Dans une nuit des temps infiniment plus épaisse que nous ne le pensions, voici donc, sous une lune différente, dans un monde de monstres, ce premier homme immense qui ne nous ressemble qu'à peine et dont l'intelligence est autre que la nôtre. Le premier homme, et peut-être le premier couple humain, des jumeaux expulsés d'une matrice animale, par un prodige des mutations qui se multiplient quand les rayons cosmiques sont gigantesques. La Genèse nous dit que les descendants de cet ancêtre vivaient de cinq cents à neuf cents ans : c'est que l'allégement du poids diminue l'usure de l'organisme. Elle ne nous parle pas de géants, mais les traditions juives et musulmanes réparent abondamment cette omission. Enfin, des disciples d'Horbiger soutiennent que des fossiles du l'homme secondaire auraient été découverts récemment en Russie.
Quelles auraient été les formes de civilisations du géant, il y a quinze millions d'années ? On imagine des assemblées et des façons d'être calquées sur les insectes géants venus du primaire et dont nos insectes d'aujourd'hui, très étonnants encore, sont les descendants dégénérés. On imagine de grands pouvoirs de communication à distance, des civilisations fondées sur le modèle des centrales d'énergie psychique et matérielle que forment par exemple les termitières, lesquelles posent à l'observateur tant de problèmes bouleversants sur les domaines inconnus des infrastructures – ou des superstructures – de l'intelligence.
Cette deuxième lune va se rapprocher encore, éclater en anneau et s'abattre sur la terre qui va connaître une nouvelle et longue période sans satellite. Dans les lointains espaces, une formation glaciaire spirale rejoindra l'orbite de la terre qui captera ainsi une nouvelle lune. Mais, dans cette période où nulle grosse boule ne brille au-dessus des têtes, seuls survivent quelques spécimens des mutations qui se sont produites à la fin du secondaire, et qui vont subsister en diminuant de proportions. Il y a encore des géants, qui s'adaptent. Quand la lune tertiaire paraît, des hommes ordinaires ont été formés, plus petits, moins intelligents : nos véritables ancêtres. Mais les géants issus du secondaire et ayant traversé le cataclysme existent encore et ce sont eux qui vont civiliser les petits hommes.
L'idée que les hommes, partant de la bestialité et de la sauvagerie, se sont lentement élevés jusqu'à la civilisation, est une idée récente. C'est un mythe judéo-chrétien, imposé aux consciences, pour chasser un mythe plus puissant et plus révélateur. Quand l'humanité était plus fraîche, plus proche de son passé, au temps où nulle conspiration bien ourdie ne l'avait encore chassée de sa propre mémoire, elle savait qu'elle descendait des dieux, des rois géants qui lui avaient tout appris. Elle se souvenait d'un âge d'or où les supérieurs, nés avant elle, lui enseignaient l'agriculture, la métallurgie, les arts, les sciences et le maniement de l'Âme. Les Grecs évoquaient l'âge de Saturne et la reconnaissance que leurs ancêtres vouaient à Hercule. Les Égyptiens et les Mésopotamiens entretenaient les légendes des rois géants initiateurs. Les peuplades que nous appelons aujourd'hui « primitives », les indigènes du Pacifique, par exemple, mêlent à leur religion sans doute abâtardie, le culte des bons géants du début du monde. Dans notre époque où toutes les données de l'esprit et de la connaissance ont été inverties, les hommes qui ont accompli le formidable effort d'échapper aux manières de penser admises, retrouvent à la source de leur intelligence la nostalgie des temps heureux de l'aube des âges, d'un paradis perdu, le souvenir voilé d'une initiation primordiale.
De la Grèce à la Polynésie, de l'Égypte au Mexique et à la Scandinavie, toutes les traditions rapportent que les hommes furent initiés par des géants. C'est l'âge d'or du tertiaire, qui dure plusieurs millions d'années au cours desquelles la civilisation morale, spirituelle et peut-être technique, atteint son apogée sur le globe.
Quand les géants étaient encore mêlés aux hommes
Dans les temps où jamais personne ne parla
écrit Hugo en proie à une extraordinaire illumination.
La lune tertiaire, dont la spirale se rétrécit, se rapproche de la terre. Les eaux montent, aspirées par la gravitation du satellite, et les hommes, il y a plus de neuf cent mille ans, se hissent vers les plus hauts sommets montagneux avec des géants, leurs rois. Sur ces sommets, au-dessus des océans soulevés qui forment un bourrelet autour de la terre, les hommes et leurs Supérieurs vont établir une civilisation maritime mondiale dans laquelle Horbiger et son disciple anglais Bellamy voient la civilisation atlantidéenne.
Bellamy relève, dans les Andes, à quatre mille mètres, des traces de sédiments marins qui se prolongent sur sept cents kilomètres. Les eaux de la fin du tertiaire montaient jusque-là et l'un des centres civilisés de cette période aurait été Tiahuanaco, près du lac Titicaca. Les ruines de Tiahuanaco témoignent d'une civilisation des centaines de fois millénaire, et qui ne ressemble en rien aux civilisations postérieures(69). Les traces des géants y sont, pour les horbigériens, visibles, ainsi que leurs inexplicables monuments. On y trouve, par exemple, une pierre de neuf tonnes, creusée par six faces de mortaises de trois mètres de haut qui demeurent incompréhensibles pour les architectes, comme si leur rôle avait été depuis oublié par tous les constructeurs de l'histoire. Des portiques ont trois mètres de haut et quatre de large, et ils sont taillés dans une seule pierre, avec des portes, des fausses fenêtres et des sculptures découpées au ciseau, le tout pesant dix tonnes. Des pans de murs, encore debout, pèsent soixante tonnes, soutenus par des blocs de grès de cent tonnes, enfoncés comme des coins dans la terre. Parmi ces ruines fabuleuses s'élèvent des statues gigantesques dont une seule a été descendue et placée dans le jardin du musée de La Paz. Elle a huit mètres de haut et pèse vingt tonnes. Tout invite les horbigériens à voir dans ces statues des portraits de géants exécutés par eux-mêmes.
« Des lignes du visage vient à nos yeux, et même jusqu'à notre cœur, une expression de souveraine bonté et de souveraine sagesse. Une harmonie de tout l'être sort de l'ensemble du colosse dont les mains et le corps hautement stylisés sont établis en un équilibre qui a une qualité morale. Du repos et de la paix émanent du merveilleux monolithe. Si c'est là le portrait d'un des rois géants qui ont gouverné ce peuple, on ne peut que penser à ce début de phrase de Pascal : “Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main…” »
Si ces monolithes ont bien été découpés et mis en place par les géants à l'intention de leurs apprentis les hommes, si les sculptures d'une extrême abstraction, d'une stylisation si poussée qu'elle confond notre propre intelligence, ont bien été exécutées par ces Supérieurs, nous retrouvons là l'origine des mythes selon lesquels les arts ont été donnés aux hommes par des dieux, et la clé des diverses mystiques de l'inspiration esthétique.
Parmi ces sculptures figurent des stylisations d'un animal, le todoxon, dont des ossements ont été découverts dans les ruines de Tiahuanaco. Or, on sait que le todoxon n'a pu vivre qu'au tertiaire. Enfin, dans ces ruines qui précéderaient de cent mille ans la fin du tertiaire, enfoncé dans la vase séchée, il y a un portique de dix tonnes dont les décorations ont été étudiées par l'archéologue allemand Kiss, disciple de Horbiger, entre 1928 et 1937. Il s'agirait d'un calendrier réalise d'après les observations des astronomes du tertiaire. Ce calendrier exprime des données scientifiques rigoureuses. Il est divisé en quatre parties séparées par les solstices et les équinoxes qui marquent les saisons astronomiques. Chacune de ces saisons est elle-même divisée en trois sections, et dans ces douze subdivisions, la position de la Lune est visible pour chaque heure du jour. En outre, les deux mouvements du satellite, son mouvement apparent et son mouvement réel, compte tenu de la rotation de la Terre, sont indiqués sur ce fabuleux portique sculpté, de sorte qu'il convient de penser que réalisateurs et utilisateurs du calendrier étaient d'une culture supérieure à la nôtre.