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Ce soir du 16 septembre 1959, quand je fus descendu dans le jardin et que je regardai, de mes yeux d'homme mûr, de mes yeux fatigués et avides, dans le ciel profond la Lune désormais porteuse de la trace humaine, mon émotion fut double, car je pensai à mon père. Je levais le regard, poitrine ouverte, comme il faisait naguère, chaque soir, dans notre misérable jardinet de banlieue. Et comme lui, j'étais en train de poser la plus vaste question : « Hommes de cette terre, sommes-nous les seuls vivants ? » Mon père posait cette question parce qu'il avait une grande âme, et aussi parce qu'il avait lu des ouvrages d'un spiritualisme douteux, des affabulations primaires. Je la posais, lisant la Pravda et des ouvrages de science pure, fréquentant des gens de savoir. Mais sous les étoiles, visage renversé, je le rejoignais dans la même curiosité qu'accompagne une infinie dilatation de l'esprit.

J'ai tout à l'heure évoqué la naissance du mythe des soucoupes volantes. C'est un fait social significatif. Mais il va de soi que l'on ne saurait accorder crédit à ces astronefs dont débarquent des petits bonshommes qui vont discuter avec des gardes-barrières ou des marchands de sandwiches. Martiens, Saturniens ou Jupitériens sont improbables. Mais, résumant la somme des connaissances réelles sur la question, notre ami Charles-Noël Martin écrit : « La multiplicité des habitats possibles dans les galaxies, et dans la nôtre en particulier, entraîne une quasi-certitude de voir des formes de vie excessivement nombreuses. » Sur toute planète d'un autre soleil, fût-ce à des centaines d'années-lumière de la Terre, si la masse et l'atmosphère sont identiques, il doit exister des êtres à notre ressemblance. Or, le calcul montre qu'il peut exister, dans notre seule galaxie, de dix à quinze millions de planètes plus ou moins comparables à la Terre. Harlow Shapley, dans son ouvrage Des Étoiles et des Hommes, compte dans l'univers connu 1011 sœurs probables de notre Terre. Tout nous invite à supposer que d'autres mondes sont habités, que d'autres êtres hantent l'univers. À la fin de l'année 1959, des laboratoires ont été installés à l'Université de Cornell, aux États-Unis. Sous la direction des professeurs Coccioni et Morrisson, pionniers des grandes communications, on y recherche les signes que nous adressent peut-être d'autres vivants dans le cosmos.

Plus que le débarquement de fusées sur les astres proches, le contact des hommes avec d'autres intelligences et peut-être avec d'autres psychismes, pourrait être l'événement bouleversant de toute notre histoire.

S'il existe d'autres intelligences, ailleurs, savent-elles notre existence ? Captent-elles et décryptent-elles le lointain écho des ondes radio et télévision que nous émettons ? Voient-elles, à l'aide d'appareils, les perturbations produites sur notre soleil par les planètes géantes Jupiter et Saturne ? Envoient-elles des engins dans notre galaxie ? Notre système solaire a pu être traversé d'innombrables fois par des fusées observatrices sans que nous en ayons le moindre soupçon. Nous ne parvenons même plus, à l'heure où j'écris, à retrouver notre Lunik III dont l'émetteur est en panne. Nous ignorons ce qui se passe dans notre domaine.

Des êtres, des habitants de l'Ailleurs, sont-ils déjà venus nous visiter ? Il est hautement probable que des planètes ont reçu des visites. Pourquoi particulièrement la Terre ? Il y a des milliards d'astres éparpillés dans le champ des années-lumière. Sommes-nous les plus proches ? Sommes-nous les plus intéressants ? Cependant, il est licite d'imaginer que de « grands étrangers » ont pu venir contempler notre globe, s'y poser même, y séjourner. La vie est présente sur la Terre depuis un milliard d'années au moins. L'homme y est apparu depuis plus d'un million d'années, et nos souvenirs ne remontent guère à plus de quatre mille ans. Que savons-nous ? Des monstres préhistoriques ont peut-être levé leur long cou au passage d'astronefs, la trace d'un aussi fabuleux événement s'est perdue…

Le docteur Ralph Stair, du N.B.S. américain, analysant d'étranges roches hyalines dispersées dans la région du Liban, les tektites, admet que celles-ci pourraient provenir d'une planète disparue et qui se serait située entre Mars et Jupiter. Dans la composition des tektites, on a découvert des isotopes radio-actifs d'aluminium et de béryllium.

Plusieurs savants dignes de foi pensent que le satellite de Mars, Phobos, serait creux. Il s'agirait d'un astéroïde artificiel placé en orbite de Mars par des intelligences extérieures à la Terre. Telle était la conclusion d'un article de la sérieuse revue Discovery de novembre 1959. Telle est aussi l'hypothèse du professeur soviétique Chtlovski, spécialiste de radio astronomie.

Dans une retentissante étude de la Gazette Littéraire de Moscou de février 1960, le professeur Agrest, maître ès sciences physico-mathématiques, déclarait que les tektites, qui ne pourraient s'être formées que dans des conditions de température très élevée et de radiations nucléaires puissantes, sont peut-être des traces d'atterrissage de projectiles-sondes venus du cosmos. Des visiteurs, il y a un million d'années, seraient venus pour le professeur Agrest (qui n'hésitait pas, dans cette étude, à proposer d'aussi fabuleuses hypothèses, montrant ainsi que la science, dans le cadre d'une philosophie positive, pouvait et devait s'ouvrir aussi largement que possible à l'imagination créatrice, aux suppositions hardies) la destruction de Sodome et Gomorrhe aurait été due à une explosion thermonucléaire provoquée par des voyageurs de l'espace, soit volontairement, soit par suite d'une destruction nécessaire de leurs dépôts d'énergie avant leur départ pour le Cosmos. On lit dans les manuscrits de la mer Morte cette description :