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« Vous ne seriez pas par hasard une novice, alors ? » Il avait entendu dire que les novices étaient habillées de blanc, mais au fond de lui-même il ne le croyait pas. À côté d’elle, Elayne a l’air d’un chien battu. Élayne. Un autre nom surgi dans son cerveau.

« Nullement, rétorqua Séléné avec un pli sardonique aux lèvres. Disons simplement que je suis quelqu’un dont les intérêts coïncident avec les vôtres. Ces… ces Aes Sedai ont l’intention de se servir de vous, mais cela vous plaira, je pense, dans l’ensemble. Et vous l’accepterez. Vous convaincre de chercher à conquérir la gloire n’est pas nécessaire.

— Se servir de moi ? » Le souvenir lui revint d’y avoir songé mais à propos de Rand, d’avoir songé que les Aes Sedai voulaient utiliser Rand et non pas lui. Elles n’ont pas le moindre sacré besoin de moi. Par la Lumière, c’est impossible ! « Que voulez-vous dire ? Je ne suis pas quelqu’un d’important. Je ne suis utile à personne d’autre que moi. Quel genre de gloire ?

— Je savais que cela vous intéresserait. Vous surtout. »

Son sourire fit tourner la tête de Mat. Il fourragea de la main dans ses cheveux. La couverture glissa et il la rattrapa précipitamment avant qu’elle tombe. « Écoutez donc, elles ne se préoccupent pas de moi. Est-ce que ça compte, que j’aie sonné du Cor de Valère ? « Je ne suis qu’un paysan. » Peut-être me croient-elles lié d’une manière quelconque à Rand. Non, Vérine a dit… Il ne se rappelait plus avec précision ce qu’avait dit Vérine, ou Moiraine, mais il estimait que la plupart des Aes Sedai ignoraient tout de Rand. Il entendait que cela continue, au moins jusqu’à ce qu’il se soit suffisamment éloigné. « Rien qu’un simple garçon de la campagne. Je veux seulement explorer un peu le monde puis retourner à la ferme de papa. » Qu’est-ce qu’elle veut dire avec sa gloire ?

Séléné secoua la tête comme si elle avait entendu ses pensées. « Vous êtes plus important que vous ne le savez présentement. Plus important certes que ces soi-disant Aes Sedai ne s’en doutent. Vous pouvez conquérir la gloire, si vous êtes assez intelligent pour ne pas vous fier à elles.

— Ce qu’il y a de sûr, c’est que vous ne paraissez pas vous y fier, vous. » Soi-disant ? Une idée lui vint, mais il ne réussit pas à la formuler. « Êtes-vous une… Êtes-vous… » Ce n’était pas le genre de chose dont on accuse quelqu’un.

« Une Amie du Ténébreux ? » suggéra Séléné d’un ton moqueur. Elle semblait amusée, pas irritée. Elle esquissait une moue de dédain. « Un de ces minable sectateurs de Ba’alzamon qui s’imaginent qu’il leur donnera puissance et immortalité ? Je ne suis à la remorque de personne. Il y a un homme auprès de qui je pourrais me tenir, mais suivre quelqu’un, non. »

Mat eut un rire nerveux. « Bien sûr. » Sang et cendres, une Amie du Ténébreux n’avouerait pas en être une. Armée probablement d’une dague empoisonnée, si c’en est une. Il avait un souvenir embrumé d’une femme vêtue comme quelqu’un de haute naissance, une Amie du Ténébreux avec une dague dangereuse dans sa main fine. « Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire. Vous avez… vous avez l’air d’une reine. Voilà ce que j’avais en tête. Êtes-vous une noble Dame ?

— Mat, Mat, vous devez apprendre à me faire confiance. Oh ! je me servirai de vous, moi aussi – vous avez une nature trop soupçonneuse, surtout depuis que vous portez ce poignard, pour que je le nie – mais ma façon de vous utiliser vous vaudra richesse, puissance et gloire. Je ne vous contraindrai pas. J’ai toujours pensé que les hommes obtiennent de meilleurs résultats s’ils agissent par conviction plutôt que forcés. Ces Aes Sedai n’ont même pas compris à quel point vous êtes important et lui essaiera de vous dissuader ou de vous tuer, mais je suis en mesure de vous donner ce que vous désirez.

— Lui ? » releva Mat avec vivacité. Me tuer ? Par la Lumière, c’est Rand après qui elles en ont, pas moi. Comment connaît-elle l’existence du poignard ? Je suppose que la Tour entière est au courant. « Qui veut me tuer ? »

Séléné serra les lèvres comme si elle en avait trop dit. « Vous savez ce que vous voulez, Mat, et je le sais tout aussi bien que vous. Vous devez choisir à qui ajouter foi pour que cela se réalise. J’admets que je me servirai de vous. Ces Aes Sedai ne l’admettront jamais. Je vous conduirai à la richesse et à la gloire. Elles vous tiendront en laisse jusqu’à votre mort.

— Vous parlez, vous parlez, rétorqua Mat, mais qu’est-ce qui me prouve que tout cela est vrai ? Qu’est-ce qui me prouve que je peux me fier à vous plutôt qu’à elles ?

— En écoutant ce qu’elles vous disent et ce qu’elles ne vous disent pas. Vous diront-elles que votre père est venu à Tar Valon ?

— Papa était ici ?

— Un homme appelé Abell Cauthon avec un autre nommé Tam al’Thor. Ils ont refusé sans désemparer de déguerpir jusqu’à ce qu’une audience leur soit accordée, à ce que j’ai appris, parce qu’ils voulaient connaître où vous étiez, vous et vos amis. Et Siuan Sanche les a renvoyés aux Deux Rivières les mains vides, sans même leur indiquer que vous étiez vivant. Les Aes Sedai vous renseigneront-elles là-dessus, à moins que vous ne le demandiez ? Peut-être même pas, étant donné le risque que vous tendez de vous enfuir pour repartir chez vous.

— Papa croit que je suis mort ? dit lentement Mat.

— Rien n’empêche qu’il soit averti que vous êtes en vie. Je peux y veiller. Réfléchissez à qui accorder votre confiance, Mat Cauthon. Vous raconteront-elles, ces Aes Sedai qu’en cette heure même Rand al’Thor cherche à s’échapper et que celle qui se nomme Moiraine le pourchasse ? Vous préviendront-elles que l’Ajah Noire infeste leur précieuse Tour Blanche ? Vous expliqueront-elles même comment elles ont l’intention de vous utiliser ?

— Rand cherche à s’échapper ? Mais… » Peut-être savait-elle que Rand s’était proclamé le Dragon Réincarné et peut-être que non, mais ce n’est pas lui qui l’en préviendrait. L’Ajah Noire ! Sang et sacrées cendres ! « Qui êtes-vous, Séléné ? Si vous n’êtes pas Aes Sedai, qui êtes-vous ? »

Elle eut un sourire qui dissimulait des secrets. « Rappelez-vous seulement qu’il y a un autre choix. Ce n’est pas nécessaire que vous soyez une marionnette pour la Tour Blanche ou une proie pour les Amis de Ba’alzamon. Le monde est plus complexe que vous ne pouvez l’imaginer. Pour le présent, agissez comme le désirent ces Aes Sedai, mais souvenez-vous que vous êtes libre de choisir. Le ferez-vous ?

— Je n’ai pas tellement de choix, à mon avis, répliqua-t-il d’un ton maussade. Je suppose que oui. »

Le regard de Séléné se durcit. Sa voix se dépouilla de son ton amical comme un serpent qui mue abandonne sa vieille peau. « Vous supposez ? Je ne suis pas venue à vous comme cela, je ne vous ai pas parlé de cette façon, pour une réponse aussi ambiguë, Matrim Cauthon. » Elle allongea une main aux doigts fuselés.

Sa main était vide et elle se tenait au milieu de la chambre, mais il recula pour s’écarter de cette main, comme si elle était au-dessus de lui brandissant un poignard. Il ne comprenait pas pourquoi, si ce n’est qu’une menace luisait dans ses yeux et qu’il était sûr que cette menace était réelle. Des fourmillements lui parcoururent la peau et sa migraine revint.