Ainsi, en 4 500 millions d'années, une seule mutation ? C'est possible. Pourquoi serait-ce certain ? Pourquoi n'y aurait-il pas eu plusieurs cycles d'évolution avant cette soixante-quinze millième année ? D'autres formes d'humanité, ou plutôt d'autres êtres pensants ont pu apparaître et disparaître. Ils n'auraient pas laissé de traces visibles à nos yeux, mais leur souvenir persisterait dans les légendes. « Le buste survit à la cité » : leur souvenir pourrait avoir survécu aux centrales d'énergie, aux machines, aux monuments de leurs civilisations englouties. Notre mémoire remonte peut-être beaucoup plus loin que notre propre existence, que l'existence même de notre espèce. Quels enregistrements infiniment lointains se dissimulent dans nos chromosomes et nos gènes ? « D'où te vient ceci, âme de l'homme, d'où te vient ceci ?… »
Déjà, en archéologie, tout change. Notre civilisation accélère les communications, et les observations faites sur l'ensemble de la surface du globe, rassemblées, confrontées, débouchent sur de grands mystères. En juin 1958, l'institut Smithson publie les résultats obtenus par des Américains, des Indiens, des Russes(46). Dans les fouilles effectuées en Mongolie, Scandinavie, à Ceylan, près du lac Baïkal et sur le cours supérieur de la rivière Lena, en Sibérie, on découvre exactement les mêmes objets d'os et de pierre. Or, la technique de fabrication de ces objets ne se trouve plus que chez les Esquimaux. L'institut Smithson s'estime donc en mesure de conclure qu'il y a dix mille ans les Esquimaux habitaient l'Asie centrale, Ceylan et la Mongolie. Ils auraient ensuite émigré brusquement vers le Groenland. Mais pourquoi ? Comment des primitifs ont-ils pu décider brusquement, et en même temps, de quitter ces terres pour le même point inhospitalier du globe ? Comment ont-ils d'ailleurs pu le gagner ? Ils ignorent encore maintenant que la terre est ronde et n'ont aucune idée de la géographie. Et quitter Ceylan, paradis terrestre ? L'institut ne répond pas à ces questions. Nous ne prétendons pas imposer notre hypothèse et ne formulons celle-ci que comme exercice d'ouverture d'esprit : une civilisation supérieure, il y a dix mille ans, contrôle le globe. Elle crée dans le Grand Nord une zone de déportation. Or, que dit le folklore esquimau ? Il parle de tribus transportées dans le Grand Nord, à l'origine des temps, par des oiseaux métalliques géants. Les archéologues du XIXe siècle ont beaucoup insisté sur l'absurdité de ces « oiseaux métalliques ». Et nous ?
Nul travail comparable à celui de l'institut Smithson n'a encore été fait sur des objets mieux définis. Par exemple, sur les lentilles. Des lentilles optiques ont été trouvées en Irak et en Australie centrale. Proviennent-elles de la même source, de la même civilisation ? Aucun opticien moderne n'a été appelé à se prononcer. Tous les verres d'optique, depuis une vingtaine d'années, dans notre civilisation, sont polis à l'oxyde de cérium. Dans mille ans, l'analyse spectroscopique prouvera, par l'analyse de ces verres, l'existence d'une civilisation unique sur le globe. Et ce sera vrai.
Une nouvelle vision du monde passé pourrait naître d'études de ce genre. Dieu veuille que notre bouquin léger et mal documenté suscite chez quelque jeune homme encore naïf l'idée d'un travail fou qui lui donnera un jour la clef des anciennes raisons.
Il y a d'autres faits :
Sur de vastes régions du désert de Gobi, on observe des vitrifications du sol semblables à celles que produisent les explosions atomiques.
On a trouvé dans des cavernes du Bohistan des inscriptions accompagnées de cartes astronomiques représentant les étoiles dans la position qu'elles occupaient voici treize mille ans. Des lignes relient Vénus à la Terre.
Au milieu du XIXe siècle, un officier de marine turc, Piri Reis, fait cadeau à la Library of Congress d'un paquet de cartes qu'il a découvert en Orient. Les plus récentes datent de Christophe Colomb, les plus anciennes du premier siècle après Jésus-Christ, les unes copiées sur les autres. En 1952, Arlington H. Mallery, grand spécialiste de la cartographie, examine ces documents(47). Il s'aperçoit que, par exemple, tout ce qui existe en Méditerranée a été consigné, mais n'est pas en place. Ces gens pensaient-ils que la Terre est plate ? L'explication n'est pas suffisante. Ont-ils établi leur carte par projection, en tenant compte de la rotondité de la Terre ? Impossible, la géométrie projective date de Monge. Mallery confie ensuite l'étude à Walters, cartographe officiel, qui reporte ces cartes sur un globe moderne du monde : celles-ci sont exactes, non seulement pour la Méditerranée, mais pour toute la terre, y compris les Amériques et l'Antarctique. En 1955, Mallery et Walters soumettent leur travail au comité de l'année géophysique. Le comité confie le dossier au père jésuite Daniel Linehan, directeur de l'Observatoire de Weston et responsable de la cartographie de la marine américaine. Le père constate que le relief de l'Amérique du Nord, le report des lacs et des montagnes du Canada, le tracé des côtes à l'extrémité nord du continent et le relief de l'Antarctique (couvert par les glaces et décelé à grand-peine par nos instruments de mesure) sont corrects. Copies de cartes plus anciennes encore ? Tracées à partir d'observations faites à bord d'un engin volant ou spatial ? Notes prises par des visiteurs venus du Dehors ?
Nous reprochera-t-on de poser ces questions ? Le Popol Vuh, livre sacré des Quichés d'Amérique, parle d'une civilisation infiniment ancienne qui connaissait les nébuleuses et tout le système solaire. « Ceux de la première race, lit-on, étaient capables de tout savoir. Ils examinaient les quatre coins de l'horizon, les quatre points de l'arche du ciel et la face ronde de la Terre. »
« Quelques-unes de ces croyances et légendes que l'Antiquité nous a léguées sont si universellement et si profondément enracinées, que nous avons pris l'habitude de les considérer comme presque aussi vieilles que l'humanité elle-même. Or, on est porté à rechercher jusqu'où la conformité de plusieurs de ces croyances et légendes est un effet du hasard, ou bien jusqu'où elle pourrait être le reflet de l'existence d'une ancienne civilisation, totalement inconnue et insoupçonnée, et dont tout autre vestige aurait disparu. »
L'homme qui, en 1910, écrivait ces lignes, n'était ni un écrivain de science-fiction, ni un vague occultiste. C'était un des pionniers de la science, le professeur Frédéric Soddy, prix Nobel, découvreur des isotopes et des lois de transformation de radio-activité naturelle(48).
L'Université d'Oklahoma a publié en 1954 les annales de tribus indiennes du Guatemala, datant du XVIe siècle. Récits fantastiques, apparitions d'êtres légendaires, mœurs imaginaires de dieux. Or, en y regardant de plus près, on s'est aperçu que les Indiens cackchiquels ne racontaient pas d'histoires folles : ils mentionnaient à leur manière leurs premiers contacts avec les envahisseurs espagnols. Ces derniers prenaient place, dans l'esprit des « historiens » cackchiquels, aux côtés des êtres appartenant à leur mythologie et à leur tradition. Ainsi le réel se trouvait-il dépeint sous l'aspect fabuleux, et il est hautement probable que des textes considérés comme purement folkloriques ou mythologiques reposent sur des faits réels mal interprétés et intégrés à d'autres faits, ceux-ci imaginaires. Le partage n'a pas été fait et toute une littérature plusieurs fois millénaire repose dans nos bibliothèques spécialisées sur les rayons « légendes » sans que personne veuille un instant songer qu'il s'y cache peut-être des chroniques enluminées d'événements véritables.