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Selon Horbiger, nous sommes donc dans le quatrième cycle. La vie sur terre a connu trois apogées, durant les trois périodes de lunes basses, avec des mutations brusques, des apparitions gigantesques. Pendant les millénaires sans lune sont apparues les races naines et sans prestige et les animaux qui se traînent, comme le serpent qui évoque la Chute. Pendant les lunes hautes, les races moyennes, sans doute les hommes ordinaires du début du tertiaire, nos ancêtres. Il faut encore songer que les lunes, avant leur effondrement, agissent en cercle autour de la terre, créant des conditions différentes dans les parties du globe qui ne sont pas sous cette ceinture. De sorte qu'après plusieurs cycles, la Terre offre un spectacle très varié : races en décadence, races en montée, êtres intermédiaires, dégénérés et apprentis de l'avenir, annonciateurs des mutations prochaines et esclaves d'hier, nains des anciennes nuits et Seigneurs de demain. Il nous faut dégager dans tout cela les routes du soleil d'un œil aussi implacable qu'est implacable la loi des astres. Ce qui se produit dans le ciel détermine ce qui se produit sur la terre, mais il y a réciprocité. Comme le secret et l'ordre de l'univers résident dans le moindre grain de sable, le mouvement des millénaires est contenu, d'une certaine façon, dans le court espace de notre passage sur ce globe et nous devons, dans notre âme individuelle comme dans l'âme collective, répéter les chutes et les ascensions passées, et préparer les apocalypses et les élévations futures. Nous savons que toute l'histoire du cosmos tient dans la lutte entre la glace et le feu et que cette lutte a de puissants reflets ici-bas. Sur le plan humain, sur le plan des esprits et des cœurs, quand le feu n'est plus entretenu, la glace vient. Nous le savons pour nous-mêmes et pour l'humanité tout entière qui est éternellement placée devant le choix entre le déluge et l'épopée.

Voilà le fond de la pensée horbigérienne et nazie. Nous allons maintenant aller toucher ce fond.

VII

Horbiger a encore un million de disciples. – L'attente du messie. – Hitler et l'ésotérisme en politique. – La science nordique et la pensée magique. – Une civilisation entièrement différente de la nôtre. – Gurdjieff, Horbiger, Hitler et l'homme responsable du cosmos. – Le cycle du feu. – Hitler parle. – Le fond de l'antisémitisme nazi. – Des Martiens à Nuremberg. – L'antipacte. – L'été de la fusée. – Stalingrad ou la chute des mages. – La prière sur l'Elbrouz. – Le petit homme victorieux du surhomme. – C'est le petit homme qui ouvre les portes du ciel. – Le crépuscule des Dieux. – L'inondation du métro de Berlin et le mythe du Déluge. – Mort caricaturale des prophètes. – Chœur de Shelley.

Les ingénieurs allemands dont les travaux sont à l'origine des fusées qui envoyèrent dans le ciel les premiers satellites artificiels, furent retardés dans la mise au point des V2 par les chefs nazis eux-mêmes. Le général Walter Dornberger dirigeait les essais de Peenemünde où naquirent les engins téléguidés. On arrêta ces essais pour soumettre les rapports du général aux apôtres de la cosmogonie horbigérienne. Il s'agissait, avant toute chose, de savoir comment réagirait dans les espaces, la « glace éternelle », et si le viol de la stratosphère ne déclencherait pas quelque désastre sur la terre.

Le général Dornberger raconte, dans ses Mémoires, que les travaux furent encore arrêtés deux mois, un peu plus tard. Le Führer venait de rêver que les V2 ne fonctionneraient pas, ou bien que le ciel se vengerait. Ce rêve s'étant produit en état de transe spéciale, prit plus de valeur, dans l'esprit des dirigeants, que l'avis des techniciens. Derrière l'Allemagne scientiste et organisatrice veillait l'esprit des vieilles magies. Cet esprit n'est pas mort. En janvier 1958, l'ingénieur suédois Robert Engstroem adressait un mémoire à l'Académie des Sciences de New York pour mettre en garde les U.S.A. contre les expériences astronautiques. « Avant de procéder à de telles expériences, il conviendrait d'étudier d'une manière nouvelle la mécanique céleste », déclarait cet ingénieur. Et il poursuivait dans le ton horbigérien : « L'explosion d'une bombe H sur la lune pourrait déclencher un effroyable déluge sur la terre. » On retrouve dans ce singulier avertissement, l'idée parascientifique des changements de gravitation lunaire et l'idée mystique du châtiment dans un univers où tout retentit sur tout. Ces idées (qui ne sont d'ailleurs pas à rejeter entièrement si l'on veut maintenir ouvertes toutes les portes de la connaissance) continuent, dans leur forme innée, à exercer une certaine fascination. À l'issue d'une célèbre enquête, l'Américain Martin Gardner estimait en 1953 à plus d'un million le nombre des disciples d'Horbiger en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. À Londres, H.S. Bellamy poursuit depuis trente ans l'établissement d'une anthropologie qui tient compte de l'effondrement des trois premières lunes et de l'existence des géants secondaires et tertiaires. C'est lui qui demanda aux Russes, après la guerre, l'autorisation de conduire une expédition sur le mont Ararat où il comptait découvrir l'Arche d'Alliance. L'agence Tass publia un refus catégorique, les Soviétiques déclarant fasciste l'attitude intellectuelle de Bellamy et estimant que de tels mouvements parascientifiques sont de nature à « réveiller des forces dangereuses ». En France, M. Denis Saurat, universitaire et poète, s'est fait le porte-parole de Bellamy, et le succès de l'ouvrage de Vélikovski a montré que beaucoup d'esprits demeuraient sensibles à une conception magique du monde. Il va de soi, enfin, que les intellectuels influencés par René Guénon et les disciples de Gurdjieff donnent la main aux horbigériens.

En 1952, un écrivain allemand, Elmar Brugg, publiait un gros ouvrage à la gloire du « père de la glace éternelle », du « Copernic de notre XXe siècle ». Il écrivait :

« La théorie de la glace éternelle n'est pas seulement une œuvre scientifique considérable. C'est une révélation des liaisons éternelles et incorruptibles entre le cosmos et tous les événements de la terre. Elle relie aux événements cosmiques les cataclysmes attribués aux climats, les maladies, les morts, les crimes, et ouvre ainsi des portes toutes nouvelles à la connaissance de la marche de l'humanité. Le silence de la science classique à son propos ne s'explique que par la conspiration des médiocres. »

Le grand romancier autrichien Robert Musil, dont l'œuvre a pu être comparée à celles de Proust et de Joyce(72), a bien analysé l'état des intelligences, en Allemagne, au moment où Horbiger est saisi par l'illumination et où le caporal Hitler forme le rêve de rédimer son peuple.

« Les représentants de l'esprit, écrit-il, n'étaient pas satisfaits… Leurs pensées ne trouvaient jamais de repos, parce qu'elles s'attachaient à cette part irréductible des choses qui erre éternellement sans pouvoir jamais rentrer dans l'ordre. Ainsi s'étaient-ils finalement persuadés que l'époque dans laquelle ils vivaient était vouée à la stérilité intellectuelle, et ne pouvait être sauvée que par un événement ou un homme tout à fait exceptionnels. C'est alors que naquit, parmi ceux qu'on appelle les “intellectuels”, le goût du mot “rédimer”. On était persuadé que la vie s'arrêterait si un messie n'arrivait bientôt. C'était, selon le cas, un messie de la médecine, qui devait “sauver” l'art d'Esculape des recherches de laboratoire pendant lesquelles les hommes souffrent et meurent sans être soignés ; ou un messie de la poésie qui devait être en mesure d'écrire un drame qui attirerait des millions d'hommes dans les théâtres et serait cependant parfaitement original dans sa noblesse spirituelle. En dehors de cette conviction qu'il n'était pas une activité humaine qui pût être sauvée sans l'intervention d'un messie particulier, existait encore, bien entendu, le rêve banal et absolument brut d'un messie à la manière forte pour rédimer le tout. »