— Naturellement. Mais pourquoi êtes-vous si pressés?
Alberto expliqua ce qu'ils avaient à faire et la vieille femme
dit:
— Ah ! pour une fois qu'on voyait des visages nouveaux ! Mais il va falloir bientôt couper le cordon ombilical avec votre origine charnelle. Nous ne dépendons plus de la chair et du sang des hommes. Nous appartenons au peuple invisible.
rai après, Alberto et Sophie retrouvaient la cafétéria Cinde- rella et la voiture rouge. Juste à côté, une maman énervée aidait son petit garçon à faire pipi contre une autre voiture.
En prenant quelques raccourcis à travers champs et fourrés, ils arrivèrent rapidement à Lillesand.
L'avion SK 876 de Copenhague atterrit très exactement à 21 h 35. Au moment du décollage, le major avait ouvert la dernière enveloppe qu'il avait trouvée collée sur le comptoir d'embarquement, adressée :
Au major Knag, à son passage au comptoir d'embarque ment, le soir de la Saint-Jean 1990.
Il avait lu :
Cher Papa,
Tu t'attendaispeut-être à me voir apparaître en chair et en os à Copenhague. Mais le contrôle quej'exerce sur tes faits et gestes est plus subtil que ça. Je te vois partout, Papa. En effet, j'ai rendu visite à une vieille famille tzigane qui a vendu, il y a bien longtemps, un miroir magique en laiton à mon arrière-grand-mère. Je me suis en outre procuré une boule de cristal. Je peux voir que tu viens tout juste de t'asseoir dans ton fau teuil. Aussi vais-je simplement te rappeler que tu es prié d'attacher ta ceinture de sécurité et de garder le dossier de ton siège relevé jusqu a ce que le signe Fasten seat- belt soit éteint. Dès que l'avion aura pris sa vitesse de croisière, tu pourras faire basculer ton siège et t'accor- der un petit somme. Il serait sage d'arriver reposé à la maison. Il fait à Lillesand un temps splendide, mais la température est inférieure de quelques degrés à celle du Liban. Je te souhaite un agréable voyage.