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Hypothèse : des civilisations ont pu aller infiniment plus loin que nous dans l'exploitation des pouvoirs parapsychologiques.

Réponse : il n'y a pas de pouvoirs parapsychologiques.

Lavoisier avait prouvé qu'il n'y avait pas de météorites en déclarant : « Il ne peut tomber de pierres du ciel, parce qu'il n'y a pas de pierres dans le ciel. » Simon Newcomb avait prouvé que les avions ne sauraient voler, puisqu'un aéronef plus lourd que l'air est impossible.

Le docteur Fortune se rend en Nouvelle-Guinée pour étudier les Dobu. C'est un peuple de magiciens, mais ils ont cette particularité de croire que leurs techniques magiques sont valables partout et pour tous. Quand le docteur Fortune repart, un indigène lui fait cadeau d'un charme qui permet de se rendre invisible aux yeux d'autrui. « Je m'en suis souvent servi pour voler le cochon cuit en plein jour. Suivez bien mes recommandations, et vous pourrez chiper tout ce que vous voudrez dans les boutiques de Sidney. » – « Naturellement, dit le docteur Fortune, je n'ai jamais essayé. » Souvenez-vous de notre ami Charles Fort : « Dans la topographie de l'intelligence, on pourrait définir la connaissance comme l'ignorance enveloppée de rires. »

Cependant, une nouvelle école d'anthropologie est en train de naître et M. Lévi-Strauss n'hésite pas à soulever l'indignation en déclarant que les Négritos sont probablement plus forts que nous en matière de psychothérapie. Pionnier de cette nouvelle école, l'Américain William Seabrook, au lendemain de la première grande guerre, partit pour Haïti étudier le culte du Vaudou. Non voir de l'extérieur, mais vivre cette magie, entrer sans prévention dans cet autre monde. Paul Morand dit de lui magnifiquement(36) :

« Seabrook est peut-être le seul Blanc de notre époque qui ait reçu le baptême du sang. Il l'a reçu sans scepticisme ni fanatisme. Son attitude envers le mystère est celle d'un homme d'aujourd'hui. La science des dix dernières années nous a menés au bord de l'infini. Là, tout peut survenir désormais, voyages interplanétaires, découvertes de la quatrième dimension, T.S.F. avec Dieu. Il faut nous reconnaître cette supériorité sur nos pères que désormais nous sommes prêts à tout, moins crédules et plus croyants. Plus nous remontons à l'origine du monde, plus nous nous enfonçons chez les primitifs et plus nous découvrons que leurs secrets traditionnels coïncident avec nos recherches actuelles. Ce n'est que depuis peu que la Voie lactée est considérée comme génératrice des mondes stellaires : or les Aztèques l'ont expressément affirmé et on ne les croyait pas. Les sauvages ont conservé ce que la science retrouve. Ils ont cru à l'unité de la matière bien avant que l'atome d'hydrogène ait été isolé. Ils ont cru à l'arbre-homme, au fer-homme bien avant que sir J.C. Bose ait mesuré la sensibilité des végétaux et empoisonné du métal avec du venin de cobra. « La foi humaine, dit Huxley dans Les Essais d'un Biologiste, s'est développée de l'Esprit aux esprits, puis des esprits aux dieux et des dieux à Dieu. » On pourrait ajouter que, de Dieu, nous revenons à l'Esprit. »

Mais pour découvrir que les secrets traditionnels des « primitifs » coïncident avec nos recherches actuelles, il faudrait que la circulation s'établît entre l'anthropologie et les sciences physiques, chimiques, mathématiques récentes. Le simple voyageur curieux, intelligent et de formation historico-littéraire risque de passer à côté des observations les plus importantes. L'exploration n'a été jusqu'ici qu'une branche de la littérature, qu'un luxe de l'activité subjective. Quand elle sera autre chose, nous nous apercevrons peut-être de l'existence, au fond des âges, de civilisations dotées d'équipements techniques aussi considérables que les nôtres, quoique différents.

J. Alden Mason, anthropologue éminent et très officiel, affirme, avec références dûment contrôlées, qu'on a trouvé sur l'Altiplano péruvien des ornements en platine fondu. Or, le platine fond à 1 730 degrés et, pour le travailler, il faut une technologie comparable à la nôtre(37). Le professeur Mason voit la difficulté : il suppose donc que ces ornements ont été fabriqués à partir de poudre par frittage et non pas fondus. Cette supposition témoigne d'une véritable ignorance de la métallurgie. Dix minutes de recherches dans le Traité des Poudres Frittées de Schwartzkopf lui eussent démontré que l'hypothèse était irrecevable. Pourquoi ne pas consulter les spécialistes des autres disciplines ? Tout le procès de l'anthropologie est là. Avec la même innocence, le professeur Mason assure que l'on trouve dans la plus lointaine civilisation du Pérou la soudure des métaux à base de résine et de sels métalliques fondus. Le fait que cette technique est à base de l'électronique et accompagne des technologies excessivement développées, semble lui échapper. Nous nous excusons de faire étalage de connaissances, mais nous retrouvons là cette nécessité de « l'information concomitante », si vivement pressentie par Charles Fort.

En dépit de son attitude très prudente, le professent John Alden Mason, Curator Emeritus du musée des Antiquités américaines de l'Université de Pennsylvanie, dans son ouvrage The Ancient Civilization of Peru, ouvre une porte sur le réalisme fantastique lorsqu'il parle des Quipu. Les Quipu sont des cordes présentant des nœuds compliqués. On les retrouve chez les Incas et pré-Incas. Il s'agirait d'une écriture. Ils auraient servi à exprimer des idées, ou des groupes d'idées abstraites. L'un des meilleurs spécialistes des Quipu, Nordenskiöld, voit dans ceux-ci des calculs mathématiques, des horoscopes, diverses méthodes de prévision de l'avenir. Le problème est capital : il peut exister d'autres modes d'enregistrement de la pensée que l'écriture.

Allons plus loin : le nœud, base des Quipu, est considéré par les mathématiciens modernes comme un des plus grands mystères. Il n'est possible que dans un nombre impair de dimensions, impossible dans le plan et dans les espaces supérieurs pairs : 4, 6, 2 dimensions, et les topologistes n'ont réussi qu'à étudier les nœuds les plus simples. Il n'est donc pas improbable que se trouvent inscrites dans les Quipu des connaissances que nous ne possédons pas encore.

Autre exemple : la réflexion moderne sur la nature de la connaissance et les structures de l'esprit pourrait s'enrichir par l'étude du langage des Indiens Hopi de l'Amérique centrale. Ce langage se prête mieux que le nôtre aux sciences exactes. Il ne comprend pas de mots-verbes et de mots-noms, mais des mots-événements, s'appliquant ainsi plus étroitement au continu espace-temps dans lequel nous savons maintenant que nous vivons. Plus encore, le mot-événement possède trois modes : certitude, probabilité, imagination. Au lieu de dire un homme traversait la rivière en canot, le Hopi emploiera le groupe homme-rivière-canot selon trois combinaisons différentes selon qu'il s'agira d'un fait observé par le narrateur, rapporté par autrui, ou rêvé.

L'homme réellement moderne, au sens où l'entend Paul Morand et où nous l'entendons nous-mêmes, découvre que l'intelligence est une, à travers des structures différentes, comme le besoin de vivre sous abri est un, à travers mille architectures. Et il découvre que la nature de la connaissance est multiple, comme la Nature elle-même.

Il se peut que notre civilisation soit le résultat d'un long effort pour obtenir de la machine des pouvoirs que l'homme ancien possédait : communiquer à distance, s'élever dans les airs, libérer l'énergie de la matière, annuler la pesanteur, etc. Il se peut aussi qu'à l'extrémité de nos découvertes, nous nous apercevions que ces pouvoirs sont maniables avec un équipement si réduit que le mot « machine » changera de sens. Nous aurons été, dans ce cas, de l'esprit à la machine, et de la machine à l'esprit, et certaines civilisations lointaines nous le paraîtront beaucoup moins.