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– Mais n'était-ce pas le même Fludd qui s'obstinait à nier la rotation de la terre ? Comment pouvait-il penser au Pendule ?

– Nous avons affaire à des initiés. Un initié nie ce qu'il sait, nie qu'il le sait, il ment pour couvrir le secret.

– Ce qui expliquerait, disait Belbo, pourquoi Dee se donnait déjà tant de mal avec ces cartographes royaux. Non pas pour connaître la " vraie " forme du monde, mais pour reconstruire, au milieu de toutes les cartes erronées, la seule et unique qui lui servait, et donc la seule bonne.

– Pas mal, pas mal, disait Diotallevi. Trouver la vérité en reconstituant exactement un texte mensonger. »

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La principale occupation de cette Assemblée et la plus utile doibt estre, à mon avis, de travailler à l'histoire naturelle, à peu près suivant les desseins de Verulamius.

Christian HUYGENS, Lettre à Colbert, Œuvres complètes, La Haye, 1888-1950, VI, pp. 95-96.

Les vicissitudes des six groupes ne s'étaient pas limitées à la recherche de la carte. Il est probable que les Templiers, dans les deux premières parties du message, celles dont disposaient les Portugais et les Anglais, faisaient référence à un Pendule, mais les idées sur les pendules étaient encore peu claires. Une chose est de faire danser un fil à plomb et une autre de construire un mécanisme d'une précision telle, qu'il est illuminé par le soleil à la seconde pile. Raison pour quoi les Templiers avaient calculé six siècles. L'aile baconienne se met au travail dans cette direction, et elle essaie d'attirer de son côté tous les initiés qu'elle cherche désespérément à contacter.

Coïncidence non fortuite, l'homme des Rose-Croix, Salomon de Caus, écrit pour Richelieu un traité sur les horloges solaires. Après, à partir de Galilée, c'est une recherche forcenée sur les pendules. Le prétexte est de savoir comment les utiliser pour déterminer les longitudes, mais quand, en 1681, Huygens découvre qu'un pendule, exact à Paris, retarde à Cayenne, il comprend sur-le-champ que cela dépend de la variation de la force centrifuge due à la rotation de la Terre. Et quand il publie son Horologium, où il développe les intuitions galiléennes sur le pendule, qui le fait venir à Paris ? Colbert, le même Colbert qui fait venir à Paris Salomon de Caus pour qu'il s'occupe du sous-sol !

Lorsque, en 1661, l'Accademia del Cimento devance les conclusions de Foucault, Léopold de Toscane la dissout en l'espace de cinq années et reçoit aussitôt de Rome, comme occulte récompense, un chapeau de cardinal.

Mais ce n'est pas tout. La chasse au pendule continue même au cours des siècles suivants. En 1742 (un an avant la première apparition documentée du comte de Saint-Germain !), un certain De Mairan présente un mémoire sur les pendules à l'Académie Royale des Sciences ; en 1756 (quand naît en Allemagne la Stricte Observance Templière !), un certain Bouguer écrit « sur la direction qu'affectent tous les fils à plomb ».

Je trouvais des titres fantasmagoriques, comme celui de Jean-Baptiste Biot, de 1821 : Recueil d'observations géodésiques, astronomiques et physiques, exécutées par ordre du Bureau des Longitudes de France, en Espagne, en France, en Angleterre et en Écosse, pour déterminer la variation de la pesanteur et des degrés terrestres sur le prolongement du méridien de Paris. En France, Espagne, Angleterre, Écosse ! Et en rapport avec le méridien de Saint-Martin ! Et Sir Edward Sabine qui, en 1823, publie An Account of Experiments to Determine the Figure of the Earth by Means of the Pendulum Vibrating Seconds in Different Latitudes ? Et ce mystérieux Graf Feodor Petrovich Litke qui, en 1836, publie les résultats de ses recherches sur le comportement du pendule au cours d'une navigation autour du monde ? Et pour le compte de l'Académie Impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg. Pourquoi les Russes aussi ?

Et si, pendant ce temps-là, un groupe, certainement d'hérédité baconienne, avait décidé de découvrir le secret des courants, sans carte et sans pendule, en interrogeant de nouveau, du début, la respiration du serpent? Il s'ensuivait que les intuitions de Salon étaient bonnes : c'est plus ou moins au temps de Foucault que le monde industriel, créature de l'aile baconienne, commence le creusement des réseaux métropolitains au coeur des métropoles européennes.

« C'est vrai, disait Belbo, le XIXe siècle est obsédé par les souterrains, Jean Valjean, Fantômas et Javert, Rocambole, tout un va-et-vient entre conduits et grands collecteurs d'égouts. Bon Dieu, maintenant que j'y pense, toute l'œuvre de Jules Verne est une révélation initiatique des mystères du sous-sol ! Voyage au centre de la terre, vingt mille lieues sous les mers, les cavernes de l'île mystérieuse, l'immense royaume souterrain des Indes Noires ! Il faut reconstituer un plan de ses voyages extraordinaires, et nous trouverions certainement une ébauche des volutes du Serpent, une carte des leys restituée pour chaque continent. Verne explore d'en haut et d'en bas le réseau des courants telluriques. »

Je collaborais. « Comment s'appelle le protagoniste des Indes Noires ? John Garral, presque une anagramme de Graal.

– Ne soyons pas extravagants, restons les pieds sur terre. Verne lance des signaux bien plus explicites. Robur le Conquérant, R.C., Rose-Croix. Et Robur lu à l'envers donne Rubor, le rouge de la rose. »

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Philéas Fogg. Un nom qui est une véritable signature : Eas, en grec, a le sens de globalité (il est donc l'équivalent de pan ou poly) et Phileas est donc identique à Poliphile. Quant à Fogg, c'est le brouillard, en anglais... Nul doute, Jules Verne appartenait bien à la Société « Le Brouillard ». Il eut même la gentillesse de nous préciser les liens de celle-ci avec la Rose + Croix, car enfin, qu'est-ce que ce noble voyageur nommé Philéas Fogg, sinon un Rose + Croix ?... Et puis, n'appartient-il pas au Reform-Club dont les initiales R.C. désignent la Rose + Croix réformatrice ? Ce Reform-Club est élevé dans « Pall-Mall », évoquant une fois de plus le Songe de Poliphile.

Michel LAMY, Jules Verne, initié et initiateur, Paris, Payot, 1984, pp. 237-238.

La reconstitution nous prit des jours et des jours ; nous interrompions nos travaux pour nous confier la dernière connexion; nous lisions tout ce qui nous tombait sous la main, encyclopédies, journaux, bandes dessinées, catalogues de maisons d'édition, en diagonale, à la recherche de courts-circuits possibles ; nous nous arrêtions pour fouiller les éventaires des bouquinistes ; nous flairions les kiosques ; nous puisions à pleines mains dans les manuscrits de nos diaboliques ; nous nous précipitions au bureau, triomphants, en jetant sur la table la dernière trouvaille. Tandis que j'évoque ces semaines, tous les épisodes m'en apparaissent fulgurants, frénétiques, comme dans un film de Larry Semon, en saccades et sautillements, avec portes qui s'ouvrent et se ferment à vitesse supersonique, tartes à la crème qui volent, cavalcades dans les escaliers, en avant en arrière, vieilles automobiles qui se tamponnent, écroulements d'étagères dans une épicerie, au milieu de rafales de boîtes de conserve, bouteilles, fromages mous, giclées d'eau de Seltz, explosion de sacs de farine. Et pourtant, à bien me rappeler les interstices, les temps morts – le reste de la vie qui se déroulait autour de nous –, je peux tout relire comme une histoire au ralenti, avec le Plan qui se formait à un pas de gymnastique artistique, tels la rotation lente du discobole, les prudentes oscillations du lanceur de poids, les temps longs du golf, les attentes insensées du base-bail. Quoi qu'il en fût, et quel que fût le rythme, le sort nous récompensait, parce qu'à vouloir trouver des connexions on en trouve toujours, partout et entre tout, le monde éclate en un réseau, en un tourbillon d'affinités et tout renvoie à tout, tout explique tout...