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D'un point de vue général, Platon avait une vision positive des femmes, du moins replacée dans le contexte de son époque. Dans le dialogue le Banquet, c'est une femme, la légendaire prê tresse Diotima, qui confire à Socrate son intelligence philoso phique.

Voilà pour ce qui concerne Platon, Sophie. Depuis deux mille ans, les hommes discutent et critiquent ses thèses étonnantes. Le premier homme à le faire fut son propre élève à l'Académie. Son nom était Aristote, le troisième grand philosophe d'Athènes. Je ne t'en dis pas plus !

Pendant que Sophie, assise sur une grosse racine, lisait ces pages sur Platon, le soleil s'était levé à l'est derrière les col lines boisées. Le disque du soleil avait paru à l'horizon juste au moment où elle en était au passage où l'homme sort de la caverne en clignant des yeux à cause de la trop forte lumière du dehors.

Elle eut elle-même l'impression de sortir d'une grotte. Après la lecture de Platon, la nature tout entière lui apparut

sous un autre angle. Comme si auparavant elle avait été dalto nienne. Des ombres, pour ça elle en avait vu, mais il lui sem blait qu'elle n'avait jamais vu les idées dans tout leur éclat.

Cela dit, Platon ne l'avait pas tout à fait convaincue avec son explication de modèles, mais elle trouva que c'était somme toute une jolie idée de penser que tout ce qui était vivant n'était qu'une copie imparfaite de formes éternelles dans le monde des idées. Toutes les fleurs, tous les arbres, les hommes et les animaux n'étaient-ils pas en effet « impar faits » ?

Tout ce qui l'entourait était si beau et si vivant que Sophie dut se frotter les yeux. Mais rien de ce qu'elle voyait n'allait durer. Pourtant, dans cent ans, des fleurs et des animaux iden tiques seraient ici à nouveau et même si chaque fleur et chaque animal était condamné à disparaître et être oublié, il y aurait quelque part quelque chose qui se « souviendrait » d'eux.

Sophie contemplait le monde autour d'elle. Un écureuil grimpa en sautillant le long d'un pin, tourna plusieurs fois autour du tronc, puis disparut prestement dans les branches.

Toi, je t'ai déjà vu ! pensa Sophie. Elle savait bien qu'il ne pouvait s'agir du même écureuil, mais elle avait vu la même « forme ». Autant qu'elle pût juger, Platon avait peut-être rai son en affirmant qu'elle avait dû voir l'« écureuil » éternel avant que son âme ne s'incarne dans un corps.

Etait-il possible qu'elle ait vécu une vie antérieure? Son âme avait-elle existé avant de trouver un corps pour s'incar ner? Etait-ce possible qu'elle ait en elle une pépite d'or, un bijou sur lequel le temps n'avait pas de prise, oui, une âme qui continuerait à vivre quand son corps un jour deviendrait vieux et cesserait d'exister?

Le chalet du major

...la fille dans le miroir cligna des deux yeux.

Il n'était que sept heures et quart. Il n'y avait donc aucune raison pour se dépêcher de rentrer à la maison. La mère de Sophie allait certainement dormir encore quelques heures, elle aimait bien faire la grasse matinée le dimanche.

Et si elle s'enfonçait dans la forêt à la recherche d'Alberto Knox? Oui, mais pourquoi le chien s'était-il mis à gronder si méchamment en la regardant ?

Sophie se leva et reprit le chemin où Hermès avait disparu en courant. Elle tenait à la main l'enveloppe jaune avec tous les feuillets sur Platon. Chaque fois qu'il y avait une bifurca tion, elle restait sur le sentier le plus important.

La forêt résonnait de chants d'oiseaux : dans les arbres, l'air, les arbustes et les broussailles. Ils avaient fort à faire le matin. Eux ne faisaient aucune différence entre le dimanche et les autres jours de la semaine. Mais qui avait appris aux oiseaux à faire tout ce qu'ils faisaient? Chacun d'eux avait-il un petit ordinateur dans sa tête, une sorte de « programme informatique » qui leur dictait ce qu'ils avaient à faire ?