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Ce n'est pas lui qui est bizarre. Il est comme la mouche du coche qui essaie de déranger les autres. Pour les obliger à sortir de leur petit train-train mental.

Bon, ça commence à bien faire ! Mais pour qui il se prend, celui-là ?

Sophie baissa la tête et se remit à faire la vaisselle.

Ce n'est ni un savant ni un petit prétentieux. Il aimerait simplement accéder à une vraie connaissance. C'est ce qui fait toute la différence entre un vrai joker et les autres cartes dujeu.

Tu as dit un joker?

Sophie fit signe que oui et enchaîna :

Est-ce que tu ne t'es jamais demandé pourquoi il y a autant de cœurs, de carreaux, de trèfles et de piques dans un jeu de cartes, mais seulement un joker?

Mais enfin, qu'est-ce que tu me chantes là?

Et toi alors, avec tes questions ?

Sa mère avait fini de ranger ses achats. Elle prit son journal et passa dans le salon. Sophie eut l'impression qu'elle cla quait la porte derrière elle avec une certaine violence.

La vaisselle terminée, elle monta dans sa chambre. Elle avait rangé le foulard rouge en soie tout en haut de l'armoire à côté du Lego. Elle alla le chercher et l'examina attenti vement.

Hilde...

Athènes

... à la place des ruines s'élevaient plusieurs hauts édifices...

En début de soirée, sa mère partit rendre visite à une amie. Dès qu'elle fut sortie, Sophie descendit au jardin et alla dans sa cabane au fond de la vieille haie. Un gros paquet l'attendait à côté de sa grande boîte à biscuits. Sophie s'empressa de déchirer le papier. C'était une cassette vidéo !

Elle courut à la maison. Une cassette vidéo ! Ça, alors ! Mais comment le philosophe avait-il su qu'ils possédaient un magnétoscope? Qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir dessus?

Sophie mit la cassette dans l'appareil. L'image d'une grande ville apparut sur l'écran de télévision. Sophie comprit rapidement qu'il devait s'agir d'Athènes, car il y eut aussitôt après un zoom sur l'Acropole que Sophie reconnut pour l'avoir souvent vue reproduite.

C'était une image vivante. Dans ces ruines, ça grouillait de touristes en vêtements légers, un appareil photo autour du cou. Il y en avait même un qui brandissait une pancarte. Encore une pancarte ! Mais on aurait dit... mais oui, sur cette pancarte était écrit : « Hilde » !

Un peu plus tard, on voyait le portrait en gros plan d'un homme d'une quarantaine d'années. Il était plutôt petit, avec une barbe noire et soignée, et il portait un béret bleu. Il ne tarda pas à regarder la caméra en face en déclarant :

— Bienvenue à Athènes, Sophie. Tu as sans doute deviné que l'Alberto Knox de la lettre, c'est moi. Si tu n'as toujours pas deviné, je répète que le grand lapin blanc est tiré du cha peau haut de forme de l'univers. Nous nous trouvons dans l'Acropole. Ce qui signifie « le château de la ville » ou encore « la ville sur les hauteurs ». Ici, des hommes ont vécu depuis l'âge de pierre. A cause de ce site très particulier, bien sûr, car c'était plus facile de défendre ce haut plateau contre l'ennemi. De plus, on jouissait depuis l'Acropole d'une belle vue sur l'un des meilleurs ports de la Méditerranée... Petit à petit, Athènes se développant en contrefort du plateau, l'Acropole fut utilisée comme forteresse et comme lieu de culte. Dans la première moitié du IVe siècle avant Jésus- Christ, il y eut une guerre terrible contre les Perses, et en 480 le roi des Perses, Xerxès, pilla Athènes et incendia toutes les vieilles constructions de bois sur l'Acropole. L'année sui vante, les Perses furent battus et cela marqua le début de l'âge d'or d'Athènes. On reconstruisit l'Acropole — qui devint encore plus belle et majestueuse — et ce devint exclusive ment un lieu de culte. C'est justement à cette époque que Socrate se promenait dans les rues et sur la place du marché pour s'entretenir avec les Athéniens. Il a ainsi pu suivre de près la reconstruction de l'Acropole et l'édification de tous les majestueux monuments qui nous entourent. Quel chantier ce dut être ! Derrière moi tu vois le plus grand temple. Il s'appelle le Parthénon, c'est-à-dire « la demeure de la Vierge », car il fut édifié en l'honneur d'Athéna, la déesse tutélaire d'Athènes. Le grand édifice de marbre n'a pas une seule ligne droite, les quatre côtés sont légèrement incurvés. Cela devait conférer plus de vie au bâtiment. Aussi, malgré ses proportions énormes, il ne paraît pas trop massif. Tout repose donc sur une illusion optique. Les colonnes sont un peu inclinées vers l'intérieur et auraient formé une pyramide de mille cinq cents mètres si on les avait prolongées jusqu'à les faire se toucher en un point situé au-dessus du temple. Le seul objet à l'intérieur de ce gigantesque édifice était une sta tue d'Athéna haute de douze mètres. Je pourrais aussi ajouter que le marbre blanc, qui fut peint en plusieurs couleurs vives, était extrait d'une montagne située à seize kilomètres de là...

Sophie était comme tétanisée. Etait-ce vraiment le profes seur de philosophie qui s'adressait à elle sur la cassette vidéo? Elle avait seulement entr'aperçu sa silhouette l'autre soir dans l'obscurité. De là à dire que c'était le même homme qui se tenait sur l'Acropole à Athènes...

Il longea ensuite la plus longue façade du temple, la caméra restant braquée sur lui. Enfin il se dirigea vers le bord de la falaise et montra du doigt le paysage environnant. La caméra zooma sur un ancien théâtre construit au pied de l'Acropole.

Tu vois l'ancien théâtre de Dionysos, poursuivit l'homme au béret. C'est très vraisemblablement le plus ancien théâtre en Europe. C'est ici que les grandes tragédies d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide furent représentées jus tement à l'époque de Socrate. J'ai déjà mentionné la tragédie du malheureux roi Œdipe. Mais on y jouait des comédies éga lement. L'auteur comique le plus célèbre était Aristophane qui écrivit entre autres choses une comédie peu flatteuse à propos de cet original de la ville qu'était Socrate. Tu aperçois tout au fond le mur de pierre contre lequel se tenaient les acteurs. Il s'appelait OKT1VT1 et a donné chez nous le mot « scène ». Le terme théâtre vient d'ailleurs aussi d'un ancien mot grec pour dire « voir ». Mais nous allons revenir à la phi losophie, Sophie. Faisons le tour du Parthénon et descendons jusqu'à l'entrée...

L'homme de petite taille fit le tour du Parthénon et montra quelques temples moins importants sur sa droite. Puis il com mença à descendre les marches entre plusieurs hautes colonnes. En arrivant au pied du plateau de l'Acropole, il grimpa sur un petit monticule et dit en désignant Athènes du doigt :

Le monticule où je me trouve a pour nom Aréopage. C'est ici que la plus haute cour de justice d'Athènes rendait ses verdicts en matière d'affaires criminelles. Plusieurs siècles plus tard, l'apôtre Paul prêcha ici la bonne parole de Jésus et le christianisme aux Athéniens. Mais nous revien drons sur son prêche à une prochaine occasion. En bas à gauche, tu aperçois les ruines de l'ancienne place du marché d'Athènes. Hormis le grand temple du forgeron Héphaïsîos, il ne reste plus que des blocs de marbre. Descendons main tenant. ..