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Il partit à la recherche de Caterina qui n’avait pas paru atteinte par le mal.

Il la retrouva à une centaine de mètres en aval. Elle revenait au camp avec une brassée de pommes qu’elle avait trouvées. Elles étaient rouges, mûres en apparence. Helward en goûta une. Elle était douce et juteuse… mais il se rappela soudain l’avertissement de Clausewitz. Bien qu’il doutât de sa justesse, il rendit à regret le fruit à Caterina, qui acheva de le manger.

Ils firent cuire une des pommes sur les braises, puis l’écrasèrent et la donnèrent à manger à l’enfant, par minuscules bouchées. Cette fois il garda la nourriture et émit des bruits de contentement. Rosario étant encore trop faible pour s’en occuper, ce fut Caterina qui le coucha dans son berceau, et en quelques minutes il s’endormit.

Lucia n’eut pas de nausées, bien qu’elle continuât à souffrir du ventre toute la matinée. Rosario se remit plus rapidement et mangea une des pommes.

Helward avala le reste de la nourriture synthétique jaune… ce qui ne le rendit nullement malade.

Plus tard dans la journée, Helward remonta au sommet du ravin et longea le côté nord. Là, à quelques kilomètres en arrière dans le temps, des vies avaient été perdues pour faire avancer la ville. Le paysage lui était familier et, bien que presque tout le matériel utilisé eût été enlevé, les longs jours et les nuits passés à construire le pont restaient vivaces dans son souvenir. Il regarda au sud l’endroit exact où le pont avait été lancé.

Le ravin ne paraissait plus aussi large qu’à l’époque, ni aussi profond. Peut-être son impatience du moment l’avait-il conduit à se faire une impression exagérée de l’obstacle présenté par ce gouffre.

Mais non… Certainement le ravinavait été plus large.

Il se rappelait à présent qu’au moment où la ville était passée, les voies mesuraient au moins soixante mètres de long. Maintenant, à l’endroit où le pont l’avait enjambé, le ravin n’avait plus qu’une dizaine de mètres de largeur.

Helward resta un bon moment en contemplation devant le bord opposé, sans rien comprendre. Puis il lui vint une idée. Le pont avait été construit sur des plans parfaitement calculés… Il avait travaillé de nombreux jours à l’érection des tours de suspension et savait que, de chaque côté, les tours avaient été élevées à distance suffisante l’une de l’autre pour permettre à la cité de passer entre elles. »

Cette distance avait été d’environ quarante pas.

Il se rendit au point où s’était dressée une des tours nord, et marcha en direction de l’autre fondation. Il compta cinquante-huit pas.

Il refit un essai en sens inverse. Il compta cette fois soixante pas.

Il fit encore un test, à plus grandes enjambées : cinquante-cinq pas.

Debout au bord du gouffre, il regardait le ruisseau en bas. Il se souvenait clairement de sa profondeur lors de la construction du pont. Du point où il était en ce moment, le fond du ravin avait semblé se trouver à une profondeur terrifiante. Maintenant la descente était facile jusqu’au campement.

Une nouvelle idée le frappa et il se rendit au nord où une rampe avait été aménagée pour ramener la ville en contact avec le sol. Les traces des quatre voies étaient encore bien visibles.

Si les deux tours étaient apparemment plus écartées l’une de l’autre à présent, qu’en était-il des voies elles-mêmes ?

Après ses longues heures de travail avec Malchuskin, Helward connaissait en détail tout ce qui avait trait aux voies et aux traverses. L’écartement des rails était d’un mètre, et ils reposaient sur des traverses d’un mètre cinquante de long. En examinant maintenant les cicatrices laissées dans le sol par les traverses, il constatait qu’elles étaient beaucoup plus grandes. Il prit des mesures approximatives et estima que les marques avaient au moins deux mètres de long, mais avaient perdu de la profondeur. Cependant il savait bien que les traverses qu’il avait utilisées n’auraient pas pu laisser ces empreintes : la ville se servait de traverses de dimensions normalisées et les emplacements creusés pour les poser avaient toujours les mêmes dimensions, à peu de chose près.

Pour en être parfaitement certain, il mesura plusieurs autres traces et découvrit qu’elles avaient toutes un demi-mètre de trop.

Et trop rapprochées les unes des autres, en plus. Les équipes de voies posaient les traverses tous les un mètre vingt… et non tous les cinquante centimètres, comme l’indiquaient ces marques.

Helward consacra encore quelques minutes à des mesures du même ordre, puis il dévala la pente, franchit le ruisseau – qui lui semblait encore plus étroit et moins profond qu’il ne l’avait été – et escalada la paroi sud.

Là aussi, les mesures qu’il releva sur les traces du passage de la ville étaient en contradiction flagrante avec ce qu’elles auraient dû être.

Intrigué – et plus qu’inquiet – il retourna au camp.

Les filles semblaient toutes les trois en meilleure condition. Mais le bébé avait de nouveau été malade. Les femmes lui dirent qu’elles avaient mangé les pommes recueillies par Caterina. Il en coupa une en deux et l’étudia attentivement. Il ne trouva aucune différence avec les pommes qu’il avait pu goûter précédemment. Une fois de plus, il eut la tentation d’en manger une, mais il la donna à Lucia.

Une idée lui était venue soudain.

Clausewitz lui avait conseillé de ne pas manger les produits locaux… probablement parce qu’il était originaire de la ville. Clausewitz avait spécifié que l’on pouvait manger les produits locaux quand la ville était proche de l’optimum, mais qu’à plusieurs kilomètres au sud, ce serait dangereux. S’il se contentait des aliments de la cité, il ne serait pas malade.

Mais ces femmes… Elles n’étaient pas de la ville. Peut-être était-ce sa propre nourriture qui les rendait malades ? Elles étaient capables de manger les aliments de la ville quand elles étaient à proximité de l’optimum, mais plus à présent.

Et c’était assez rationnel, sauf un détail : le bébé. À part quelques bouchées de pomme, il n’avait goûté que le lait de sa mère. Cela ne pouvait sûrement lui faire aucun mal.

Il alla avec Rosario voir le bébé. Celui-ci était dans son berceau, le visage rouge et taché de larmes. Il ne pleurait plus, mais s’agitait faiblement. Helward éprouvait de la pitié pour le petit être et se demandait que faire pour le secourir.

À l’extérieur de la tente, il retrouva Lucia et Caterina de fort bonne humeur. Elles lui adressèrent la parole au passage, mais il continua à se diriger vers le bord du ruisseau. Là, il s’assit et réfléchit à sa nouvelle idée.

La seule nourriture du bébé avait été le lait de sa mère… En supposant que la mère fût différente, maintenant qu’elle était loin de l’optimum ? Elle n’était pas originaire de la ville, mais l’enfant l’était. Cela changerait-il quelque chose ? Ce n’était pas très rationnel – car le bébé venait certainement de la chair de sa mère — mais c’était une possibilité.

Il retourna au campement et prépara de la nourriture synthétique et du lait en poudre, en prenant bien soin de n’utiliser que de l’eau provenant de la ville. Il le donna à Rosario en lui recommandant d’alimenter ainsi le bébé.

Elle résista d’abord, puis céda. L’enfant accepta le lait synthétique et deux heures après, s’endormit paisiblement.

Le jour passa lentement. Dans le ravin, l’air était calme et chaud et Helward se sentit de nouveau abattu. Il comprenait que si ses suppositions étaient fondées, il ne pourrait plus désormais offrir aux femmes sa nourriture. Mais avec quarante kilomètres ou plus à parcourir, elles ne pouvaient pas vivre que de pommes.