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– Ces gamins m'énervent. Fous-les dehors. L'officier demande:

– Jaloux?

L'ami répond:

– De ceux-là? Grotesque! Deux petits sauvages.

– Ils sont beaux, ne trouves-tu pas?

– Peut-être. Je ne les ai pas regardés.

– Tiens, tu ne les as pas regardés. Alors, regarde-les.

L'ami devient rouge:

– Que veux-tu à la fin? Ils m'énervent avec leur air sournois. Comme s'ils nous écoutaient, nous épiaient.

– Mais ils nous écoutent. Ils parlent parfaitement notre langue. Ils comprennent tout.

L'ami devient pâle, il se lève:

– C'en est trop! Je m'en vais!

L'officier dit:

– Ne fais pas l'imbécile. Sortez, les enfants.

Nous sortons de la chambre, nous montons dans le galetas. Nous regardons et écoutons.

L'ami de l'officier dit:

– Tu m'as rendu ridicule devant ces gamins stupides. L'officier dit:

– Ce sont les deux enfants les plus intelligents que j'aie jamais rencontrés.

L'ami dit:

– Tu dis ça pour me blesser, pour nie faire mal. Tu fais tout pour me tourmenter, pour m'humilier. Un jour, je te tuerai!

L'officier jette son revolver sur la table:

– Je ne demande que ça! Prends-le. Tue-moi! Vas-y!

L'ami prencile revolver et vise l'officier:

– Je le ferai. Tu verras, je le ferai. La prochaine fois que tu me parleras de lui, de l'autre, je te tuerai. L'officier ferme les yeux, sourit:

– Il était beau… jeune… fort… gracieux… délicat… cultivé… tendre… reveur… courageux… éloquent… J'aimais. Il est mort sur le front de l'Est. Il avait dix-neuf ans. Je ne peux pas vivre sans lui.

L’ami jette le revolver sur la table et dit:

– Salaud!

L'officier ouvre les yeux, regarde son ami:

– Quel manque de courage! Quel manque de caractère!

L'ami dit:

– Tu n'as qu'à le faire toi-même, si tu as tant de courage, si tu as tant de chagrin. Si tu ne peux pas vivre sans lui, suis-le dans la mort. Tu voudrais encore que je t'aide? Je ne suis pas fou! Crève! Crève tout seul!

L'officier prend le revolver et l'appuie contre sa tempe. Nous descendons du galetas. L'ordonnance est assis devant la porte ouverte de la chambre. Nous lui demandons:

– Vous croyez qu'il va se tuer?

L'ordonnance rit:

– Vous, pas avoir peur. Eux, toujours faire ça quand trop boire. Moi, décharger deux revolvers avant.

Nous entrons dans la chambre, nous disons à l'officier:

– Nous vous tuons si vous le voulez vraiment. Donnez-nous votre revolver.

L'ami dit:

– Petits saligauds!

L'officier dit en souriant:

– Merci. Vous êtes gentils. On jouait seulement. Allez dormir.

Il se lève pour fermer la porte derrière nous, il voit l'ordonnance:

– Vous êtes encore là?

L'ordonnance dit:

– Je n'ai pas reçu la permission de partir.

– Allez-vous-en! Je veux avoir la paix! Compris?

A travers la porte nous l'entendons encore qui dit à son ami:

– Quelle leçon pour toi, espèce de chiffe molle!

Nous entendons aussi le bruit d'une bagarre, des coups, le fracas de chaises renversées, une chute, des cris, des halètements. Puis c'est le silence.

Notre premier spectacle

La servante chante souvent. Des chansons populaires anciennes et de nouvelles chansons à la mode qui parlent de la guerre. Nous écoutons ces chansons, nous les répétons sur notre harmonica. Nous demandons aussi à l'ordonnance de nous apprendre des chansons de son pays.