Il leur expliqua plus tard ce qu’il avait en tête et leur proposa pour un temps de ne manger que très peu de sa nourriture, en y ajoutant ce qu’elles pourraient trouver dans le pays. Elles parurent surprises, mais y consentirent.
L’après-midi s’étirait, étouffante… et l’agitation de Helward se communiquait aux femmes. Leur humeur se fit espiègle, et elles le taquinèrent au sujet de son uniforme volumineux. Caterina annonça qu’elle allait se baigner. Lucia déclara qu’elle irait également. Elles se déshabillèrent devant lui, puis se mirent à jouer avec lui, le forçant à se dévêtir. Nus dans l’eau, ils jouèrent longtemps à s’éclabousser et furent rejoints plus tard par Rosario qui ne paraissait plus méfiante à son égard.
Tout le reste de la journée ils prirent des bains de soleil devant la tente.
Le soir, Lucia prit Helward par la main alors qu’il allait entrer dans la tente et l’entraîna à l’écart du campement. Elle se donna à lui avec passion, le serrant contre elle avec force comme s’il avait été la seule réalité de son monde.
Le lendemain matin, Helward sentit grandir la jalousie entre Lucia et Caterina. Il leva le camp aussi rapidement que possible.
Il leur fit traverser le ruisseau et escalader le versant sud du ravin. Toujours remontant la voie gauche extérieure, ils poursuivirent leur voyage. Le paysage était connu de Helward, la ville l’avait traversé lorsqu’il avait commencé à travailler hors de ses murs. À trois kilomètres environ se dressait la crête élevée d’où il avait assisté pour la première fois au remorquage.
Ils firent une halte au milieu de la matinée. Puis Helward se rappela qu’il y avait, à trois kilomètres seulement à l’ouest, un petit village. Il lui vint à l’esprit que s’il pouvait se procurer là des aliments, le problème d’une nourriture acceptable pour les femmes ne se poserait plus. Il leur en fit la proposition. Il fallut choisir celui qui s’y rendrait. Il avait l’impression qu’il devait s’en charger, puisqu’il était le responsable du groupe, mais il faudrait qu’une des filles l’accompagne puisqu’il ne connaissait pas la langue locale. Il ne voulait pas laisser une femme seule avec l’enfant et il sentait bien que s’il emmenait Lucia ou Caterina, celle qui devrait rester manifesterait plus ouvertement sa jalousie. Pour finir, il demanda à Rosario de l’accompagner et l’accueil réservé à sa décision lui montra qu’il avait été bien avisé.
Ils s’orientèrent d’après les souvenirs de Helward et n’eurent aucun mal à trouver le village. Après une longue conversation entre Rosario et trois hommes de l’endroit, on leur remit de la viande séchée et quelques légumes verts. Tout se passa si bien que Helward se demanda de quels arguments elle avait pu user. Bientôt ils prirent le chemin du retour.
En marchant à quelques mètres derrière Rosario, Helward fut frappé pour la première fois par un détail concernant la jeune femme.
Elle était plus lourdement charpentée que les deux autres filles, avec des bras et un visage ronds, bien en chair. Rosario avait une tendance à l’embonpoint, mais Helward eut l’impression que cela s’était aggravé récemment. Avec un certain détachement tout d’abord, puis avec une attention plus soutenue, il observa que le chemisier de la jeune femme la serrait étroitement. Ses vêtements n’avaient pas toujours été si étroits ; lorsqu’ils lui avaient été remis en ville, leur taille était convenable. Puis Helward remarqua son pantalon : bien tendu sur les fesses, mais les jambes n’en traînaient pas moins sur le sol pendant qu’elle marchait. Certes elle ne portait pas de chaussures, mais il ne se rappelait pas que les jambes du pantalon eussent été si longues auparavant.
Il la rattrapa pour marcher à côté d’elle.
La chemise étroite lui comprimait les seins… et les manches étaient trop longues. De plus, Rosario paraissait beaucoup plus petite que la veille encore, du moins dans son souvenir.
Quand ils arrivèrent près des autres filles, Helward constata que leurs vêtements n’étaient pas mieux ajustés. Caterina avait noué les pans de sa chemise sur son ventre, comme avant, mais celle de Lucia était boutonnée et si serrée que le tissu bâillait entre les boutonnières.
Il s’efforça de ne pas y penser, mais au fur et à mesure qu’ils avançaient vers le sud, le phénomène paraissait s’intensifier de manière comique. En se baissant pour s’occuper du bébé, Rosario fit craquer la couture de son pantalon. Un des boutons de Lucia sauta quand elle porta la gourde à ses lèvres, et le chemisier de Caterina se déchira des deux côtés sous les aisselles.
Un kilomètre plus loin, Lucia perdit encore deux boutons. Son chemisier était maintenant ouvert de haut en bas et elle prit le parti de le nouer comme Caterina. Les trois filles avaient replié le bas de leurs pantalons et il était clair qu’elles étaient très mal à l’aise.
Helward fit halte derrière la crête et dressa le camp. Dès qu’elles eurent mangé, les femmes ôtèrent leurs vêtements déchirés et se retirèrent sous la tente. Elles plaisantèrent Helward sur ses propres vêtements : n’allaient-ils pas se déchirer aussi ? Il resta assis seul à l’extérieur, n’ayant pas encore sommeil, et ne souhaitant pas se trouver en butte aux brocards des filles.
Le bébé se mit à pleurer et Rosario sortit pour prendre de la nourriture à son intention. Helward lui parla, mais elle ne répondit pas. Il la regarda verser de l’eau sur le lait en poudre, examinant le corps dénudé, sans aucune pensée sexuelle. Il l’avait déjà vue nue la veille et il était bien certain qu’elle n’avait pas eu la même apparence. Hier, elle était presque aussi grande que lui, maintenant elle était trapue et grassouillette.
— Rosario, Caterina est-elle encore éveillée ?
Elle fit un signe affirmatif et retourna sous la tente. Quelques instants après, Caterina sortit et Helward se leva.
Ils se faisaient face à la clarté du feu de camp. Caterina ne parla pas et Helward ne sut que lui dire. Elle aussi avait changé. Une seconde plus tard, Lucia vint se placer près de Caterina.
Maintenant, c’était une certitude. À un moment quelconque de la journée, l’aspect physique des femmes avait changé.
Il les examina l’une et l’autre. Hier, nus au bord de l’eau, leurs corps étaient longs et souples, leurs seins ronds et pleins.
Maintenant, bras et jambes avaient raccourci, s’étaient épaissis. Les épaules et les hanches s’étaient élargies, les seins, moins arrondis étaient plus éloignés l’un de l’autre. Les visages plus ronds surmontaient des cous plus courts.
Elles s’approchèrent de lui. Lucia saisit entre ses mains la ceinture du pantalon de Helward. Elle avait les lèvres humides. De l’entrée de la tente, Rosario les observait.
7
Le lendemain matin Helward vit que les femmes s’étaient encore transformées pendant la nuit. Il estima qu’aucune d’elles ne dépassait un mètre cinquante de haut. En outre, elles parlaient plus rapidement et sur un mode plus aigu.
Elles ne purent entrer dans leurs vêtements. Lucia ne put enfiler son pantalon et fit craquer les manches de son chemisier. Quand ils levèrent le camp, elles abandonnèrent leurs habits pour continuer nues leur voyage.
Helward ne pouvait détacher ses yeux du spectacle. Chaque heure qui passait semblait révéler une nouvelle transformation. Leurs membres inférieurs étaient devenus si courts que leurs enjambées étaient ridiculement réduites et qu’il devait traîner pour ne pas les distancer. De plus, il observa qu’en marchant elles adoptaient une position oblique : elles paraissaient se pencher en arrière.