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Nous savons aujourd'hui que les Pharaons ont consigné dans les pyramides les résultats d'une science dont nous ignorons l'origine et les méthodes. On y retrouve le nombre π, le calcul exact de la durée d'une année solaire, du rayon et du poids de la terre, la loi de précession des équinoxes, la valeur du degré de longitude, la direction réelle du Nord, et peut-être beaucoup d'autres données non encore déchiffrées. D'où viennent ces renseignements ? Comment ont-ils été obtenus ? Ou transmis ? Et dans ce cas, par qui ?

Pour l'abbé Moreux, Dieu donna aux anciens hommes des connaissances scientifiques. Nous voilà dans l'imagerie. « Écoute-moi, ô mon fils, le nombre 3,1416 te permettra de calculer la surface d'une circonférence ! » Pour Piazzi Smyth, Dieu dicta ces renseignements à des Égyptiens trop impies et trop ignorants pour comprendre ce qu'ils inscrivaient dans la pierre. Et pourquoi Dieu, qui sait tout, se serait-il lourdement trompé sur la qualité de ses élèves ? Pour les égyptologues positivistes, les mensurations effectuées à Gizeh ont été faussées par des chercheurs abusés par leur désir de merveilleux : nulle science n'est inscrite. Mais la discussion flotte parmi les décimales, et il n'en reste pas moins que la construction des pyramides témoigne d'une technique qui nous demeure totalement incompréhensible. Gizeh est une montagne artificielle de 6 500 000 tonnes. Des blocs de douze tonnes sont ajustés au demi-millimètre. L'idée la plus plate est la plus fréquemment retenue : le Pharaon aurait disposé d'une main-d'œuvre colossale. Resterait à expliquer comment a été résolu le problème de l'encombrement de ces foules immenses. Et les raisons d'une aussi folle entreprise. Comment les blocs ont-ils été extraits des carrières. L'égyptologie classique n'admet comme technique que l'emploi de coins de bois mouillé introduits dans les fissures de la roche. Les constructeurs n'auraient disposé que de marteaux de pierre, et de scies de cuivre, métal mou. Voilà qui épaissit le mystère. Comment des pierres taillées de dix mille kilos et plus furent-elles hissées et jointes ? Au XIXe siècle, nous eûmes toutes les peines du monde à acheminer deux obélisques que les Pharaons faisaient transporter par douzaines. Comment les Égyptiens s'éclairaient-ils à l'intérieur des pyramides ? Jusqu'en 1890, nous ne connaissons que les lampes qui filent et charbonnent au plafond. Or, on ne décèle pas une trace de fumée sur les parois. En captant la lumière solaire et en la faisant pénétrer, par un système optique ? Nul débris de lentille n'a été découvert.

On n'a retrouvé aucun instrument de calcul scientifique, aucun vestige témoignant d'une grande technologie. Ou bien il faut admettre la thèse mystico-primaire : Dieu dicte des renseignements astronomiques à des maçons obtus mais appliqués et leur donne un coup de main. Il n'y a pas de renseignements inscrits dans les pyramides ? Les positivistes à court de chicanes mathématiques déclarent qu'il s'agit de coïncidences. Quand les coïncidences sont aussi nettement exagérées, comme eût dit Fort, comment faut-il les appeler ? Ou bien il faut admettre que des architectes et décorateurs surréalistes, pour satisfaire la mégalomanie de leur roi, ont, selon des mesures qui leur étaient passées par la tête au hasard de l'inspiration, fait extraire, transporter, décorer, élever et ajuster au demi-millimètre les 2 600 000 blocs de la grande pyramide par des tâcherons qui travaillaient avec des morceaux de bois et des scies à couper le carton en se marchant sur les pieds.

Les choses datent de cinq mille ans, et nous ignorons presque tout. Mais ce que nous savons, c'est que les recherches ont été faites par des gens pour qui la civilisation moderne est la seule civilisation technique possible. Partant de ce critère, il leur faut donc imaginer, ou l'aide de Dieu, ou un colossal et bizarre travail de fourmis. Or, il se peut qu'une pensée toute différente de la nôtre ait pu concevoir des techniques aussi perfectionnées que les nôtres, mais elles aussi différentes, des instruments de mesure et des méthodes de manipulation de la matière sans rapport avec ce que nous connaissons, ne laissant aucun vestige apparent à nos yeux. Il se peut qu'une science et une technologie puissantes, ayant apporté d'autres solutions que les nôtres aux problèmes posés, aient disparu totalement avec le monde des Pharaons. Il est difficile de croire qu'une civilisation puisse mourir, s'effacer. Il est encore plus difficile de croire qu'elle ait pu diverger de la nôtre au point que nous avons du mal à la reconnaître comme civilisation. Et pourtant !…

Lorsque la dernière guerre mondiale s'est terminée, le 8 mai 1945, des missions d'investigations ont immédiatement commencé de parcourir l'Allemagne vaincue. Les rapports de ces missions ont été publiés. Le catalogue seul comporte 300 pages. L'Allemagne ne s'est séparée du reste du monde qu'à partir de 1933. En douze ans, l'évolution technique du Reich prit des chemins singulièrement divergents. Si les Allemands étaient en retard dans le domaine de la bombe atomique, ils avaient mis au point des fusées géantes sans équivalent en Amérique et en Russie. S'ils ignoraient le radar, ils avaient réalisé des détecteurs à rayons infrarouges, tout aussi efficaces. S'ils n'avaient pas inventé les silicones, ils avaient développé une chimie organique toute nouvelle(38). Derrière ces radicales différences en matière de technique, des différences philosophiques encore plus stupéfiantes… Ils avaient rejeté la relativité et en partie négligé la théorie des quanta. Leur cosmogonie eût ahuri les astrophysiciens alliés : c'était la thèse de la glace éternelle, selon laquelle planètes et étoiles étaient des blocs de glace flottant dans l'espace(39). Si de tels abîmes ont pu se creuser en douze années, dans notre monde moderne, en dépit des échanges et communications, que penser des civilisations telles qu'elles ont pu se développer dans le passé ? Dans quelle mesure nos archéologues sont-ils qualifiés pour juger de l'état des sciences, des techniques, de la philosophie, de la connaissance chez les Mayas ou chez les Khmers ?

Nous ne tomberons pas dans le piège des légendes :

Lémurie ou Atlantide. Platon, dans le Critias, chantant les merveilles de la cité disparue, Homère, avant lui, dans l'Odyssée, évoquant la fabuleuse Scheria, décrivent peut-être Tartessos, la Tarshih biblique de Jonas et but de son voyage. À l'embouchure du Guadalquivir, Tartessos est la plus riche ville minière du monde et exprime la quintessence d'une civilisation. Elle fleurit depuis un nombre ignoré de siècles, dépositaire d'une sagesse et de secrets. Vers 500 avant Jésus-Christ, elle s'évanouit complètement, on ne sait comment ni pourquoi(40). Il se peut que Numinor, mystérieux centre celte du cinquième siècle avant J.-C., ne soit pas une légende(41) mais nous n'en savons rien. Les civilisations dont on est sûr de l'existence passée, et qui sont mortes, sont bien aussi étranges que la Lémurie. La civilisation arabe de Cordoue et de Grenade invente la science moderne, découvre la recherche expérimentale et ses applications pratiques, étudie la chimie et même la propulsion à réaction. Des manuscrits arabes du XIIe siècle présentent des schémas pour fusées de bombardement. Si l'empire d'Almanzar avait été aussi avancé en biologie que dans les autres techniques, si la peste n'avait pu s'allier aux Espagnols pour le détruire, la révolution industrielle aurait peut-être eu lieu au XVe ou XVIe siècle en Andalousie, et le XXe eût été alors une ère d'aventuriers interplanétaires arabes colonisant la Lune, Mars et Vénus.

L'empire d'Hitler, celui d'Almanzar s'écroulent dans le feu et le sang. Un beau matin de juin 1940, le ciel de Paris s'obscurcit, l'air se charge de vapeur d'essence, et sous ce nuage immense qui noircit les visages décomposés par la stupeur, l'effroi, la honte, une civilisation chancelle, des millions d'êtres s'enfuient au hasard, sur les routes mitraillées. Quiconque a vécu cela, et connu aussi le crépuscule des dieux du IIIe Reich, peut imaginer la fin de Cordoue et de Grenade, et mille autres fins du monde, au cours des millénaires. Fin du monde pour les Incas, fin du monde pour les Toltèques, fin du monde pour les Mayas. Toute l'histoire de l'humanité : une fin sans fin…