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— Oui, parlez ! répéta Istubar.

— J’ai reçu aujourd’hui une lettre du ministre Herhor, commença Mentésuphis. Il m’annonce que Sa Sainteté le pharaon vous attend en son palais de Memphis et qu’il est prêt à signer le traité.

Sargon, quoique vacillant, écoutait avec attention.

— J’irai à Memphis, répondit-il, signer le traité. Mais qu’il soit rédigé en notre écriture, car je ne comprends rien à vos signes … Oui, je le signerai, mais — il rit bruyamment — je me demande comment vous ferez pour le respecter !

Il rit encore.

— Comment oses-tu douter de la bonne foi de notre maître ? demanda Mentésuphis,

— Je ne pense pas au pharaon, mais à l’héritier du trône, dit Sargon.

— C’est un homme sage quoique jeune, et il obéira sans difficultés à son père et au conseil des prêtres, répéta Mentésuphis

— Ha ! Ha ! Ha ! éclata à nouveau de rire l’Assyrien. Votre prince, je souhaiterais que l’Assyrie en eût un pareil ! Notre héritier du trône assyrien, c’est un savant et un prêtre … Avant de partir en guerre, il examine la queue des poules !.. Le vôtre, lui, est un chef ; il n’est pas de ceux qui écoutent les prêtres ! Il ne consultera que son épée, et vous, vous obéirez à ses ordres ! C’est pourquoi je rapporterai à mon roi qu’il y a, en Égypte, en plus d’un souverain malade et de prêtres savants, un jeune héritier du trône fougueux comme un lion, à la bouche de miel mais au cœur de fer …

— Et tu ne diras pas la vérité, interrompit Mentésuphis, car notre prince, quoique violent et emporté, comme tout homme jeune, respecte l’autorité et tient compte des sages conseils.

Sargon hocha la tête.

— Ah ! Vous, les savants ! Je ne suis, moi, qu’un soldat et un rustre, mais je ne voudrais pas de votre sagesse ni de vos papyrus ! Vous vivez en dehors du monde réel, et avez perdu tout flair … Je sens, moi, à distance, le héros, comme le chien sent l’ours ! Et vous me dites que vous allez conseiller Ramsès ! Mais il fait de vous ce qu’il veut ! Je ne me leurre pas, oh, non ! Et malgré toute la prévenance dont m’entoure le prince, je sais parfaitement bien qu’il hait à mort les Assyriens ! Donnez-lui une armée, et dans trois mois, il sera devant Ninive !..

— Même s’il le veut, il n’ira pas à Ninive.

— Et qui l’en empêchera, lorsqu’il sera devenu pharaon ?

— Nous.

— Vous ? Ha ! Ha ! Ha ! Vous êtes d’une naïveté enfantine ! s’esclaffa Sargon. Vous croyez peut-être que le prince ne se doute pas de votre traité ? Eh bien, moi, je donnerais ma tête à couper qu’il sait tout ! Croyez-vous que les Phéniciens seraient aussi calmes s’ils n’avaient pas l’assurance que Ramsès les protégera contre les Assyriens ?

Mentésuphis et Méfrès se regardèrent à la dérobée. Le clairvoyant barbare leur avait révélé avec sa brutale franchise des choses dont pas un seul instant ils n’avaient tenu compte. Ils se demandaient avec angoisse ce qui allait arriver si Ramsès se mettait en tête de contrecarrer leurs projets.

Ce fut Istubar qui rompit le silence.

— Sargon, dit-il, tu te mêles là de choses qui ne te concernent pas. Tu es ici pour signer le traité avec l’Égypte. Quant à ce que sait ou ne sait pas et à ce que fera ou ne fera pas l’héritier du trône, ce ne sont pas là tes affaires. Du moment que le vénérable conseil des prêtres affirme que le traité sera respecté, il nous importe peu par quel moyen il le sera.

Le ton sec d’Istubar calma instantanément l’exubérance de l’Assyrien. Il hocha la tête et dit :

— C’est bien dommage pour ce garçon … Car c’est un grand guerrier et un grand seigneur …

Chapitre XXXVII

Les paroles de Sargon avaient profondément inquiété Méfrès et Mentésuphis. Aussi, décidèrent-ils de sonder eux-mêmes les intentions du prince.

Dès le lendemain, ils se rendirent au palais et demandèrent à Ramsès une entrevue.

— Que se passe-t-il ? demanda le prince, qui les reçut aussitôt. Sargon aurait-il de nouveau payé de sa personne au cours de quelque ambassade nocturne ?

— Il ne s’agit pas de Sargon, malheureusement, répondit Méfrès. C’est de toi que nous venons te parler. Sais-tu que le peuple murmure parce que tu entretiens des relations étroites avec les Phéniciens ?

Le prince comprit immédiatement le but de cette visite inattendue, et la colère monta en lui. Mais il comprit aussi que le premier acte de la partie engagée entre les prêtres et lui se jouait à l’instant ; aussi, prit-il un air naïvement curieux.

— Les Phéniciens sont dangereux ; ce sont les plus grands ennemis de notre pays, ajouta Méfrès.

Le prince sourit.

— Si vous, saints pères, acceptiez de me prêter de l’argent et s’il y avait de jolies filles dans vos temples, c’est vous que j’irais voir plus souvent … Mais vous me forcez à fréquenter les Phéniciens !

— On raconte que tu rends visite, la nuit, à une Phénicienne …

— Il le faut bien, puisqu’elle refuse de venir habiter chez moi ! Mais ne vous inquiétez pas, je sors toujours armé et je ne risque rien en chemin.

— C’est cette femme qui t’a fait détester Sargon !

— Absolument pas. Je déteste Sargon parce qu’il sent mauvais … Mais, dites-moi, où voulez-vous en venir ? Vous n’êtes pas chargé de la surveillance de mes femmes, que je sache, et je ne crois pas que Sargon vous ait chargés de veiller sur les siennes … Aussi, que voulez-vous ?

Méfrès se troubla au point que tout son crâne rougit.

— Tu as raison, dit-il ; tes amours ne nous concernent pas. Mais ce qui est plus grave, c’est que le peuple s’étonne que Hiram t’ait prêté cent talents avec tant de facilités, sans même demander de garanties …

Les lèvres du prince se crispèrent, mais il répondit calmement :

— Je n’y puis rien si Hiram a davantage confiance en ma parole que les banquiers égyptiens. Il sait que je rembourserai tout, et il n’a même pas exigé d’intérêts. Les Phéniciens sont plus habiles que nos financiers, eh, oui ! Un Égyptien m’aurait fait attendre un mois avant de me prêter cent talents ; il aurait exigé d’énormes intérêts et des gages plus énormes encore. Les Phéniciens, eux, connaissent mieux la cour des princes et nous prêtent de l’argent sans méfiance !..

L’archiprêtre sentit le sarcasme contenu dans les paroles de Ramsès. Il se tut, et ce fut Mentésuphis qui le relava.

— Que dirais-tu, seigneur, demanda-t-il, d’un traité avec l’Assyrie qui livrerait à cette dernière le nord de l’Asie et la Phénicie ?

Il observait avec acuité le visage du prince. Mais celui-ci répondit avec le plus grand calme :

— Je dirais que seuls des traîtres pourraient conseiller un tel traité au pharaon.

Les deux prêtres serrèrent les poings.

— Et si la sécurité de l’État l’exigeait ? insista Mentésuphis.

— Que me voulez-vous, à la fin ? éclata Ramsès. Vous vous intéressez à mes femmes et à mes dettes, vous m’entourez d’espions, vous osez me faire des remarques, et maintenant vous me posez des questions insidieuses. Eh bien, sachez-le : jamais je ne signerai un tel traité. Heureusement, cela ne dépend pas de moi, mais du pharaon à qui nous obéissons tous.

— Que ferais-tu, toi, si tu étais pharaon ?

— Je ferais ce qu’exigent l’honneur et l’intérêt du pays.

— Je n’en doute pas, dit Mentésuphis. Mais que considères-tu comme l’intérêt de l’État ? Où devons-nous chercher des indications ?

— À quoi donc sert le Grand Conseil ? s’écria le prince avec, cette fois, une feinte colère. Vous dites qu’il se compose de savants. Qu’ils prennent donc la responsabilité d’un traité que je considère comme déshonorant et funeste pour l’Égypte !