Выбрать главу

— Je n’ai misé que sur les embranchements décisifs de vos investigations. Car, quelle que soit la méthode employée, il était évident qu’à un moment ou un autre vous tenteriez d’interroger Scott Dyce. Je savais que vous finiriez par vous rendre au centre de Cairngorms. Mais une fois sur place, les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu.

— Vous n’aviez pas anticipé que l’agente Kathy Hodges essaierait de tuer Scott Dyce, c’est bien cela ?

— Effectivement, répondit Gabriel, avec une pointe d’admiration pour Grace dans le regard. Il y a quelques années, Olympe avait récupéré la fameuse pochette de Scott Dyce. Le brave inspecteur était déjà dans un tel état de végétation qu’il n’a pas été compliqué d’échanger sa chemise cartonnée d’origine avec une autre. À l’intérieur nous avions, comme vous, détecté dans le revers le minuscule rectangle de papier avec l’inscription « P G A 3 ». En préparation de votre venue, j’ai renvoyé la vraie pochette à Kathy Hodges, qui ignorait ce qu’il y avait de caché à l’intérieur, pour qu’elle la replace entre les mains de Dyce. Je lui ai expliqué que c’était un élément qui vous mettrait sur une fausse piste et vous éloignerait des agissements d’Olympe. Normalement elle devait même vous inciter à prendre la chemise pour l’étudier plus confortablement au commissariat. Mais elle ne l’a pas fait… Car c’était une agente particulièrement zélée, pour ne pas dire fanatique. Elle s’est doutée que je ne lui disais pas la vérité et que je préparais une cabale contre sa chère multinationale.

— C’est avec vous qu’elle se disputait au téléphone ? intervint Grace.

— Oui, j’ai essayé de la convaincre que la mission que je venais de lui confier était de la plus haute importance pour le groupe, mais elle a refusé de me croire. Par loyauté pour Olympe, elle avait donc pris la décision de tuer Dyce afin qu’il ne vous révèle rien… et de se donner ensuite la mort pour éviter d’être interrogée. Un acte pour le moins radical. Je peux comprendre : à une époque, j’aurais moi aussi tout fait pour mener à bien une mission.

Grace n’aurait jamais pu imaginer tout ce qui se tramait en parallèle de ses propres recherches.

— Heureusement que vous êtes perspicace, ajouta Gabriel, et que vous vous êtes donné la peine d’étudier en profondeur la pochette de Dyce.

— Ce qu’il m’a dit dans l’ambulance m’a mis la puce à l’oreille.

— J’ignorais qu’il avait pu vous parler avant de mourir.

— Vos espions ne sont pas infaillibles, se reprit Grace, qui s’en voulut de s’être laissée aller à la confidence. Vous êtes aussi intervenu à Hamelin ?

— Arrivée à cette étape, il vous suffisait de suivre tous les indices et de faire preuve d’un peu de jugeote, et je doute moins de votre intelligence que de la loyauté de mes agents. Vous deviez logiquement vous rendre à l’ancienne adresse de Klaus Brauner et rencontrer l’actuel propriétaire des lieux qui possédait des photos de la chambre de Lukas.

— Attendez, pendant toutes les années où vous avez gardé les photos de la chambre de Lukas, Ludwig Freimann ne s’est rendu compte de rien ?

— Nous avions remplacé les photos originales par des copies sur lesquelles nous avions effacé un détail en particulier. Comme je savais que vous alliez venir dans la maison de Brauner, j’ai fait remettre les clichés originaux qui, si vous aviez pris le temps de bien les regarder, vous auraient directement conduite à la chaumière de Lukas en Forêt-Noire. Sans passer par Hamelin.

— Il y avait un indice sur l’endroit où se trouvait Lukas sur les horribles gravures de contes de fées ?

— Oui. Lukas prévoyait depuis longtemps d’installer une cabane dans les bois pour y vivre. Vers l’âge de seize ans, il avait donc commencé à dessiner sa chaumière et situé le point exact où il voulait la construire. Sur une petite parcelle de la Forêt-Noire appartenant à la famille de son père adoptif, dont il savait qu’il hériterait. Le dessin était d’une évidence flagrante, même pour un amateur. Mais bizarrement, vous n’avez pas suivi cette piste…

Gabriel avait terminé sa phrase en interrogeant son interlocutrice du regard.

Grace se remémora la scène et comprit ce qu’il s’était passé chez Ludwig Freimann. Son analyse des photos de la chambre de son jeune sauveur avait été brutalement interrompue lorsqu’elle avait vu le joueur de flûte sur un prospectus touristique. Le choc avait été tel et l’obsession d’en apprendre plus sur cet individu portant le même costume que son bourreau si forte, qu’elle en avait oublié d’achever son examen des clichés.

— J’ai préféré suivre la piste du joueur de flûte, se contenta-t-elle de dire.

— J’ai bien vu, rétorqua Gabriel. Mes informateurs qui, comme vous l’avez constaté, ne vous lâchaient pas depuis l’aéroport m’ont fait part de vos déplacements à l’église, au musée de Hamelin, au commissariat et enfin chez la veuve d’Harald Schmidt.

— À ce propos, j’imagine que c’est aussi Olympe qui a commandité le cambriolage destiné à récupérer le rapport archéologique prouvant l’existence d’une chambre secrète dans les collines de Coppenbrügge ?

— Évidemment. De son vivant, Harald Schmidt travaillait pour nous. Raison pour laquelle il avait sorti des archives de la police le fameux compte rendu et l’avait gardé chez lui en ne laissant fuiter qu’une synthèse sans intérêt. Quand il est mort, il a fallu tout récupérer. Même si cela n’a pas été fait dans les règles de l’art et que les agents de l’époque se sont bêtement fait surprendre par une alarme. Enfin bref, passons, le fait que vous creusiez le sillon du réseau du joueur de flûte a bien failli tout faire capoter. En sortant des rails de l’enquête que j’avais tracés pour vous, vous mettiez en danger beaucoup trop de clients d’Olympe. L’information est remontée jusqu’au département intervention de terrain avec lequel je collabore, et on m’a mis la pression pour vous arrêter, sous peine de faire intervenir un commando. Je n’ai donc eu d’autre choix que d’ordonner aux agents qui vous suivaient de vous neutraliser et de détruire toutes les preuves présentes dans la grotte. Mais pour vous laisser une chance, je leur ai menti, en leur disant que vous n’étiez pas armée. Pour le reste, je ne pouvais que miser sur votre compétence… Dès que j’ai appris que vous aviez survécu, j’ai été certain que vous tomberiez sur les photos de surveillance de Lukas, sur les téléphones portables des agents, et que vous localiseriez rapidement sa chaumière. Mais je savais aussi que, cette fois, le service d’intervention ne vous laisserait aucune chance. Il fallait que j’agisse moi-même. La suite, vous la connaissez…

Grace était abasourdie par le récit de cette guerre qui s’était menée en coulisses pour la guider vers la vérité et la protéger. Et même s’il lui était difficile de l’admettre, elle avait la conviction que Gabriel ne lui mentait pas. Cependant, avant de lui accorder un semblant de confiance, elle avait besoin d’éclaircir un dernier point.

— Et avec tout cela, vous n’êtes pas grillé chez Olympe ?

— Non, je ne pense pas. Je bénéficie encore du zèle dont j’ai fait preuve contre vous il y a six mois, et le grade de mon poste m’autorise une certaine latitude dans mes déplacements sans que cela attire l’attention. Quant aux agents de terrain qui auraient pu parler, ils sont morts. Reste Freya, à qui j’ai toujours fait croire que l’on cherchait à vous emmener sur une fausse piste pour vous éloigner de la vérité. Quant à mon infirmière Kathy Hodges, vous connaissez le sort qu’elle s’est réservé.