Un savoir sûr
Jusqu'ici, tu me suis, Sophie? Mais tu te demandes : Platon pensait-il vraiment cela sérieusement? Entendait-il par là qu'il existe de tels modèles dans une tout autre réalité?
Il ne faut sans doute pas prendre cela trop au pied de la lettre (bien qu'il faille lire à cette lumière certains dialogues de Platon). Essayons de suivre son argumentation.
Un philosophe tente de cerner ce qui est éternel et immuable. On voit mal en effet l'intérêt d un traité de philo sophie sur l'existence d'une bulle de savon. Pour la bonne rai son qu'on aurait à peine le temps de l'étudier qu'elle aurait déjà éclaté ; et, surtout, qui se donnerait la peine d'acheter un traité de philosophie sur quelque chose que personne n'aurait vu et qui aurait en tout et pour tout existé seulement cinq secondes?.
Pour Platon, tout ce que nous voyons autour de nous dans la nature peut être comparé à une bulle de savon. Rien de ce qui existe dans le monde des sens ne dure. Je ne t'apprends rien en te disant que tous les hommes et les animaux doivent tôt ou tard mourir et se décomposer. Même un bloc de marbre change et s'érode lentement. (L'Acropole est en ruine, Sophie ! Scandaleux, mais c'est comme ça.) Il est donc impossible d'avoir une connaissance sûre de ce qui est en perpétuel chan gement Concernant tout ce qui a trait au monde des sens et que nous pouvons toucher et sentir, nous pouvons tout juste hasarder des interprétations incertaines ou des hypothèses. Seule la raison appliquée à ce qu'elle voit permet une vraie connaissance.