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C'est avec émotion que j'ai découvert ce texte de Jaurès. Il reprend les termes d'un long message que mon père lui avait envoyé. Mon père attendit avec fièvre la réponse, qui ne vint pas. Elle me parvint, a moi, par le truchement de cet inédit, près de cinquante ans après…

Certes, l'homme n'a pas de lui-même une connaissance à la hauteur de ce qu'il fait, j'entends de ce que la science, qui est le couronnement de son obscur labeur, découvre de l'univers, de ses mystères, de ses puissances, et de ses harmonies. Et s'il ne l'a pas, c'est que l'organisation sociale, fondée sur des idées périmées, le prive d'espérance, de loisir et de paix. Privé de la vie, au sens plein du mot, comment en découvrirait-il l'étendue infinie ? Cependant, tout nous invite à penser que les choses vont rapidement changer ; que l'ébranlement des grandes masses, la formidable pression des découvertes et des techniques, le mouvement des idées dans les sphères de vraie responsabilité, le contact avec des intelligences extérieures, balaieront les principes anciens qui paralysent la vie en société, et que l'homme, redevenu disponible au bout de ce chemin qui va de l'aliénation à la révolte, puis de la révolte à l'adhésion, entendra en lui-même monter cette « âme nouvelle » dont parle Teilhard, et découvrira dans la liberté ce « pouvoir d'être cause » qui relie l'être au faire.

Que l'homme possède certains pouvoirs : précognition, télépathie, etc., cela semble acquis. Il y a des faits observables. Mais, jusqu'ici, de tels faits ont été présentés comme de prétendues preuves de « la réalité de l'âme », ou de « l'esprit des morts ». L'extraordinaire comme manifestation de l'improbable : absurdité. Nous avons donc, dans notre travail, rejeté tout recours à l'occulte et au magique. Cela ne signifie pas qu'il faille négliger la totalité des faits et des textes de ce domaine. En cela, nous avons fait nôtre l'attitude si neuve, honnête et intelligente de Roger Bacon(97): « Il faut se diriger en ces choses avec prudence, car il est facile à l'homme de se tromper, et l'on se trouve en présence de deux erreurs : les uns nient tout ce qui est extraordinaire, et les autres, dépassant la raison, tombent dans la magie. Il faut donc se garder de ces nombreux livres qui contiennent des vers, des caractères, des oraisons, des conjurations, des sacrifices, car ce sont des livres de pure magie, et d'autres en nombre infini, lesquels ne contiennent ni la puissance de l'art ni celle de la nature, mais des fictions de sorciers. Il faut, d'autre part, considérer que, parmi les livres qui sont regardés comme magiques, il en est qui ne le sont pas du tout et contiennent le secret des sages… Si quelqu'un trouve dans ces ouvrages quelque opération de la nature ou de l'art, qu'il le garde… »

Le seul progrès en psychologie a été le commencement d'exploration des profondeurs, des zones sous-conscientes. Nous pensons qu'il y a aussi des sommets à explorer, une zone surconsciente. Ou plutôt, nos recherches et réflexions nous invitent à admettre comme hypothèse l'existence d'un équipement supérieur du cerveau, en grande partie inexploité. Dans l'état de veille normal de la conscience, il y a un dixième du cerveau en activité. Que se passe-t-il dans les neuf dixièmes apparemment silencieux ? Et n'existe-t-il pas un état où la totalité du cerveau se trouverait en activité organisée ? Tous les faits que nous allons maintenant rapporter et étudier peuvent être rattachés à un phénomène d'activation des zones habituellement endormies. Or, il n'existe encore aucune psychologie orientée vers ce phénomène. Il faudra sans doute attendre que la neurophysiologie progresse pour que naisse une psychologie des sommets. Sans attendre le développement de cette nouvelle physiologie, et sans vouloir rien préjuger des résultats, nous voulons simplement attirer l'attention sur ce domaine. Il se peut que son exploration se révèle aussi importante que l'exploration de l'atome et celle de l'espace.

Tout l'intérêt s'est trouvé jusqu'ici fixé sur ce qui est en dessous de la conscience ; quant à la conscience elle-même, elle n'a cessé d'apparaître, dans l'étude moderne, comme un phénomène en provenance des zones inférieures : le sexe chez Freud, les réflexes conditionnés chez Pavlov, etc. De sorte que toute la littérature psychologique, tout le roman moderne, par exemple, relève de la définition de Chesterton : « Ces gens qui, parlant de la mer, ne parlent que du mal de mer. » Mais Chesterton était catholique : il supposait l'existence des sommets de la conscience parce qu'il admettait l'existence de Dieu. Il fallait bien que la psychologie se libérât, comme toute science, de la théologie. Nous pensons simplement que la libération n'est pas encore complète ; qu'il y a aussi une libération par le haut : par l'étude méthodique des phénomènes qui se situent au-dessus de la conscience, de l'intelligence qui vibre à une fréquence supérieure.

Le spectre de la lumière se présente ainsi : à gauche, la large bande des ondes hertziennes et de l'infra-rouge. Au milieu, la bande étroite de la lumière visible ; à droite, la bande infinie : ultraviolet, rayons X, rayons gamma et l'inconnu.

Et si le spectre de l'intelligence, de la lumière humaine, était comparable ? À gauche l'infra ou subconscient, au milieu, l'étroite bande de la conscience, à droite, la bande infinie de l'ultraconscience. Les études n'ont porté jusqu'ici que sur la conscience et la sous-conscience. Le vaste domaine de l'ultraconscience ne semble avoir été exploré que par les mystiques et magiciens : explorations secrètes, témoignages peu déchiffrables. Le peu de renseignements parvenus fait que l'on explique certains phénomènes indéniables, comme l'intuition et le génie, correspondant aux débuts de la bande de droite, par les phénomènes de l'infraconscience, correspondant à la fin de la bande de gauche. Ce que nous savons du sous-conscient nous sert à expliquer le peu que nous savons du sur-conscient. Or, on ne peut expliquer la droite du spectre de la lumière par sa gauche, les rayons gamma par les ondes hertziennes : les propriétés ne sont pas les mêmes. Ainsi, nous pensons que s'il existe un état au-delà de l'état de conscience, les propriétés de l'esprit y sont totalement différentes. D'autres méthodes que celles de la psychologie des états inférieurs doivent donc être trouvées.