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Tutmosis partit pour Memphis en août. Le Nil commençait à monter et les pèlerins au temple d’Astoreth se faisaient rares. Les paysans procédaient aux vendanges, le calme descendait sur la région.

C’est à ce moment que Ramsès, débarrassé de ses préoccupations officielles, commença à s’occuper de ses amours avec Kamée. Il fit remettre par Hiram douze talents d’or au temple d’Astoreth ; il y joignit cinquante vaches et cent cinquante mesures de grain. C’étaient là des dons si considérables que l’archiprêtre du temple lui-même vint le remercier pour sa générosité. Ayant ainsi réglé les questions relatives au temple, il fit venir le chef de la police de Pi-Bast et s’entretint avec lui une heure durant. Quelques jours plus tard, une nouvelle extraordinaire se répandit dans la ville : Kamée, prêtresse d’Astoreth, avait été enlevée et avait disparu comme un grain de sable dans le désert. Voici comment ce rapt s’était effectué.

L’archiprêtre du temple avait envoyé Kamée porter des présents à la chapelle d’Astoreth située à Sabne-Chetam, sur le lac de Menzaleh. La prêtresse effectuait le voyage de nuit, en barque, pour éviter la chaleur et la curiosité publique. Au milieu du lac, sa barque avait été abordée par une autre embarcation remplie de Grecs et de Hittites. La prêtresse avait été enlevée si vite que ses rameurs n’avaient pas eu le temps de se porter à son secours. On avait retrouvé la barque des ravisseurs abandonnée près de la rive ; ses occupants avaient disparu sans laisser de trace.

À Pi-Bast, on ne parlait que de cet enlèvement. Les uns soupçonnaient Sargon, qui avait proposé à Kamée le mariage et avait voulu l’emmener à Ninive ; d’autres accusaient le Grec Lykon, qu’on savait épris de Kamée et assez riche pour payer des hommes de main.

Le Conseil Suprême du temple d’Astoreth s’était réuni et avait décidé de décharger Kamée de ses devoirs de prêtresse et de suspendre la menace de mort attachée à sa virginité. En effet, s’il lui arrivait d’être violée par ses ravisseurs, il eût été injuste que les dieux se vengeassent d’un acte commis contre son gré …

Quelques jours plus tard, il fut annoncé aux fidèles que Kamée était morte et que c’étaient des mauvais esprits qui l’avaient enlevée. Le même jour, Hiram remettait à Ramsès, dans une boîte en or, un papyrus couvert de sceaux et qui déliait Kamée de ses vœux à condition qu’elle abandonnât le nom sacré qu’elle portait. Muni de ce document, le prince se rendit le soir même dans un pavillon solitaire situé au fond de son jardin. Il ouvrit la porte et monta à l’étage. Il y trouva Kamée.

— Voici enfin ce que tu désirais tant ! lui dit-il en lui remettant la boîte dorée.

Les yeux de la Phénicienne brillèrent. Elle prit la boîte et la jeta à terre.

— Elle n’est même pas en or ! s’écria-t-elle. Ce n’est que du cuivre doré …

— C’est ainsi que tu m’accueilles ? demanda le prince, péniblement étonné.

— Je connais mes frères ! répondit-elle. Ils falsifient non seulement l’or, mais aussi les rubis et les saphirs !

— Mais, femme, s’écria Ramsès, cette boîte contient ta sécurité !

— Qu’en ferai-je ? Je m’ennuie et j’ai horriblement peur depuis quatre jours que je suis enfermée ici !

— De quoi manques-tu ?

— Je manque de lumière, d’air, de rires, de chants, de compagnie … Ah ! La déesse se venge déjà cruellement !

Ramsès n’en croyait pas ses oreilles. Il ne reconnaissait plus dans cette femme en colère, la belle Kamée entrevue une nuit, au temple.

— Désormais, tu pourras sortir dans le jardin, dit-il. Et quand nous serons à Thèbes ou à Memphis, tu t’amuseras comme jamais tu ne t’es amusée ! Regarde-moi : je t’aime et l’honneur de m’appartenir ne te suffit-il pas ?

— Tu as eu quatre autres femmes avant moi !

— Mais c’est toi que j’aime le plus.

— Si c’était vrai, tu ferais de moi la première de tes femmes ! Tu m’installerais au palais au lieu d’y garder cette Juive … Là-bas, au temple, j’étais la première, et les pèlerins s’agenouillaient à mes pieds !.. Et ici ? Ici, on courbe la tête devant cette Sarah !

— Non pas devant Sarah, mais devant mon fils, qui n’est pas juif, lui, interrompit le prince.

— Si, il l’est !

Ramsès bondit.

— Tu es folle ! s’écria-t-il. Mon fils ne peut être juif !

— Et moi, je te répète qu’il l’est, tout comme son grand-père et ses oncles ; il s’appelle Isaac !

— Prends garde, Phénicienne, car je pourrais te chasser d’ici !

— Chasse-moi si je t’ai menti, mais si j’ai raison, chasse l’autre, avec son rejeton, et donne-moi le palais … Je mérite d’y habiter ! La Juive te trompe, elle se moque de toi ! J’ai renié, moi, ma déesse pour toi, et je me suis exposée à sa vengeance !

— Donne-moi des preuves de ce que tu avances, et le palais sera à toi !.. Non, ce n’est pas possible … murmura-t-il. Sarah n’aurait pas commis un pareil crime !.. C’est mon premier fils !..

— Isaac ! railla Kamée. Va donc chez Sarah et vérifie par toi-même !

Ramsès sortit comme un dément et courut chez Sarah. L’air frais le calma un peu et c’est d’un pas calme qu’il pénétra dans le palais. Malgré l’heure tardive, il y avait de la lumière. Sarah lavait elle-même les langes de son fils et les domestiques soupaient. Lorsque Ramsès, pâle, apparut sur le seuil, elle poussa un cri mais se ressaisit aussitôt.

— Sois le bienvenu, seigneur, dit-elle, en s’essuyant les mains.

— Dis-moi, Sarah, quel est le prénom de mon fils ? demanda d’emblée Ramsès.

Elle baissa la tête, effrayée par le ton menaçant.

— Quel est son prénom ? répéta-t-il d’une voix terrible.

— Mais … Seti, tu le sais bien, répondit-elle dans un murmure.

— Regarde-moi dans les yeux !

— Jehovah ! murmura-t-elle.

— Je vois que tu mens ! Je vais te dire comment s’appelle mon fils, le fils de l’héritier du trône égyptien : il s’appelle Isaac, et c’est un Juif, un abominable Juif !

— Dieu, miséricorde ! s’écria Sarah en se jetant aux pieds du prince.

Celui-ci n’éleva pas la voix, mais son visage était gris.

— On m’avait prévenu, dit-il, de ne pas prendre de Juive dans ma maison. Cela m’agaçait de voir ta maison pleine de tes frères de race, mais je n’ai rien dit ; car j’avais confiance en toi. Et voilà que tu me voles mon fils !..

— Ce sont les prêtres qui m’ont ordonné d’en faire un Juif ! murmura Sarah en sanglotant.

— Les prêtres ? Lesquels ?

— Herhor et Méfrès … Ils m’ont dit qu’il le fallait, car ton fils deviendra un jour roi d’Israël …

— Mon fils roi d’Israël ? Mais je t’avais dit, moi, que j’en ferais mon scribe et le commandant de mes archers ! Je te l’avais dit ! Et toi, misérable, tu as pensé que le titre de roi des Juifs valait mieux que celui d’officier et de scribe du pharaon ? Méfrès et Herhor … Je sais enfin ce qu’ils veulent et quel sort ils réservent à ma descendance !

Il réfléchit un instant en se mordant les lèvres. Soudain, il appela d’une voix forte :

— Eh, les serviteurs et les soldats ! Ici !