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Deux fois par jour, pendant les seize jours que dura l'expérience, enfermé dans une pièce d'où il n'est jamais sorti, le sujet Smith se plaçait devant un appareil automatique à battre les cartes. À l'intérieur de cet appareil, dans un tambour, un millier de cartes étaient agitées. Il s'agissait non pas de cartes à jouer ordinaires, mais de cartes simplifiées, dites cartes de Zener. Ces cartes, employées depuis longtemps pour les expériences de parapsychologie, sont toutes de même couleur. Elles portent un des cinq symboles suivants : trois lignes ondulées, cercle, croix, carré, étoile. Deux fois par jour, sous l'action d'un mouvement d'horlogerie, l'appareil éjectait une carte, au hasard, à une minute d'intervalle. Le sujet Smith regardait fixement cette carte en tâchant d'y penser intensément. À la même heure, à 2 000 kilomètres de distance, à des centaines de mètres de profondeur sous l'océan, le lieutenant Jones essayait de deviner quelle était la carte que regardait le sujet Smith. Il notait le résultat, et faisait contresigner la feuille d'expérience par le commandant Anderson. Sept fois sur dix, le lieutenant Jones devina juste. Aucun truquage n'était possible. Même si l'on suppose les complicités les plus invraisemblables, il ne pouvait y avoir aucune liaison entre le sous-marin en plongée et le laboratoire où se trouvait le sujet Smith. Les ondes de T.S.F. elles-mêmes ne peuvent pénétrer plusieurs centaines de mètres d'eau de mer. Pour la première fois dans l'histoire de la science, on avait obtenu la preuve indiscutable de la possibilité, entre deux cerveaux humains, de communiquer à distance. L'étude de la parapsychologie entrait enfin dans une phase scientifique.

C'est sous la pression des nécessités militaires que fut faite cette grande découverte. Dès le début de 1957, la fameuse organisation Rand, qui s'occupe des recherches les plus secrètes du gouvernement américain, déposait un rapport sur ce sujet devant le président Eisenhower. « Nos sous-marins, pouvait-on y lire, sont maintenant inutiles, car il est impossible de communiquer avec eux lorsqu'ils sont en plongée, et surtout lorsqu'ils seront sous la croûte polaire. Tous les moyens nouveaux doivent être employés. » Pendant un an, le rapport Rand ne fut suivi d'aucun effet. Les conseillers scientifiques du président Eisenhower pensaient que l'idée rappelait trop les tables tournantes. Tandis que le « bip-bip » de Spoutnik I résonnait comme un glas au-dessus du monde, les plus grands savants américains décidèrent qu'il était temps de foncer dans toutes les directions, y compris celles que les Russes dédaignaient. La science américaine fit appel à l'opinion publique. Le 13 juillet 1958, le supplément du dimanche du New York Herald Tribune publiait un article du plus grand spécialiste militaire de la presse américaine, Ansel E. Talbert.

Celui-ci écrivait : « Il est indispensable pour les forces armées des États-Unis de savoir si l'énergie émise par un cerveau humain peut influencer, à des milliers de kilomètres, un autre cerveau humain… Il s'agit là d'une recherche tout à fait scientifique, et les phénomènes constatés sont, comme tout ce qui est produit par l'organisme vivant, alimentés en énergie par la combustion des aliments dans l'organisme…

« L'amplification de ce phénomène pourra fournir un nouveau moyen de communication entre les sous-marins et la terre ferme, peut-être même, un jour, entre des navires voyageant dans l'espace interplanétaire et la terre. »

À la suite de cet article et de nombreux rapports de savants confirmant le rapport Rand, des résolutions furent prises. Des laboratoires d'études sur la nouvelle science de parapsychologie existent maintenant à la Rand Corporation, à Cleveland, chez Westinghouse, à Friendship, dans le Maryland, à la General Electric, à Schenectady, à la Bell Telephone, à Boston, et même au centre de recherches de l'armée, à Redstone, Alabama. Dans ce dernier centre, le laboratoire qui étudie la transmission de la pensée se trouve à moins de 500 mètres du bureau de Werner von Braun, l'homme de l'espace. Ainsi, la conquête des planètes et la conquête de l'esprit humain sont-elles prêtes, déjà, à se tendre la main.

En moins d'une année, ces puissants laboratoires ont obtenu plus de résultats que des siècles de recherches dans le domaine de la télépathie. La raison en est bien simple : les chercheurs sont repartis de zéro, sans idée préconçue. Des commissions furent envoyées dans le monde entier : en Angleterre, où des enquêteurs prirent contact avec des savants authentiques ayant vérifié les phénomènes de transmission de pensée. Le docteur Soal, de l'Université de Cambridge, a pu donner aux enquêteurs des démonstrations de communications, à plusieurs centaines de kilomètres de distance, entre deux jeunes mineurs du pays de Galles.

En Allemagne, la commission d'enquête rencontra des savants tout aussi indiscutables, comme Hans Bender et Pascual Jordan, qui avaient observé non seulement des phénomènes de transmission de pensée, mais encore qui ne craignaient pas de l'écrire. En Amérique même, les preuves se multipliaient. Un savant chinois, le docteur Chin Yu Wang, a pu, avec l'aide de quelques confrères également chinois, donner à des experts de la Rand Corporation des preuves apparemment tout à fait concluantes de la transmission de la pensée.

Comment procède-t-on pratiquement pour obtenir des résultats aussi étonnants que l'expérience du lieutenant Jones et du sujet Smith ?

Il faut pour cela trouver une paire d'expérimentateurs, c'est-à-dire deux sujets dont l'un fait émetteur et l'autre récepteur. Ce n'est qu'en employant deux sujets dont les cerveaux sont en quelque sorte synchronisés (les spécialistes américains emploient le terme résonance, emprunté à la T.S.F., tout en étant conscients de ce que ce terme a de vague) qu'on obtient des résultats réellement sensationnels.

Ce qu'on constate donc dans les travaux modernes, c'est une communication dans un seul sens. Si l'on inverse, si l'on fait émettre par le sujet qui recevait, et réciproquement, on n'obtient plus rien. Pour maintenir des communications efficientes dans les deux sens, il faudra donc « deux » couples émetteurs-récepteurs, autrement dit :

– un sujet émetteur et un sujet récepteur à bord du sous-marin ;

un sujet émetteur et un sujet récepteur dans un laboratoire à terre.

Comment sont choisis ces sujets ?

C'est pour le moment un secret. Tout ce qu'on sait, c'est que le choix est fait en examinant les électro-encéphalogrammes, c'est-à-dire les enregistrements électriques de l'activité cérébrale des volontaires qui se présentent. Cette activité cérébrale, bien connue de la science, ne s'accompagne d'aucune émission d'ondes. Mais elle détecte les émissions d'énergie dans le cerveau, et Grey Walter, le célèbre cybernéticien anglais, a montré le premier que l'électro-encéphalogramme peut servir à détecter les activités cérébrales anormales.

Une autre clarté sur le sujet a été apportée par une psychologue américaine, Mme Gertrude Schmeidler. La doctoresse Schmeidler a montré que les volontaires qui se présentent pour servir de sujets dans les expériences de parapsychologie peuvent être divisés en deux catégories, qu'elle appelle les « moutons » et les « chèvres ». Les moutons sont ceux qui croient à la perception extra-sensorielle, les chèvres ceux qui n'y croient pas. Dans la communication à distance, il faut, semble-t-il, associer un mouton avec une chèvre.

Ce qui rend ce genre de travail extrêmement difficile, c'est qu'au moment où s'établit la communication à distance par la pensée, l'émetteur, aussi bien que le récepteur, ne ressent rien. La communication se fait à un niveau inconscient, et rien ne transparaît dans la conscience. L'émetteur ne sait pas si son message parvient au but. Le récepteur ne sait pas s'il reçoit des signaux provenant d'un autre cerveau ou s'il est en train d'inventer. C'est pour cela qu'au lieu d'essayer de transmettre des images compliquées ou discutables, on se contente de transmettre les cinq symboles très simples des tables de Zener. Lorsque cette transmission sera au point, on pourra facilement se servir de ces cartes comme d'un code, à l'image de l'alphabet morse, et transmettre des messages intelligibles. Pour le moment, il s'agit de perfectionner le mode de communication, le rendre plus sûr. On y travaille dans de nombreuses directions, et l'on recherche en particulier des médicaments à action psychologique qui facilitent la transmission de pensée. Un spécialiste américain de pharmacologie, le docteur Humphrey Osmond, a déjà obtenu quelques premiers résultats dans ce domaine, et les a rendus publics dans un rapport fait en mars 1947 à l'Académie des Sciences de New York.