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— Si Sheriam le découvrait, nous aurions toutes les deux droit à une séance dans son bureau… Egwene, tu n’as pas dit grand-chose, depuis un moment. Un chat t’a mangé la langue ? (Elayne se rembrunit.) Ou est-ce Galad ?

Egwene s’empourpra.

— Je n’ai pas voulu me disputer avec lui, c’est tout.

— Oui, c’est ça… C’est ça… Je reconnais qu’il est séduisant, mais il ne faut surtout pas s’y fier. C’est un personnage affreux, parce qu’il ne tient pas compte des autres, se fiant exclusivement à ce que lui dicte sa conscience. Dit comme ça, je sais que ça n’a pas l’air bien grave, et encore moins affreux, mais à l’usage, c’est invivable. Il n’a jamais désobéi à notre mère, même pour une transgression sans importance. Je ne l’ai jamais vu mentir ni enfreindre le moindre règlement. S’il surprend quelqu’un en flagrant délit de mensonge, même véniel, il ne manifestera aucune supériorité morale, comme s’il était normal que les autres soient incapables de vivre selon ses critères. Mais ça ne l’empêchera pas de dénoncer le coupable – sans mépris… et sans pitié non plus.

— Ça paraît… gênant…, admit Egwene, mais pas affreux. Franchement, je ne vois pas Galad commettre une mauvaise action.

Elayne secoua la tête comme si elle n’en croyait pas ses oreilles. Egwene refusait de voir l’évidence, et ça l’étonnait de la part d’une fille si intelligente.

— Si tu veux t’intéresser à quelqu’un, essaie Gawyn. Il est très gentil, la plupart du temps, et il s’est entiché de toi.

— Gawyn ? Il me regarde à peine quand nous nous rencontrons.

— Bien entendu, petite sotte, puisque les yeux semblent vouloir te sortir de la tête dès que tu les poses sur Galad.

Egwene s’empourpra de plus belle, mais elle dut reconnaître que ce n’était pas tout à fait faux.

— Quand ils étaient enfants, continua Elayne, Galad a sauvé la vie de Gawyn. Du coup, mon frère ne montrera jamais son intérêt pour une fille qui plaît à son bienfaiteur. Mais je l’ai entendu parler de toi, et je sais ce que je dis. De toute façon, il ne peut rien me cacher…

— C’est intéressant à savoir, fit Egwene. (Voyant son amie sourire, elle eut un rire de gorge.) Avec un peu de chance, je pourrai le convaincre de me confier certaines choses, au lieu de t’en parler…

— Tu devrais choisir l’Ajah Vert… Les sœurs de cette obédience se marient parfois. Gawyn est très épris, et tu ferais une excellente épouse pour lui. En plus, je serais ravie que tu deviennes ma sœur.

— Si vous avez fini de jacasser, intervint Nynaeve, nous pourrions passer aux choses sérieuses.

— Oui, dit Elayne, par exemple ce que la Chaire d’Amyrlin vous a raconté après mon départ.

— Je préférerais qu’on évite ce sujet, marmonna Egwene, qui détestait mentir à son amie. Ce n’était rien de bien plaisant, tu sais…

Elayne parut de nouveau ne pas en croire ses oreilles.

— Beaucoup de gens pensent que j’ai droit à un traitement de faveur parce que je suis la Fille-Héritière. En réalité, c’est une raison pour qu’on soit encore plus dure avec moi. Vous n’avez pas commis plus de « forfaits » que moi. Si la Chaire d’Amyrlin vous a rudoyées, elle aurait été deux fois plus mordante avec moi. Alors, que vous a-t-elle dit ?

— Ce que je vais dire devra rester entre nous, déclara Nynaeve. L’Ajah Noir…

— Nynaeve, s’exclama Egwene, la Chaire d’Amyrlin a dit qu’Elayne ne devait rien savoir !

— L’Ajah Noir ! cria la Fille-Héritière. (Elle se redressa sur les genoux, au milieu du lit.) Après avoir prononcé ces deux mots, vous ne pouvez pas me laisser dans l’ignorance. Essayez un peu, pour voir ?

— Je n’ai jamais eu l’intention de te faire des cachotteries, assura Nynaeve. (Egwene la dévisagea comme si elle la voyait pour la première fois.) Ne me regarde pas comme ça, Egwene ! C’est toi et moi que Liandrin voyait comme une menace. Toi et moi qui avons failli nous faire tuer…

— Vous faire tuer ? gémit Elayne.

L’ancienne Sage-Dame ne releva pas l’interruption.

— Et pourquoi cette tentative d’assassinat ? Peut-être parce que nous sommes toujours une menace. Ou parce que nos ennemies savent que nous avons parlé en privé avec la Chaire d’Amyrlin. Qui sait ? elles savent peut-être même ce qu’elle nous a dit. Nous avons besoin d’une alliée inconnue de nos adversaires – et si la Chaire d’Amyrlin n’est pas au courant non plus, tant mieux pour nous ! Personnellement, je ne me fie guère plus à elle qu’à l’Ajah Noir. Elle veut nous utiliser, et je n’ai pas envie que ça aille trop loin. Tu peux comprendre ça, petite ?

Egwene acquiesça à contrecœur.

— Elayne, dit-elle, ce sera aussi dangereux que ce que nous avons vécu à Falme. Voire plus… Tu n’es pas obligée de t’impliquer, cette fois…

— Je le sais bien… Quand le royaume d’Andor entre en guerre, le Premier Prince de l’Épée commande les troupes, mais la reine chevauche à ses côtés. Il y a sept cents ans, lors de la bataille de Cuallin Dhen, les Andoriens étaient sur le point de perdre lorsque la reine Modrellein, seule et sans armes, a chargé les soldats de Tear en brandissant la bannière au Lion. Pour la sauver, ses guerriers se regroupèrent, attaquèrent une dernière fois… et remportèrent la victoire. Voilà le genre de bravoure qu’on attend de la reine d’Andor ! Si je n’ai pas encore appris à contrôler totalement ma peur, il faudra que ce soit fait lorsque je m’assiérai sur le Trône du Lion. (D’un seul coup, la jeune fille oublia son humeur maussade et sourit.) Pour finir, vous croyez que je vais rater une aventure histoire de pouvoir mieux récurer des chaudrons ?

— L’un n’empêchera pas l’autre, dit Nynaeve, et prie pour qu’on pense que c’est ta seule occupation… Bon, ouvre bien les oreilles…

Elayne obéit… et ce qu’elle entendit la laissa bouche bée. Les révélations de la Chaire d’Amyrlin, la mission secrète, la tentative d’assassinat… Frissonnant en entendant parler de l’Homme Gris, elle lut la recommandation confidentielle avec des yeux ronds, puis la rendit à Nynaeve en murmurant :

— J’aimerais tant avoir le même document quand je reverrai ma mère…

Lorsque l’ancienne Sage-Dame eut fini de lui décrire la mission, la Fille-Héritière se montra nettement moins enthousiaste.

— C’est comme être envoyée dans les collines pour trouver des lions, sans seulement savoir s’il y en a encore. Mais si c’est le cas, c’est eux qui nous traqueront, et ils pourraient très bien être déguisés en buissons. Mais tout ce qu’on nous demande au fond, c’est de dire où sont les fauves avant qu’ils nous dévorent.

— Si tu as peur, dit Nynaeve, rien ne t’oblige à t’impliquer. Mais si tu commences, il sera impossible de revenir en arrière.

— Bien sûr que j’ai peur ! Tu me prends pour une idiote ? Mais je ne suis pas terrorisée au point de renoncer comme ça…

— Il y a autre chose, souffla Nynaeve. Je crains que la Chaire d’Amyrlin ait décidé de laisser mourir Mat.

— Les Aes Sedai sont censées ne pas refuser leur aide si on la leur demande…

Hésitant entre l’indignation et l’incrédulité, Elayne s’écria :

— Pourquoi condamnerait-elle Mat ? Non, je n’y crois pas !

— Moi non plus ! lança Egwene.

La Chaire d’Amyrlin n’a pas voulu dire ça, j’en suis sûre. Ce serait un meurtre !

— En chemin, Verin nous a répété tous les jours que la Chaire d’Amyrlin le ferait soigner.

Nynaeve secoua la tête.

— Non, elle a dit que la Chaire d’Amyrlin s’occuperait de lui. Ce n’est pas la même chose. Tout à l’heure, je n’ai pas obtenu de réponse précise, lors de notre entretien privé. Il se peut que la décision ne soit pas encore prise…