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Le développement de nos spectacles

Nous apprenons à jonglér avec des fruits: des pommes, des noix, des abricots. D'abord avec deux, c'est facile, puis avec trois, quatre, jusqu'à ce que nous arrivions à cinq.

Nous inventons des tours de prestidigitation avec des cartes et avec des cigarettes.

Nous nous entraînons aussi à l'acrobatie. Nous savons faire la roue, des sauts périlleux, des culbutes en avant et en arrière, et nous sommes capables de marcher sur les mains avec une aisance parfaite.

Nous revêtons de très vieux habits trop grands pour nous que nous avons trouvés dans la malle du galetas: des vestons à carreaux, amples et déchirés, de larges pantalons que nous attachons à la taille avec une ficelle. Nous avons aussi trouvé un chapeau noir rond et dur.

L'un de nous fixe un poivron rouge sur son nez et l'autre une fausse moustache faite avec des cheveux de maïs. Nous nous procurons du rouge à lèvres et nous agrandissons notre bouche jusqu'aux oreilles.

Ainsi déguisés en clowns, nous allons sur la place du marché. C'est là qu'il y a le plus de magasins et le plus de monde.

Nous commençons notre spectacle en faisant beaucoup de bruit avec notre harmonica et avec une courge évidée transformée en tambour. Quand il y a suffisamment de spectateurs autour de nous, nous jonglons avec des tomates ou même avec des œufs. Les tomates sont de véritables tomates, mais les œufs sont évidés et remplis de sable fin. Comme les gens l'ignorent, ils poussent des cris, ils rient, ils applaudissent quand nous faisons semblant d'en attraper un de justesse.

Nous poursuivons notre spectacle avec des tours de prestidigitation et nous le terminons avec de l'acrobatie. Pendant que l'un de nous continue à faire la roue et des sauts périlleux, l'autre fait le tour des spectateurs en marchant sur les mains, le vieux chapeau entre les dents.

Le soir, nous allons dans les bistrots sans déguisement.

Nous connaissons bientôt tous les bistrots de la ville, les caves où le vigneron vend son propre vin, les buvettes où l'on boit debout, les cafés où vont les gens bien habillés et quelques officiers qui cherchent des filles.

Les gens qui boivent donnent facilement leur argent. Ils se confient facilement aussi. Nous apprenons toutes sortes de secrets sur toutes sortes de gens.

Souvent, on nous offre à boire et, peu à peu, nous nous habituons à l'alcool. Nous fumons aussi les cigarettes qu'on nous donne.

Partout nous avons beaucoup de succès. On nous trouve une belle voix; on nous applaudit et on nous rappelle plusieurs fois.

Théâtre

Parfois, si les gens sont attentifs, pas trop ivres et pas trop bruyants, nous leur présentons une de nos petites pièces de théâtre, par exemple l'Histoire du pauvre et du riche.

L'un de nous fait le pauvre, l'autre le riche.

Le riche est assis à une table, il fume. Entre le pauvre:

– J'ai fini de débiter votre bois, monsieur.

– C'est bon. L'exercice fait beaucoup de bien. Vous avez très bonne mine. Vos joues sont toutes rouges.

– J'ai les mains gelées, monsieur.

– Approchez! Montrez! C'est dégoûtant! Vos mains sont pleines de crevasses et de furoncles.

– Ce sont des engelures, monsieur.

– Vous, les pauvres, vous avez tout le temps des maladies répugnantes. Vous êtes sales, voilà l'ennui avec vous. Tenez, voilà pour votre travail.

Il lance un paquet de cigarettes au pauvre qui en allume une et commence à fumer. Mais il n'y a pas de cendrier là où il se trouve, près de la porte, et il n'ose pas s'approcher de la table. Il secoue donc les cendre de sa cigarette dans la paume de sa main. Le riche, qui aimerait que le pauvre s'en aille, feint de ne pas voir que l'homme a besoin d'un cendrier. Mais le pauvre ne veut pas quitter aussitôt les lieux parce qu'il a faim. Il dit: