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Les moines(83) combattants, les S.S. à tête de mort (qu'il importe de ne pas confondre avec d'autres groupements dont la Waffen S.S., composés de frères convers ou de tertiaires de l'Ordre, ou encore de mécaniques humaines construites à l'imitation du véritable S.S., comme des reproductions en creux du modèle), recevront la première initiation dans des Burgs. Mais ils seront d'abord passés par le séminaire, la Napola. Inaugurant une de ces Napola, ou écoles préparatoires, Himmler ramène la doctrine à son plus petit dénominateur commun : « Croire, obéir, combattre, un point c'est tout. » Ce sont des écoles où, comme le dit le Schwarze Korps du 26 novembre 1942, « on apprend à donner et à recevoir la mort ». Plus tard, s'ils en sont dignes, les cadets reçus dans les Burgs comprendront que « recevoir la mort » peut être interprété dans le sens « mourir à soi-même ». Mais s'ils ne sont pas dignes, c'est la mort physique qu'ils recevront sur les champs de bataille. « La tragédie de la grandeur est d'avoir à fouler des cadavres. » Et qu'importe ? Tous les hommes n'ont pas d'existence véritable, et il y a une hiérarchie d'existence, de l'homme-semblant au grand mage. À peine sorti du néant, que le cadet y retourne, ayant entr'aperçu, pour son salut, le chemin qui mène à la figure splendide de l'Être…

C'est dans les Burgs que l'on prononçait les vœux, et que l'on entrait dans une « destinée surhumaine irréversible ». L'Ordre Noir traduit en actes les menaces du docteur Ley : « Celui à qui le parti retirera le droit à la chemise brune, – il faut que chacun de nous le sache bien – celui-là ne perdra pas seulement ses fonctions, mais il sera anéanti, dans sa personne, dans celles de sa famille, de sa femme et de ses enfants. Telles sont les dures lois, les lois impitoyables de notre Ordre. »

Nous voici hors du monde. Il n'est plus question de l'Allemagne éternelle ou de l'État national-socialiste, mais de la préparation magique à la venue de l'homme-dieu, de l'homme d'après l'homme que les Puissances enverront sur la Terre, quand nous aurons modifié l'équilibre des forces spirituelles. La cérémonie où l'on recevait la rune S.S. devait assez ressembler à ce que décrit Reinhold Schneider quand il évoque les membres de l'Ordre Teutonique, dans la grande salle du Remter de Marienbourg, s'inclinant sous les vœux qui faisaient désormais d'eux l'Église Militante : « Ils venaient de pays aux visages divers, d'une vie agitée. Ils entraient dans l'austérité fermée de ce château et abandonnaient leurs boucliers personnels dont les armes avaient été portées par quatre ancêtres au moins. Maintenant, leur blason serait la croix qui ordonne de mener le combat le plus grave qui soit et qui assure la vie éternelle. » Celui qui sait ne parle pas : il n'existe aucune description de la cérémonie initiatique dans les Burgs, mais on sait qu'une telle cérémonie avait lieu. On la nommait « cérémonie de l'Air Épais », par allusion à l'atmosphère de tension extraordinaire qui régnait et ne se dissipait que lorsque les vœux avaient été prononcés. Des occultistes comme Lewis Spence ont voulu y voir une messe noire dans la pure tradition satanique. À l'opposé, Willi Frieschauer, dans son ouvrage sur Himmler, interprète « l'Air Épais » comme le moment d'abrutissement absolu des participants. Entre ces deux thèses il y a place pour une interprétation à la fois plus réaliste et donc plus fantastique.

Destinée irréversible : des plans furent conçus pour isoler le S.S. tête de mort du monde des « hommes-semblant » durant toute sa vie. On projeta de créer des cités, des villages de vétérans répartis à travers le monde et ne relevant que de l'administration et de l'autorité de l'Ordre. Mais Himmler et ses « frères » conçurent un rêve plus vaste. Le monde aurait pour modèle un État S.S. souverain. « À la conférence de la paix, dit Himmler, en mars 1943, le monde apprendra que la vieille Bourgogne va ressusciter, ce pays qui fut autrefois la terre des sciences et des arts et que la France a ravalé au rang d'appendice conservé dans la vinasse. L'État souverain de Bourgogne, avec son armée, ses lois, sa monnaie, ses postes, sera l'État modèle S.S. Il comprendra la Suisse romande, la Picardie, la Champagne, la Franche-Comté, le Hainaut et le Luxembourg. La langue officielle sera l'allemand, bien entendu. Le parti national-socialiste n'y aura aucune autorité. Seule la S.S. gouvernera, et le monde sera à la fois stupéfait et émerveillé par cet État où les conceptions du monde S.S. se trouveront appliquées. »

Le véritable S.S. de formation « initiatique » se situe, à ses propres yeux, au-delà du bien et du mal. « L'organisation de Himmler ne compte pas sur l'aide fanatique de sadiques qui recherchent la volonté du meurtre : elle compte sur des hommes nouveaux. » Hors du « cercle intérieur », qui comprend les « têtes de mort », leurs chefs, plus proches de la doctrine secrète, selon leur rang, et dont le centre est Thulé, le saint des saints, il y a le S.S. de type moyen, qui n'est qu'une machine sans âme, un robot de service. On l'obtient par fabrication standard, à partir de « qualités négatives ». Sa production ne relève pas de la doctrine, mais de simples méthodes de dressage. « Il ne s'agit point de supprimer l'inégalité parmi les hommes, mais au contraire de l'amplifier et d'en faire une loi protégée par des barrières infranchissables, dit Hitler… Quel aspect prendra le futur ordre social ? Mes camarades, je vais vous le dire : il y aura une classe de seigneurs, il y aura la foule des divers membres du parti classés hiérarchiquement, il y aura la grande masse des anonymes, la collectivité des serviteurs, des mineurs à perpétuité, et au-dessous encore, la classe des étrangers conquis, les esclaves modernes. Et au-dessus de tout cela, une nouvelle haute noblesse dont je ne puis parler… Mais ces plans doivent être ignorés des simples militants… »

Le monde est une matière à transformer pour qu'une énergie s'en dégage, concentrée par des mages, une énergie psychique susceptible d'attirer les Puissances du Dehors, les Supérieurs Inconnus, les Maîtres du Cosmos. L'activité de l'Ordre Noir ne répond à aucune nécessité politique ou militaire : elle répond à une nécessité magique. Les camps de concentration procèdent de la magie imitative : ils sont un acte symbolique, une maquette. Tous les peuples seront arrachés à leurs racines, changés en une immense population nomade, en une matière brute sur laquelle il sera loisible d'agir, et d'où s'élèvera la fleur : l'homme en contact avec les dieux. C'est le modèle en creux (comme Barbey d'Aurevilly disait : l'enfer, c'est le ciel en creux) de la planète devenue le champ des labours magiques de l'Ordre Noir.

Dans l'enseignement des Burgs, une partie de la doctrine secrète est transmise par la formule suivante : « Il n'existe que le Cosmos, ou l'Univers, être vivant. Toutes les choses, tous les êtres, y compris l'homme, ne sont que des formes diverses s'amplifiant au cours des âges de l'universel vivant. » Nous ne sommes pas vivants nous-mêmes tant que nous n'avons pas pris conscience de cet Être qui nous entoure, nous englobe et prépare à travers nous d'autres formes. La création n'est pas achevée, l'Esprit du Cosmos n'a pas trouvé son repos, soyons attentifs à ses ordres que des dieux nous transmettent, nous autres, mages farouches, boulangers de la sanglante et aveugle pâte humaine ! Les fours d'Auschwitz : rituel.