur les plis de sa robe, comme s’il était encore là.

— Galad…, souffla Elayne, pleine de dédain. Il nous ennuiera encore, et je ne sais pas si tu réussiras deux fois à le rouler dans la farine. Il fait toujours ce qu’il juge juste, sans se soucier des dégâts, y compris ceux qu’il s’inflige à lui-même.

— Ne t’inquiète pas, j’ai d’autres astuces en réserve… Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir en permanence ces deux damoiseaux collés à nos basques… Hum… Elayne, si tu veux, je peux préparer un onguent qui te soulagera.

La Fille-Héritière secoua la tête, puis elle s’étendit sur le lit – sur le ventre, évidemment ! –, le menton reposant sur ses mains croisées.