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— Essayons mon pak-cabane, proposa Felice en lui tendant un paquet qui n’était guère plus volumineux qu’un sandwich. Je n’arrive pas à croire que ça puisse devenir une maison de quatre mètres sur quatre.

Sœur Roccaro adapta le tube plat du pak au gonfleur, puis appuya sur le bouton déclencheur. Sous la pression de l’air, le paquet informe se changea en un cube argenté. Les deux femmes le disposèrent à l’endroit souhaité et le regardèrent grossir. Le plancher atteignit rapidement neuf centimètres d’épaisseur et devint parfaitement rigide dès que l’air eut empli la structure micro-poreuse complexe des différentes couches de film. Les murs, un peu plus épais, se formèrent à leur tour, avec leurs fenêtres transparentes et leurs stores intérieurs. Un toit argenté à pignon acheva le tout.

Felice risqua un coup d’œil par l’entrée dépourvue de porte et remarqua :

— Regarde. Il y a des meubles.

Des banquettes avec des oreillers avaient poussé à partir du plancher, ainsi qu’une table, des rayonnages et, tout au fond, une boîte argentée munie d’un tuyau qui était relié au toit.

Felice lut à haute voix :

— LESTER LE POELE AVEC DU SABLE POUR EVITER LA COMPRESSION DE L’UNITE DURANT LE REFROIDISSEMENT… Ce matériau doit être indestructible ! (Elle prit un petit poignard à manche d’or sous sa jambière gauche.) Je n’arrive même pas à le percer, en tout cas.

— Dommage que ç’ait été prévu pour ne durer que vingt ans. Mais, d’ici là, nous devrions nous être adaptées à notre environnement.

Aux quatre coins de la cabane, des évidements avaient été prévus qu’elles durent remplir de tout le lest disponible : pierres, terre, gravier… Près de la porte, dans une toute petite poche, elles trouvèrent une poignée de petites imités guère plus grandes que des pilules. Chacune devait être gonflée séparément puis, selon les instructions, lestée avec du sable et de l’eau. L’eau était injectée dans la zone interstitielle au moyen d’une simple charge de gaz. Les pilules se transformèrent en porte, en chaises, en batterie de cuisine (à lester, disait encore une fois la notice), en tapis et en couvertures et autres menus objets. Moins de dix minutes après avoir commencé, les deux femmes se reposaient dans une cabane complètement équipée.

— J’ai de la peine à le croire, dit Sœur Roccaro, émerveillée en tapotant le mur. Cela paraît vraiment solide. Mais au moindre souffle de vent, si nous n’avions pas lesté suffisamment, tout s’envolerait comme une bulle de savon.

— Même le bois est composé en grande partie d’air et d’eau, fit remarquer Felice en haussant les épaules. Le décamole, apparemment, reproduit la structure des choses en la renforçant, et il faut ensuite ajouter la masse nécessaire. Je me demande comment cette matière peut compenser les changements de pression et de température ? Il doit y avoir des espèces de valve, je suppose. Mais en cas de grand vent, il faut certainement arrimer la maison, même si tous les murs sont remplis d’eau ou de n’importe quoi. En tout cas, il est certain que ça vaut largement une tente. Il y a même des ventilateurs.

— Est-ce qu’il faut gonfler le bateau, à présent ? Ainsi que le mini-abri et les éléments de pont ?

— Non, c’était optionnel. Maintenant que j’ai vu comment fonctionne le décamole, je veux bien croire que tout le reste est aussi parfait, dit Felice. (Elle s’assit devant la petite table et, lentement, croisa les jambes, puis retira ses gantelets.) Croire, c’est ton problème, n’est-ce pas ?

La nonne s’assit à son tour.

— En un certain sens. Techniquement, je veux devenir une anachorète, une sorte d’ermite. C’est totalement désuet dans le Milieu Galactique, mais, dans les Ages Sombres, bien des gens pratiquaient cela.

— Mais que diable vas-tu faire ? Prier toute la sainte journée ?

Anna-Maria éclata de rire.

— Et une partie de la nuit aussi. J’ai l’intention de reprendre l’Office Sacré Latin. C’est un ancien cycle de prières quotidiennes. Cela commence par les mâtines à minuit. A l’aube, il y a les Laudes. Pendant la journée, ensuite, on prie pour la Première, la Troisième, la Sixième et la Neuvième Heures. Au crépuscule, ce sont les Vêpres et, avant d’aller au lit, les Complies. L’Office rassemble des psaumes, des lectures des Ecritures, des hymnes et des prières de circonstance qui reflètent des siècles de tradition religieuse. Je pense qu’il est affreusement dommage que personne ne connaisse plus la prière primitive.

— Et c’est tout ? Tu vas suivre ton Office tout le temps ?

— Grand Dieu, non ! Il ne prend pas toutes les heures. Il faut également dire la Messe, faire pénitence et méditer en pratiquant un peu de Zen. Et en vaquant aux menus travaux, en sarclant mon jardin, je pourrai toujours dire mon Rosaire. A l’ancienne, c’est presque comme un mantra. Très apaisant.

Felice la regardait avec les yeux immenses.

— Ça paraît très étrange, tout ça. Et lugubre. Est-ce que tu n’as pas peur à l’idée de vivre seule avec Dieu pour unique compagnie ?

— Mon cher Claude dit qu’il prendra soin de moi, mais je ne sais pas si je dois le prendre au sérieux. S’il pourvoit un peu à mon ravitaillement, je pourrai peut-être fabriquer des objets à échanger pendant mon temps libre.

— Claude ! s’exclama Landry avec dédain. Il a dû en voir, ce vieil homme. Il n’est pas aussi pourri que ces deux machos en costume, mais je l’ai surpris en train de me regarder d’un drôle d’air…

— Tu ne peux pas en vouloir aux gens parce qu’ils te regardent. Tu es très jolie. J’ai entendu dire que tu étais une vedette du sport sur ta planète.

Les lèvres de Felice se retroussèrent en un mince sourire sinistre.

— Acadie. Je jouais au hockey-d’anneau, j’étais la meilleure. Mais ils avaient peur de moi. Finalement, les autres joueurs, les hommes, ont refusé de m’affronter. Ils m’ont créé des tas d’ennuis. On m’a interdit de jouer parce qu’il y en avait deux qui s’étaient plaints. Ils ont dit que j’avais délibérément tenter de les blesser.

— Tu l’avais vraiment fait ?

Felice baissa les yeux. Lentement, ses joues s’empourprèrent. Elle tordait nerveusement les doigts de ses gantelets.

— Peut-être. Oui, je crois que j’ai essayé. Je les détestais tellement.

Elle releva brusquement le menton d’un air de défi. Son casque d’hoplite fut rejeté sur sa nuque et elle eut l’air soudain d’une petite Pallas Athéna.

— Tu sais, ils ne m’avaient jamais voulue en tant que femme. Tout ce qu’ils désiraient, c’était me faire du mal, me souiller. Ils étaient jaloux de ma force, et ils en avaient peur. Même quand je n’étais encore qu’une enfant, je faisais peur aux gens. Est-ce que tu peux imaginer ce que je ressentais ?

— Oh, Felice… (Anna-Maria hésita.) Comment… comment en es-tu venue à pratiquer ce sport brutal ?

— Avec les animaux, je m’y entendais très bien. Mes parents étaient des scientifiques, des spécialistes du sol, et ils étaient toujours en voyage. Toujours sur des planètes nouvelles, encore sauvages. Quand les gars du coin me tarabustaient, je me contentais de mes animaux. Au début, ils étaient petits, puis, le temps passant, j’en ai élevé de plus gros et de plus dangereux. Et sur Acadie, il y en avait, tu peux me croire ! Finalement, à quinze ans, j’ai dompté un verrul. C’est comme un rhinocéros terrestre, mais en plus gros. Un marchand voulait l’acheter pour le dresser pour le hockey-d’anneau. Je ne m’étais jamais intéressée à ce sport avant, mais j’y suis venue après avoir vendu mon verrul. Et je me suis dit qu’avec mes talents, il y avait certainement beaucoup d’argent à se faire.

— Mais se lancer dans le sport professionnel à ton âge —