Выбрать главу

Il reste aux survivants à descendre vers les plaines marécageuses que vient de découvrir la mer, vers les immenses tourbières du continent nouveau, à peine encore libéré par le retrait des eaux tumultueuses, où n'apparaîtra que dans des millénaires une végétation utilisable. Les rois géants sont à la fin de leur règne ; les hommes sont redevenus sauvages, et ils s'enfoncent avec leurs derniers dieux déchus dans les profondes nuits sans lune que va maintenant connaître le globe.

Les géants qui, depuis des millions d'années, habitaient ce monde, pareils aux dieux qui vont hanter nos légendes, beaucoup plus tard, ont perdu leur civilisation. Les hommes sur lesquels ils régnaient sont redevenus des brutes. Cette humanité retombée, derrière ses maîtres sans pouvoir, se disperse en hordes dans les déserts de vase. Cette chute daterait de cent cinquante mille ans, et Horbiger calcule que notre globe demeure sans satellite durant cent trente-huit mille ans. Au cours de cette immense période, des civilisations renaissent sous la conduite des derniers rois géants. Elles s'établissent sur des plaines élevées, entre le quarantième et le soixantième degré de latitude nord, tandis que sur les cinq hauts sommets du tertiaire demeure quelque chose du lointain âge d'or. Il y aurait donc eu deux Atlantides : celle des Andes, rayonnant sur le monde, avec ses quatre autres points. Et celle de l'Atlantique Nord, beaucoup plus modeste, fondée longtemps après la catastrophe par les descendants des géants. Cette thèse des deux Atlantides permet d'intégrer toutes les traditions et anciens récits. C'est de cette seconde Atlantide que parle Platon.

Voici douze mille ans, la terre capte un quatrième satellite : notre lune actuelle. Une nouvelle catastrophe se produit. Notre globe prend sa forme renflée aux tropiques. Les mers du nord et du sud refluent vers le milieu de la terre et les âges glaciaires recommencent au nord, sur les plaines dénudées par l'appel d'air et d'eau de la lune commençante. La deuxième civilisation atlantidéenne, plus petite que la première, disparaît en une nuit, engloutie par les eaux du nord. C'est le Déluge dont notre Bible garde le souvenir. C'est la Chute dont se souviennent les hommes chassés en même temps du paradis terrestre des tropiques. Pour les horbigériens, les mythes de la Genèse et du Déluge sont à la fois des souvenirs et des prophéties puisque les événements cosmiques se reproduiront. Et le texte de l'Apocalypse, qui n'a jamais été expliqué, serait une traduction fidèle des catastrophes célestes et terrestres observées par les hommes au cours des âges et conformes à la théorie horbigérienne.

Dans cette nouvelle période de lune haute, les géants vivants dégénèrent. Les mythologies sont pleines de luttes de géants entre eux, de combats entre hommes et géants. Ceux qui avaient été des rois et des dieux, écrasés maintenant par le poids du ciel, épuisés, deviennent des monstres qu'il faut chasser. Ils tombent d'autant plus bas qu'ils avaient monté haut. Ce sont les ogres des légendes. Ouranos et Saturne dévorent leurs enfants, David tue Goliath. On voit, comme dit encore Hugo :

… d'affreux géants très bêtes

Vaincus par des nains pleins d'esprit.

C'est la mort des dieux. Les Hébreux, lorsqu'ils vont entrer en Terre Promise, découvriront le lit de fer monumental d'un roi géant disparu :

« Et voyez, son lit était de fer, de neuf coudées de long et de quatre de large. » (Deutéronome.)

L'astre de glace qui éclaire nos nuits a été capté par la terre et tourne autour d'elle. Notre lune est née. Depuis douze mille ans, nous n'avons pas fini de lui rendre un culte vague, chargé d'inconscients souvenirs, de lui vouer une inquiète attention dont nous ne comprenons pas très bien le sens. Nous n'avons pas fini de sentir, quand nous la contemplons, quelque chose remuer au fond de notre mémoire plus vaste que nous-mêmes. Les antiques dessins chinois représentent le dragon lunaire menaçant la terre. On lit dans les Nombres (XIII, 33) : « Et là, nous vîmes les géants, les fils d'Anak qui viennent des géants, et à nos yeux nous étions devant eux comme des sauterelles – et à leurs yeux nous étions comme des sauterelles. » Et Job (XXVI, 5) évoque la destruction des géants et s'écrie : « Les êtres morts sont sous l'eau, et les anciens habitants de la terre… »

Un monde est englouti, un monde a disparu, les anciens habitants de la terre se sont évanouis, et nous commençons notre vie d'hommes seuls, de petits hommes abandonnés, dans l'attente des mutations, des prodiges et des cataclysmes à venir, dans une nouvelle nuit des temps, sous ce nouveau satellite qui nous arrive des espaces où se perpétue la lutte entre la glace et le feu.

Un peu partout, des hommes refont en aveugles les gestes des civilisations éteintes, élèvent sans plus savoir pourquoi des monuments gigantesques, répétant, dans la dégénérescence, les travaux des maîtres anciens : ce sont les immenses mégalithes de Malékula, les menhirs celtiques, les statues de l'île de Pâques. Des peuplades que nous nommons aujourd'hui « primitives » ne sont sans doute que des restes dégénérés d'empires disparus, qui répètent sans les comprendre et en les abâtardissant des actes autrefois réglés par des administrations rationnelles.

En certains lieux, en Égypte, en Chine, beaucoup plus tard en Grèce, de grandes civilisations humaines, mais qui se souviennent des Supérieurs disparus, des géants rois initiateurs, s'élèvent. Après quatre mille ans de culture, les Égyptiens du temps d'Hérodote et de Platon continuent d'affirmer que la grandeur des Anciens vient de ce qu'ils ont appris leurs arts et leurs sciences directement des dieux.

Après de multiples dégénérescences, une autre civilisation va naître en Occident. Une civilisation d'hommes coupés de leur passé fabuleux, se limitant dans le temps et l'espace, réduits à eux-mêmes et cherchant des consolations mythiques, exilés de leurs origines et inconscients de l'immensité du destin des choses vivantes, lié aux vastes mouvements cosmiques. Une civilisation humaine, humaniste : la civilisation judéo-chrétienne. Elle est minuscule. Elle est résiduelle. Et pourtant ce résidu de la grande âme passée a des possibilités illimitées de douleur et d'entendement. C'est ce qui fait le miracle de cette civilisation. Mais elle est à son terme. Nous approchons d'un autre âge. Des mutations vont se produire. Le futur va redonner la main au passé le plus reculé. La terre reverra des géants. Il y aura d'autres déluges, d'autres apocalypses, et d'autres races régneront. « Tout d'abord, nous avons gardé un souvenir relativement net de ce que nous avions vu. Ensuite, cette vie-ci s'éleva en volutes de fumée et obscurcit rapidement toutes choses, à l'exception de quelques grandes lignes générales. À présent, tout nous revient à l'esprit avec plus de netteté que jamais. Et dans l'univers où tout retentit sur tout, nous ferons de profondes vagues. »

Telle est la thèse d'Horbiger et tel est le climat spirituel qu'elle propage. Cette thèse est un puissant ferment de la magie nationale-socialiste, et nous évoquerons tout à l'heure ses effets sur les événements. Elle vient ajouter des éclairs aux intuitions d'Haushoffer, elle donne des ailes au travail lourd de Rosenberg, elle précipite et prolonge les illuminations du Führer.