Tiahuanaco, à plus de quatre mille mètres dans les Andes, était donc une des cinq grandes cités de la civilisation maritime à la fin du tertiaire bâties par les géants conducteurs des hommes. Les disciples d'Horbiger y retrouvent les vestiges d'un grand port, avec ses quais énormes, d'où les Atlantes, puisqu'il s'agit sans doute de l'Atlantide, partaient, à bord de vaisseaux perfectionnés, faire le tour du monde sur le bourrelet des océans et toucher les quatre autres grands centres : Nouvelle-Guinée, Mexique, Abyssinie, Tibet. Ainsi cette civilisation était-elle étendue à tout le globe, ce qui explique les ressemblances entre les plus anciennes traditions recensées de l'humanité.
À l'extrême degré de l'unification, du raffinement des connaissances et des moyens, les hommes et leurs rois géants savent que la spirale de cette troisième lune se rétrécit et que le satellite s'abattra finalement, mais ils ont conscience des relations de toutes choses dans le cosmos, des rapports magiques de l'être avec l'univers et sans doute mettent-ils en œuvre certains pouvoirs, certaines énergies individuelles et sociales, techniques et spirituelles pour retarder le cataclysme et prolonger cet âge atlantidéen, dont le souvenir estompé demeurera, à travers les millénaires.
Lorsque la lune tertiaire s'abattra, les eaux redescendront brusquement, mais des bouleversements avant-coureurs auront déjà endommagé cette civilisation. Les océans abaissés, les cinq grandes cités, dont cette Atlantide des Andes, disparaîtront, isolées, asphyxiées par la retombée des eaux. Les vestiges sont plus nets à Tiahuanaco, mais les horbigériens en décèlent ailleurs.
Au Mexique, les Toltèques ont laissé des textes sacrés qui décrivent l'histoire de la terre conformément à la thèse d'Horbiger.
En Nouvelle-Guinée, les indigènes malekula continuent sans plus savoir ce qu'ils font, d'élever d'immenses pierres sculptées de plus de dix mètres de haut, représentant l'ancêtre supérieur, et leur tradition orale, qui fait de la lune la créatrice du genre humain, annonce la chute du satellite.
D'Abyssinie seraient descendus les géants méditerranéens après le cataclysme, et la tradition fait de ce haut plateau le berceau du peuple juif et la patrie de la reine de Saba, détentrice des anciennes sciences.
Enfin, on sait que le Tibet est un réservoir de très vieilles connaissances fondées sur le psychisme. Venant comme pour confirmer la vision des horbigériens, un curieux ouvrage est paru en Angleterre et en France en 1957. Cet ouvrage, intitulé Le Troisième Œil, est signé Lobsang Rampa. L'auteur assure être un lama ayant atteint le dernier degré d'initiation. Il se pourrait qu'il fût un des Allemands envoyés en mission spéciale au Tibet par les chefs nazis(70). Il décrit sa descente, sous la conduite de trois grands métaphysiciens lamaïstes, dans une crypte de Lhassa ou résiderait le véritable secret du Tibet.
« Je vis trois cercueils en pierre noire décorés du gravures et d'inscriptions curieuses. Ils n'étaient pas fermés. En jetant un coup d'œil à l'intérieur, j'eus le souffle coupé.
« — Regarde, mon fils, me dit le doyen des Abbés. Ils vivaient comme des dieux dans notre pays à l'époque où il n'y avait pas encore de montagnes. Ils arpentaient notre sol quand les mers baignaient nos rivages et quand d'autres étoiles brillaient dans nos cieux. Regarde bien, car seuls les initiés les ont vus.
« J'obéis, j'étais à la fois fasciné et terrifié. Trois corps nus, recouverts d'or, étaient allongés sous mes yeux. Chacun de leurs traits était fidèlement reproduit par l'or. Mais ils étaient immenses ! La femme mesurait plus de trois mètres et le plus grand des hommes pas moins de cinq. Ils avaient de grandes têtes, légèrement coniques au sommet, une mâchoire étroite, une bouche petite et des lèvres minces. Le nez était long et fin, les yeux droits et profondément enfoncés… J'examinai le couvercle d'un des cercueils. Une carte des cieux, avec des étoiles très étranges, y était gravée(71). »
Et il écrit encore, après cette descente dans la crypte :
« Autrefois, des milliers et des milliers d'années auparavant, les jours étaient plus courts et plus chauds. Des civilisations grandioses s'édifièrent et les hommes étaient plus savants qu'à notre époque. De l'espace extérieur surgit une planète, qui frappa obliquement la terre. Des vents agitèrent les mers, qui, sous des poussées gravitationnelles diverses, se déversèrent sur la terre. L'eau recouvrit le monde qui fut secoué de tremblements et le Tibet cessa d'être un pays chaud, une station maritime. »
Bellamy, archéologue horbigérien, retrouve autour du lac Titicaca les traces des catastrophes qui précédèrent la chute de la lune tertiaire : cendres volcaniques, dépôts provenant d'inondations soudaines. C'est le moment où le satellite va éclater en un anneau et tourner follement à toute petite distance de la terre avant de s'abattre. Autour de Tiahuanaco, des ruines évoquent des chantiers brusquement abandonnés, outils éparpillés. La haute civilisation atlantidéenne connaît, durant quelques milliers d'années, les attaques des éléments, et elle s'effrite. Puis, voici cent cinquante mille ans, le grand cataclysme se produit, la lune tombe, un effroyable bombardement atteint la terre. L'attraction cesse, le bourrelet des océans retombe d'un seul coup, les mers se retirent, redescendent. Les sommets qui étaient de grandes stations maritimes, se trouvent isolés à l'infini par des marécages. L'air se raréfie, la chaleur s'en va. L'Atlantide ne meurt pas engloutie, mais au contraire abandonnée par les eaux. Les navires sont emportés et détruits, les machines s'étouffent ou explosent, la nourriture qui venait de l'extérieur fait défaut, la mort absorbe des myriades d'êtres, les savants et les sciences ont disparu, l'organisation sociale est anéantie. Si la civilisation atlantidéenne avait atteint le plus haut degré possible de perfection sociale et technique, de hiérarchie et d'unification, elle a pu se volatiliser en un rien de temps, sans presque laisser de traces. Que l'on songe à ce qui pourrait être l'effondrement de notre propre civilisation dans quelques centaines d'années, ou même dans quelques années. Les outils émetteurs d'énergie, comme les outils transmetteurs se simplifient de plus en plus, et les relais se multiplient. Chacun de nous possédera bientôt des relais d'énergie nucléaire, par exemple, ou vivra à proximité de ces relais : usines ou machines, jusqu'au jour où il suffira d'un accident à la source pour que tout se volatilise en même temps sur l'immense chaîne de ces relais : hommes, cités, nations. Ce qui serait épargné serait justement ce qui n'a pas de contact avec cette haute civilisation technique. Et les sciences clés, de même que les clés du pouvoir, disparaîtraient d'un coup, en raison même de l'extrême degré des spécialisations. Ce sont les civilisations les plus grandes qui s'engloutissent en un instant, sans rien y transmettre. Cette vision est irritante pour l'esprit, mais elle risque d'être juste. Ainsi peut-on songer que les centrales et les relais de l'énergie psychique, qui était peut-être à la base de la civilisation du tertiaire, sautent d'un seul coup, tandis que des déserts de vase cernent ces sommets maintenant refroidis et où l'air devient irrespirable. Plus simplement, la civilisation maritime, avec ses Supérieurs, ses vaisseaux, ses échanges, s'évanouit dans le cataclysme.