À l’instant où ils constatent que la porte des Buttes est ouverte, on imagine l’état d’esprit des trois compagnons. L’un d’eux, Noll, n’est jamais venu dans ce lieu auquel il est amené après une journée de superstitions, d’inquiétude et d’ennui, dans un brusque sursaut imaginatif qu’aident encore ses deux amis par le propos qu’ils tiennent de ce jardin, duquel ils ont retenu le grand pont des Suicides où se tuaient avant qu’on ne le munît d’une grille même des passants qui n’en avaient pas pris le parti mais que l’abîme tout à coup tentait ; ils en ont retenu le Belvédère, il ne semble pas croyable qu’on puisse aller la nuit au Belvédère, le Belvédère et le lac, et l’invraisemblable diversité de cette construction de vallons et d’eau vive. Il est neuf heures vingt-cinq, et une brume épaisse est descendue sur toute la ville. Les hauts becs de gaz comprimé qui éclairent le parc forment de grandes traînées sulfureuses dans cette double nuit où montent les troncs d’arbres. Quelques garçons en casquette sortent des Buttes et s’éloignent sans chanter. Nous entrons dans le Parc avec le sentiment de la conquête et la véritable ivresse de la disponibilité d’esprit.
VII
Le parc des Buttes-Chaumont vu de haut a la forme d’un bonnet de nuit dont l’axe sensiblement orienté d’ouest en est joindrait l’abouchement de la rue Priestley dans la rue Manin à celui de la rue d’Hautpoul dans la rue de Crimée, la base rectiligne étant formée par la rue de Crimée, orientée nord-sud, légèrement oblique vers le sud-est, de la rue Manin à la rue du Général-Brunot. Des deux côtés curvilignes de cette figure, le septentrional convexe vers le nord-ouest est formé par la rue Manin, le méridional concave vers le sud-est par la rue Botzaris. De plus, la pointe, l’angle opposé à la base, formé par la réunion de ces deux côtés est déviée vers le sud, et légèrement vers l’est, formant une corne qui prolonge le parc au sud entre la rue Manin au-delà des rues Priestley et Secrétan, et la rue Bolivar qui lui fait suite du coin de la rue Manin jusqu’au-delà de la rue des Dunes, d’une part, et d’autre part de la rue Botzaris de la rue Fessart à la rue Bolivar. La base de ce prolongement est constituée par les allées du parc qui joignent la porte de la rue Secrétan à la porte de la rue Fessart. Le relief, et les allées qu’il détermine sont organisés suivant trois systèmes : l’un à l’ouest formant le prolongement décrit, le deuxième au centre autour du lac qui en occupe la partie moyenne, le troisième à l’est, autour de la ligne de chemin de fer de ceinture qui traverse le parc de l’angle de la rue de Crimée et de la rue Manin à la rue Botzaris, au niveau du Réservoir, suivant une droite perpendiculaire au segment correspondant de la rue Botzaris. Les portes du parc sont situées au nord place Armand-Carrel, deuxièmement à l’extrémité de l’avenue Secrétan, troisièmement à l’angle de la rue de Crimée et de la rue Manin ; au sud à la corne Bolivar-Botzaris, deuxièmement au niveau de la rue Fessart, troisièmement un peu à l’ouest du Réservoir Botzaris ; enfin au voisinage de la corne sud-est en face de la rue de La Villette. Il n’y a pas de porte sur la rue de Crimée.
Le secteur occidental, dont nous avons décrit les limites, forme une seule butte entourée de six massifs, sans compter les longs massifs limitrophes des rues Botzaris, Bolivar et Manin. Cette butte placée à l’est de la corne domine immédiatement l’entrée de la rue Fessart. On y accède par un chemin en spirale, qu’il faut emprunter à nouveau pour en redescendre. Elle borne vers l’est le chemin de la rue Fessart à la rue Secrétan, lequel longe avant elle les trois premiers massifs dont je parlais, placés au nord de la butte, tandis que les trois autres sont placés au sud et à l’ouest par rapport à elle.
Le second secteur, central, de dimensions très supérieures à celles de l’occidental, présente à sa partie moyenne un lac sensiblement quadrilatère dont la base méridionale est parallèle à la rue Botzaris, tandis que la septentrionale, curviligne, est dirigée dans l’ensemble obliquement du sud-est au nord-ouest pour former avec la rue Manin un angle obtus ouvert au sud-ouest. De telle sorte que le côté occidental du lac est plus petit que l’oriental. Une île triangulaire s’y rencontre : les côtés en sont, le septentrional parallèle au côté septentrional du lac, les deux autres convergents vers la portion moyenne de la côte sud de ce lac. Elle est unie à la terre par deux ponts, l’un court au sud, l’autre beaucoup plus long à son angle ouest. Elle constitue une butte, surmontée d’un belvédère. Deux buttes limitent au sud le lac, l’une à l’est contient les grottes sur son bord septentrional, l’autre à l’ouest domine la porte centrale de la rue Botzaris. Entre la corne et cette dernière butte une autre butte ferme à l’ouest le cirque dont le lac est le centre. Le vallonnement formé par ces deux dernières buttes, après s’être infléchi légèrement à la hauteur de l’angle occidental du lac, se relève, sans atteindre sa hauteur préalable, pour constituer vers le nord-est un relief qui ne mérite pas le nom de butte, un dos d’âne dont le versant oriental limite le lac au nord-ouest et présente le café du Parc. Puis à l’entrée de la place Armand-Carrel la pente s’abaisse pour remonter en croissant le long du bord septentrional du lac, et se confondre avec le relief du troisième secteur.
Celui-ci contient une butte qui occupe la corne sud-est du parc, une autre située au nord-est du lac avec ses appentis, et entre ces deux systèmes de hauteurs un grand vallonnement orienté le long du chemin de fer de ceinture qui est à ciel ouvert sur les deux tiers nord du parcours, et qui s’enfonce dans un tunnel au sud : et à ce niveau le centre du vallonnement se relève pour former un pli de passage entre les deux buttes du secteur.
Dans son ensemble le Parc des Buttes-Chaumont couvre vingt-cinq hectares de terrain. exécuté pendant la seconde moitié du XIXe siècle il est dû à Barillet Deschamps et à Alphand, directeur des Promenades et Jardins. Il s’étend sur un quart de la superficie du quartier du Combat, enfoncé comme un coin dans ce quartier de l’est à l’ouest, à la partie moyenne de la ligne de la rue de Crimée qui le sépare du quartier d’Amérique.