— Salut ! Bon anniversaire !
— T'es adulte maintenant !
Sophie remarqua tout de suite que Jorunn et JOrgen se dévi sageaient à la dérobée. L'air était lourd. Il faut dire que c'était le soir de la Saint-Jean.
Tous avaient apporté des cadeaux, et puisque c'était une réception philosophique en plein air, la plupart des invités s'étaient interrogés sur ce qu'était la philosophie avant de venir. A défaut de trouver des cadeaux philosophiques, ils s'étaient du moins creusé la tête pour écrire quelque chose de philosophique sur la carte. Sophie reçut un dictionnaire de phi losophie et un petit carnet intime qu'on pouvait fermer à clé sur lequel était écrit : « notes philosophiques personnelles ».
Au fur et à mesure que les invités se pressaient dans le jar din, on servit du jus de pomme dans de vrais verres à vin. C'était la mère de Sophie qui s'occupait du service.
— Soyez tous les bienvenus... Comment vous appelez-vous, jeune homme?... Je ne crois pas vous avoir déjà rencontré... Oh ! Cécile, comme c'est gentil à toi d'être venue !
Une fois que tous les jeunes se furent retrouvés et alors qu'ils étaient en train de discuter sous les arbres fruitiers, un verre à la main, la Mercedes blanche des parents de Jorunn se gara devant la maison. Le conseiller financier portait un costume gris à la coupe impeccable, sa femme un ensemble-pantalon rouge rehaussé de paillettes bordeaux. Sophie n'aurait pas été étonnée si elle avait d'abord acheté une poupée Barbie avec ce costume et avait demandé ensuite à une couturière de lui faire le même ensemble. Ou alors il y avait une autre possibilité. Le conseiller financier avait pu acheter la poupée puis demander à un magicien de la métamorphoser en une femme en chair et en os. Mais c'était trop tiré par les cheveux.