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Puis, s'approchant encore, la Lune éclatera, tournant à toute vitesse, et elle deviendra un immense anneau de rocs, de glace, d'eau et de gaz, tournant de plus en plus vite. Enfin cet anneau s'abattra sur la Terre, et ce sera la Chute, l'Apocalypse annoncée. Mais si les hommes subsistent, les plus forts, les meilleurs, les élus, d'étranges et formidables spectacles leur sont réservés. Et peut-être le spectacle final.

Après des millénaires sans satellite où la Terre aura connu d'extraordinaires imbrications de races anciennes et nouvelles, de civilisations venues des géants, de recommencements au-delà du Déluge et des immenses cataclysmes, Mars, plus petit que notre globe, finira par le rejoindre. Il rattrapera l'orbite de la Terre. Mais il est trop gros pour être capturé, pour devenir, comme la Lune, un satellite. Il passera tout près de la Terre, il la frôlera en s'en allant tomber sur le soleil, attiré par lui, aspiré par le feu. Alors notre atmosphère se trouvera d'un seul coup happée, entraînée par la gravitation de Mars, et nous quittera pour se perdre dans l'espace. Les océans tourbillonneront en bouillonnant à la surface de la Terre, lavant tout, et la croûte terrestre éclatera. Notre globe, mort, continuant à spiraler, sera rattrapé par des planétoïdes glacés qui voguent dans le ciel, et il deviendra une énorme boule de glace qui s'en ira se jeter à son tour dans le soleil. Après la collision, ce sera le grand silence, la grande immobilité, tandis que la vapeur d'eau s'accumulera, durant des millions d'années, à l'intérieur de la masse flamboyante. Enfin, il y aura une nouvelle explosion pour d'autres créations dans l'éternité des forces ardentes du cosmos.

Tel est le destin de notre système solaire dans la vision de l'ingénieur autrichien que les dignitaires nationaux-socialistes appelaient : « Le Copernic du XXe siècle. » Nous allons maintenant décrire cette vision appliquée à l'histoire passée, présente et à venir de la Terre et des hommes. C'est une histoire qui, à travers « les yeux d'orage et de bataille » du prophète Horbiger, ressemble à une légende, pleine de révélations fabuleuses et de formidables étrangetés.

C'était en 1948, je croyais en Gurdjieff et l'une de ses fidèles disciples m'avait aimablement invité à passer quelques semaines chez elle, avec ma famille, en montagne. Cette femme avait une réelle culture, une formation de chimiste, l'intelligence aiguisée et le caractère ferme. Elle venait en aide aux artistes et aux intellectuels. Après Luc Dietrich et René Daumal, je devais contracter envers elle une dette de reconnaissance. Elle n'avait rien de la disciple folle, et l'enseignement de Gurdjieff, qui séjournait parfois chez elle, lui parvenait à travers le crible de la raison. Pourtant, un jour, je la pris, ou je crus la prendre en flagrant délit de déraison. Elle m'ouvrit soudain les abîmes de son délire, et je demeurai muet et terrifié devant elle, comme devant une agonie. Une nuit étincelante et froide tombait sur la neige, et nous devisions tranquillement, accoudés au balcon du chalet. Nous regardions les astres, comme on les regarde en montagne, éprouvant une solitude absolue qui est angoissante ailleurs et ici purificatrice. Les reliefs de la lune apparaissaient nettement.

« Il faudrait plutôt dire une lune, fit mon hôtesse, une des lunes…

— Que voulez-vous dire ?

— Il y a eu d'autres lunes dans le ciel. Celle-ci est la dernière, simplement…

— Quoi ? Il y aurait eu d'autres lunes que celle-ci ?

— C'est certain. M. Gurdjieff le sait, et d'autres le savent.

— Mais enfin, les astronomes…

— Oh ! si vous vous fiez aux scientistes !… »

Son visage était paisible et elle souriait avec un rien de pitié. De ce jour, je cessai de me sentir de plain-pied avec certains amis de Gurdjieff que j'estimais. Ils devinrent à mes yeux des êtres fragiles et inquiétants et je sentis qu'un des fils qui me reliaient à cette famille venait de se rompre. Quelques années plus tard, en lisant le livre de Gurdjieff : Les Récits de Belzébuth, et en découvrant la cosmogonie de Horbiger, je devais comprendre que cette vision, ou plutôt cette croyance, n'était pas une simple cabriole dans le Fantastique. Il y avait une certaine cohérence entre cette bizarre histoire de lunes et la philosophie du surhomme, la psychologie des « états supérieurs de conscience », la mécanique des mutations. On retrouvait enfin dans les traditions orientales cette histoire et l'idée que des hommes, voici des millénaires, avaient pu observer un autre ciel que le nôtre, d'autres constellations, un autre satellite.

Gurdjieff n'avait-il fait que s'inspirer de Horbiger qu'il connaissait sûrement ? Ou bien avait-il puisé à des sources anciennes de savoir, traditions ou légendes, que Horbiger avait recoupées comme par accident au cours de ses illuminations pseudo-scientifiques ?

J'ignorais, sur ce balcon du chalet de montagne, que mon hôtesse exprimait une croyance qui avait été celle de milliers d'hommes dans l'Allemagne hitlérienne encore ensevelie sous les ruines, à cette époque encore sanglante, encore fumante parmi les débris de ses grands mythes. Et mon hôtesse, dans cette belle nuit claire et calme, l'ignorait aussi.

Ainsi, selon Horbiger, la Lune, celle que nous voyons, ne serait que le dernier satellite capté par la terre, le quatrième. Notre globe, au cours de son histoire, en aurait déjà capté trois. Trois masses de glace cosmique errant dans l'espace auraient, tour à tour, rattrape notre orbite. Elles se seraient mises à spiraler autour de la terre en s'en rapprochant, puis se seraient abattues sur nous. Notre Lune actuelle s'effondrera aussi sur la terre. Mais, cette fois, la catastrophe sera plus grande, car ce dernier satellite glacé est plus gros que les précédents. Toute l'histoire du globe, l'évolution des espèces et toute l'histoire humaine trouvent leur explication dans cette succession des lunes dans notre ciel.

Il y a eu quatre époques géologiques, car il y a eu quatre lunes. Nous sommes dans le quaternaire. Quand une lune s'abat, elle a d'abord éclaté, et, tournant de plus en plus vite, s'est transformée en un anneau de rocs, de glace et de gaz. C'est cet anneau qui tombe sur la terre, recouvrant en cercle la croûte terrestre et fossilisant tout ce qui se trouve sous lui. Les organismes enterrés ne se fossilisent pas, en période normale : ils pourrissent. Ils ne se fossilisent qu'au moment où s'effondre une lune. Voici pourquoi nous avons pu recenser une époque primaire, une époque secondaire et une époque tertiaire. Cependant, comme il s'agit d'un anneau, nous n'avons que des témoignages très fragmentaires sur l'histoire de la vie sur la terre. D'autres espèces animales et végétales ont pu naître et disparaître, au long des âges, sans qu'il en reste trace dans les couches géologiques. Mais la théorie des lunes successives permet d'imaginer les modifications subies dans le passé par les formes vivantes. Elle permet aussi de prévoir les modifications à venir.

Durant la période où le satellite se rapproche, il y a un moment de quelques centaines de milliers d'années où il tourne autour de la terre à une distance de quatre à six rayons terrestres. En comparaison avec la distance de notre lune actuelle, il est à portée de la main. La gravitation se trouve donc considérablement changée. Or, c'est la gravitation qui donne aux êtres leur taille. Ils ne grandissent qu'en fonction du poids qu'ils peuvent supporter.

Au moment où le satellite est proche, il y a donc une période de gigantisme.

À la fin du primaire : les immenses végétaux, les insectes gigantesques.

À la fin du secondaire : les diplodocus, les iguanodons, les animaux de trente mètres. Des mutations brusques se produisent, car les rayons cosmiques sont plus puissants. Les êtres, soulagés de leur poids, se dressent, les boîtes crâniennes s'élargissent, des bêtes se mettent à voler. Peut-être, à la fin du secondaire, des mammifères géants sont-ils apparus. Et peut-être les premiers hommes, créés par mutation. Il faudrait situer cette période à la fin du secondaire, au moment où la deuxième lune tourne à proximité du globe, à environ quinze millions d'années. C'est l'âge de notre ancêtre, le géant. Mme Blavatsky, qui prétendait avoir eu communication du Livre des Dzyan, texte qui serait le plus ancien de l'humanité et qui raconterait l'histoire des origines de l'homme, assurait aussi qu'une première race humaine, gigantesque, serait apparue au secondaire : « L'homme secondaire sera découvert un jour, et avec lui ses civilisations depuis longtemps englouties. »