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Il se roidit dans le fauteuil. Ses mains se crispèrent sur les accoudoirs et tout son esprit hurla.

Je te hais, je te viole, je te souille, je te couvre d’excréments ! Et tu es morte ! Et tu pourris ! Tu te débattras à jamais dans la souffrance, tu seras écartelée sur les superficies de l’univers jusqu’à ce qu’il meure et que l’espace se replie sur lui-même —

— Rédaction, moins un.

Richard tomba en avant. La couronne alla rebondir sur les dalles avec un tintement définitif.

— Tu as encore échoué, Richard, dit Epone d’une voix lasse. Jean-Paul, fais l’inventaire de ses biens. Ensuite, mets-le avec les autres dans la caravane du nord pour Finiah.

3.

Après le choc de la translation, Elizabeth Orme resta dans un tel état d’hébétude qu’elle sentit à peine les mains qui l’entraînaient sur le chemin du château. Quelqu’un la débarrassa du fardeau de son sac et elle eut une pensée reconnaissante. Le murmure rassurant de son guide la ramena à un moment de souffrance et de peur, longtemps auparavant. Elle s’était éveillée dans la douceur tiède de la matrice liquide où elle était en régénération depuis neuf mois sous un réseau de tubes, de câbles et d’appareils de contrôle. Ses yeux étaient aveugles et elle ne percevait aucune sensation dans le bain amniotique, pourtant elle entendait cette voix tranquille qui lui parlait doucement pour calmer sa frayeur, qui lui disait qu’elle était redevenue elle-même et que très bientôt elle serait libre.

— Lawrence ? gémit-elle. Tu vas bien ?

— Venez, mademoiselle. Suivez-moi. Vous êtes en sécurité, maintenant. Vous êtes avec des amis. Nous allons tous au Château de la Porte et vous pourrez vous reposer. Allez, marchez comme une gentille fille.

Des hurlements étranges. Des animaux en fureur. Elle ouvrit les yeux. L’horreur. Les referma. Mais quel est cet endroit ?

— Le Château de la Porte, dans ce monde que vous appelez l’Exil. Calmez-vous, mademoiselle. Les amphicyons ne nous feront pas de mal. Là… Montez cet escalier et vous allez pouvoir vous détendre bientôt… Nous y sommes…

Des portes qui s’ouvraient devant elle. Une petite pièce et… quoi ? Des mains l’obligeaient à s’asseoir, à se laisser aller. Quelqu’un la prit par les pieds. On mit un oreiller sous sa tête.

Ne partez pas ! Ne me laissez pas seule !

— Je reviens dans quelques minutes avec le guérisseur, mam’zelle. Nous ne vous abandonnerons pas, ça, vous pouvez en être sûre ! Vous êtes une petite jeune fille très précieuse. Reposez-vous. Je vais appeler quelqu’un pour veiller sur vous. Les toilettes sont derrière ce rideau.

La porte se referma. Elle demeura immobile jusqu’à ce que la nausée monte en elle. Elle se redressa péniblement, courut en titubant et vomit dans la cuvette. Une douleur transfixiante torturait son cerveau et elle fut sur le point de s’évanouir. Elle s’appuya contre le mur blanc et lutta pour reprendre son souffle. La nausée diminua, puis, plus lentement, la douleur. Elle eut conscience que quelqu’un venait d’entrer dans la pièce… Non, deux personnes. Qui la soutenaient à présent tout en parlant. Le bord d’une tasse épaisse effleura ses lèvres.

Je ne veux rien.

— Buvez cela, Elizabeth. Ça vous fera du bien.

Ouvre la bouche. Avale. C’est bon. Maintenant, assieds-toi.

Une voix, profonde et douce :

— Merci, Kosta. Je vais m’occuper d’elle, maintenant. Vous pouvez nous laisser.

— Oui, Seigneur.

Le bruit sourd de la porte que l’on refermait.

Elizabeth serra les accoudoirs du fauteuil, appréhendant le retour de la douleur dans sa tête. Mais il ne se passait rien. Elle se détendit et, très lentement, ouvrit les yeux. Elle était assise devant une table basse sur laquelle il y avait des aliments, des boissons. Un homme se tenait en face d’elle, près d’une haute fenêtre. Un homme extraordinaire. Il était vêtu d’une robe blanche et écarlate et une lourde ceinture enserrait sa taille. Elle était faite de carrés d’or et de gemmes rouges et blanc laiteux. Autour du cou, il portait un torque doré dont les brins tressée et épais étaient réunis par un fermoir ornementé. Ses doigts, qui tenaient la tasse de grès, étaient bizarrement longs, avec des jointures proéminentes. Elle se demanda vaguement comment il pouvait enlever les nombreux anneaux qui brillaient dans la lumière du matin. Il avait des cheveux blonds qui lui arrivaient aux épaules, coupés en une frange nette au-dessus des yeux, qui étaient d’un bleu extrêmement pâle, apparemment sans pupilles, profondément enfoncés dans ses orbites osseuses. Le visage, se dit-elle, était beau, malgré les multiples rides qui marquaient les coins de la bouche.

Il mesurait près de deux mètres cinquante.

Oh, Seigneur ! Qui êtes-vous ? Quel est cet endroit ? Je pensais que j’avais remonté le Temps jusqu’au Pliocène, sur la Terre. Mais ceci n’est pas… Ça ne peut pas être…

— Oh, mais si… (Sa voix était douce, avec un accent musical.) Mon nom est Creyn. Vous vous trouvez vraiment sur Terre, dans l’époque appelée Pliocène. Certains l’appellent l’Exil, d’autres le Pays Multicolore. Votre passage par la Porte du Temps vous a désorientée – peut-être plus gravement que vos compagnons. Mais c’est compréhensible. Je vous ai donné un léger remontant. Dans quelques minutes, vous vous sentirez mieux et nous pourrons parler. Vos amis sont en ce moment en consultation avec ceux des nôtres qui ont la charge d’accueillir les nouveaux arrivants. Ils se reposent dans des pièces semblables à celle-ci, mangent et boivent à leur aise et posent des questions auxquelles nous nous efforçons de répondre de notre mieux. Les gardes de la porte m’ont prévenu de votre détresse. Ils ont également senti que vous étiez une voyageuse d’un genre très inhabituel, et c’est la raison pour laquelle je suis là…

Bercée par le son de la voix, Elizabeth avait refermé les yeux. La paix et le soulagement pénétraient peu à peu son esprit. Ainsi, la Terre d’Exil existe ! Et j’y suis entrée… A présent, je peux oublier ce que j’ai perdu. Je peux construire une vie nouvelle.

Elle ouvrit les yeux. Le sourire de l’homme était devenu ironique.

— Ce sera très certainement une vie nouvelle, dit-il. Mais qu’avez-vous donc perdu ?

Vous… pouvez… m’entendre.

Oui.

Elle bondit sur ses pieds, emplit ses poumons et poussa un hurlement vibrant. L’extase. La vie retrouvée. La gratitude.

Doucement ! Doucement. Redescends. Lentement. Attention après ce sursaut de folie intérieur. Contente-toi de l’émission la plus simple, la plus large possible. Tu viens de renaître et tu es encore très faible.

Je/nous nous réjouissons avec vous, Elizabeth.

Creyn. Vous m’autorisez question/surface ?

Haussement d’épaules.

Maladroitement, elle se faufila sous le sourire. Là, une structure d’informations attendait passivement. Mais les couches plus profondes étaient durement protégées. Elle prit ce qui lui était offert et se retira vivement. Sa gorge était sèche et son cœur s’accéléra. Doucement ! Doucement ! En quelques minutes, deux chocs mentaux sur l’écorchure encore à vif. Suspendre guérison et permettre auto-rédaction. Il ne peut pas lire aussi loin. Mais coercition oui. Rédaction très forte oui. Autres pouvoirs ? Aucune information.

Elle parla à voix haute, calmement :

— Creyn, vous n’êtes pas un être humain et vous n’êtes pas réellement métapsychique. Ces deux choses contredisent mon expérience acquise et me troublent. Dans le monde d’où je viens, seules les personnes douées de pouvoirs psychiques opérants peuvent communiquer sans paroles. Et dans toute notre galaxie, il n’existe que six races qui possèdent les gènes métas. Vous n’appartenez à aucune d’elles. Puis-je sonder plus profondément pour en apprendre plus à votre propos ?