Выбрать главу

Jason eut une idée de la longueur de la chose lorsque la rue craqua et s’ouvrit sur cinquante mètres de chaque côté de la tranchée. De grands anneaux commencèrent à émerger du sol. Il tira avec son pistolet, comme les autres. Cela ne sembla avoir aucun effet sur la créature. Les renforts affluèrent, avec toute une variété d’armes. Les grenades et les lance-flammes semblaient les plus efficaces.

— Dégagez la zone, nous allons la submerger. Reculez !

La voix était tellement forte qu’elle fit vibrer l’oreille de Jason. Il se retourna et reconnut Kerk, qui arrivait avec des camions pleins d’armes. Il avait un puissant haut-parleur attaché sur le dos, le micro pendant devant ses lèvres. Sa voix amplifiée provoqua une réaction instantanée de la foule, qui opéra immédiatement un mouvement de repli.

Il subsistait un doute dans l’esprit de Jason sur ce qu’il fallait faire. Dégager la zone ? Mais quelle zone ? Il marcha vers Kerk avant de se rendre compte que les Pyrrusiens se dirigeaient dans le sens opposé. En dépit de la pesanteur, ils allaient vite.

Jason eut le sentiment d’être nu au milieu d’une scène. Il se trouvait au centre de la rue et les autres avaient disparu. Il ne restait personne. À part l’homme blessé que Jason avait aidé. Ce dernier marcha en trébuchant vers Jason, agitant son bras valide. Jason ne pouvait comprendre ce qu’il disait. Kerk avait recommencé à crier des ordres depuis l’un des camions. Les véhicules avaient eux aussi commencé à se déplacer. Un sentiment d’urgence s’imposa à l’esprit de Jason qui se mit à courir.

C’était trop tard. De tous côtés le sol se soulevait, craquait, alors que de nouveaux anneaux de la chose souterraine se forçaient un passage vers la lumière. Soudain, devant Jason, lui coupant la retraite, s’éleva une arche d’un gris incrusté de poussière.

Certaines secondes de la vie semblent durer une éternité. C’est un moment de temps subjectif qui s’étend sur une distance infinie. Jason restait debout, immobilisé. La fumée dans le ciel restait elle-même immobile. L’arche monstrueuse se trouvait devant lui, chaque détail en était parfaitement clair.

Aussi épaisse qu’un homme, côtelée et grise comme un vieux tronc. Des appendices faisaient saillie de tous côtés, des excroissances blêmes et mouvantes se déplaçaient lentement comme des serpents. La chose avait la forme d’une plante, mais les mouvements d’un animal. Et cela craquait et s’ouvrait. C’était là le pire.

Des ouvertures apparurent. Des bouches béantes qui vomirent une horde d’animaux. Jason entendait leurs cris, aigus et pourtant éloignés. Il vit leurs dents semblables à des aiguilles.

La paralysie de l’inconnu l’immobilisait là. Il aurait dû mourir. Kerk criait des ordres dans le haut-parleur, d’autres tiraient dans les créatures qui attaquaient Jason. Lui, ne se rendait compte de rien.

Puis il se trouva poussé en avant par une épaule dure comme la pierre. L’homme blessé était toujours là, essayant de dégager Jason. Le pistolet serré entre les dents, il le traîna avec son bras valide. Vers la créature. Les autres s’arrêtèrent de tirer. Ils comprirent son plan et le trouvèrent judicieux.

Un anneau de la chose faisait un arc dans l’air, laissant une ouverture entre son corps et le sol. Le Pyrrusien blessé planta fermement ses pieds sur le sol et banda ses muscles. D’une main, d’une seule poussée, il souleva Jason et l’envoya bouler sous l’arc vivant. Des appendices mobiles lui léchèrent le visage et il se retrouva de l’autre côté, roulant sans fin sur lui-même. Le Pyrrusien sauta après lui.

Trop tard. Il y avait eu une chance pour qu’un des deux s’en sorte. Le Pyrrusien aurait pu facilement la saisir – mais il avait choisi de pousser Jason d’abord. La chose eut conscience d’un mouvement lorsque Jason frôla ses excroissances. Elle se laissa retomber et écrasa l’homme blessé sous son poids. Il disparut alors que les appendices s’enroulaient autour de lui et que les animaux le recouvraient. La détente devait être en position entièrement automatique, car le pistolet continua de tirer un long moment après qu’il fut mort.

Jason rampa. Quelques animaux coururent vers lui, mais ils furent tués. Il n’en sut rien. Puis des mains dures l’attrapèrent et le poussèrent en avant. Il heurta le flanc d’un camion et le visage de Kerk lui apparut rouge d’une rage démente. L’un des poings énormes se referma sur le vêtement de Jason et il fut soulevé, secoué comme un prunier. Il ne protesta pas et n’aurait pu le faire même si Kerk l’avait tué.

Lorsqu’il fut jeté sur le sol, quelqu’un le souleva et le fit glisser à l’arrière du camion. Il ne perdit pas connaissance quand le camion s’éloigna en bondissant, mais il lui était impossible de bouger. Dans un instant, sa fatigue s’effacerait et il s’assiérait. Il était tout simplement un peu fatigué. Il s’évanouit sur cette pensée.

13

— Comme au bon vieux temps, dit Jason lorsque Brucco entra dans la pièce avec un plateau de nourriture.

Brucco servit Jason sans un mot, puis partit après avoir servi les autres blessés.

— Merci ! Lui cria Jason lorsqu’il sortit.

Bien sûr, une plaisanterie, la forme d’un sourire comme toujours. Mais en même temps que ses lèvres décochaient une plaisanterie, Jason se retrouvait sous l’arche. Après tout, le blessé n’avait-il pas pris sa place ? Il finit son repas sans se rendre compte qu’il avait mangé. Il savait qu’il aurait dû mourir là-bas dans la rue ravagée par le combat. Sans lui, l’homme au bras blessé aurait été amené ici, à l’abri dans les bâtiments de recyclage. Il savait qu’il se trouvait dans le lit de cet homme.

L’homme qui avait échangé sa vie contre celle de Jason.

L’homme dont il ne connaissait même pas le nom.

Il y avait dans la nourriture des drogues qui le firent dormir. Lorsqu’il se réveilla pour la seconde fois, il avait repris contact avec la réalité.

Jason se rendit compte qu’il ne pouvait ressusciter l’homme mort. Ce qu’il pouvait faire, en revanche, était de rendre son sacrifice utile. Dans la mesure où une mort pouvait être utile à quelque chose…

Jason savait ce qu’il avait à faire. Son travail était encore plus important maintenant. S’il pouvait résoudre l’énigme de ce monde de mort, il serait à même de rembourser en partie la dette qu’il avait contractée.

Il dut agripper le bord du lit jusqu’à ce que la tête ne lui tournât plus. Ses voisins de salle l’ignorèrent pendant qu’il s’habillait lentement et douloureusement. Brucco entra, vit ce qu’il était en train de faire et repartit sans un mot.

Il lui fallut longtemps pour s’habiller, mais il y arriva. Lorsqu’il quitta la pièce, il trouva Kerk qui l’attendait.

— Kerk, je voudrais vous dire…

— Ne me dites rien ! (Le tonnerre de la voix de Kerk rebondit sur les murs et sur le plafond.) Je vais vous dire quelque chose. Je vais vous le dire une fois pour toutes. On ne veut pas de vous sur Pyrrus, Jason dinAlt, ni de vous ni de vos précieux objets d’un autre monde. Je vous ai laissé me convaincre une fois. Je vous ai aidé aux dépens d’un travail plus important. J’aurais dû savoir ce que serait le résultat de votre « logique ». Je l’ai vu. Welf est mort pour que vous surviviez. Il en valait deux comme vous.

— Welf ? C’est son nom ? Je ne savais pas…

— Vous ne saviez même pas. (Kerk plissa la bouche en une grimace de dégoût.) Vous ne connaissiez même pas son nom et pourtant il est mort pour que vous puissiez continuer votre existence misérable.