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Mais plutôt, toi qui fis ce merveilleux ouvrage, Ariste, c'est à toi d'en instruire nôtre âge. Seul tu peux révéler par quel art tout puissant Tu rendis tout-à-coup le chantre obéissant. Tu sais par quel conseil rassemblant le chapitre Lui-même, de sa main, reporta le pupitre; Et comment le prélat, de ses respects content, Le fit du banc fatal enlever à l'instant. Parle donc: c'est à toi d'éclaircir ces merveilles. Il me suffit pour moi d'avoir su, par mes veilles Jusqu'au sixième chant pousser ma fiction, Et fait d'un vain pupitre un second Ilion. Finissons. Aussi bien, quelque ardeur qui m'inspire, Quand je songe au héros qui me reste à décrire, Qu'il faut parler de toi, mon esprit éperdu Demeure sans parole, interdit, confondu.
Ariste, c'est ainsi qu'en ce sénat illustre Où Thémis, par tes soins, reprend son premier lustre, Quand, la première fois, un athlète nouveau Vient combattre en champ clos aux joutes du barreau, Souvent sans y penser ton auguste présence Troublant par trop d'éclat sa timide éloquence, Le nouveau Cicéron, tremblant, décoloré, Cherche en vain son discours sur sa langue égaré: En vain, pour gagner temps, dans ses transes affreuses, Traîne d'un dernier mot les syllabes honteuses; Il hésite, il bégaie; et le triste orateur Demeure enfin muet aux yeux du spectateur.

Nicolas Boileau-Despreaux

(1636-1711)

Poète et critique Français, né à Paris, auteur d'Odes, de Satires, d'Epîtres, de l'Art poétique, du Lutrin