— Il est huit heures et demie.
— D va falloir prendre un raccourci. Nous ne pouvons pas rester indéfiniment derrière ce camion.
Là-dessus, il bifurqua et s'engagea dans un grand champ de blé. Sophie se retourna et vit une large bande aépis de blé cou chés à terre après leur passage.
— Ils diront demain que c'est le vent qui a soufflé sur les champs, se contenta de dire Alberto.
Le major Albert Knag atterrit à l'aéroport de Copenhague à quatre heures et demie ce samedi 23 juin. Il avait une longue journée derrière lui, ayant déjà, pour cette avant-dernière étape, pris l'avion à Rome.
Il passa le contrôle des passeports dans son uniforme des Nations unies, qu'il avait toujours porté avec grande fierté. Il ne représentait pas seulement lui-même ni son propre pays, mais une organisation de droit internationale, une tradition centenaire qui englobait à présent toute la planète.
Il portait juste un petit sac sur l'épaule, le reste de ses bagages ayant été enregistré à Rome. Il lui suffisait de brandir son petit passeport rouge.
Nothing to déclaré.
Le major Knag devait attendre presque trois heures sa cor respondance pour Lillesand. Autant acheter quelques cadeaux pour sa famille. Le plus grand cadeau de sa vie, il l'avait envoyé à sa fille, voilà deux semaines de cela. Sa femme Marit l'avait posé sur la table de nuit de sa fille afin que Hilde le trouve à son réveil, le jour de son anniversaire.
Depuis son coup de téléphone tard dans la soirée ce jour-là, il n'avait pas reparlé à Hilde.
Albert acheta quelques journaux norvégiens, s'assit au bar de l'aéroport et commanda une tasse de café. Il était en train de parcourir les gros titres lorsqu'il entendit au haut-parleur : « Message personnel pour monsieur Albert Knag. Mon sieur Albert Knag est prié de contacter le comptoir SAS. »
De quoi s'agissait-il? Albert Knag eut des sueurs froides. On ne lui demandait quand même pas de retourner au Liban ? Ou était-il arrivé quelque chose de grave à la maison ?
Il se présenta le plus vite possible à l'endroit demandé :
— C'est moi, Albert Knag.
— Ah ! très bien. C'est urgent.
Il ouvrit l'enveloppe sur-le-champ. A l'intérieur de l'enve loppe se trouvait une autre enveloppe plus petite sur laquelle était écrit : Au major Albert Knag, c/o comptoir d'informa tions SAS à l'aéroport Kastrup, Copenhague.
Albert se sentit devenir nerveux. Il ouvrit la plus petite enveloppe. Elle ne contenait qu'un bout de papier :
Cher Papa,
Je te souhaite la bienvenue. Quel bonheur de te savoir bientôt à la maison, après tout ce temps passé au Liban. Tu comprendras aisément que je n 'en puisse plus d'attendre. Excuse-moi si j'ai été obligée de te faire appeler au haut-parleur, mais c 'étaitplus facile ainsi.