Выбрать главу

— Tu doutes de pouvoir retrouver ce misérable ? lui demanda Ramsès.

— Oui, seigneur. Il y a, à Pi-Bast, bon nombre d’Asiates fort pieux qui estiment que Kamée mérite la mort pour avoir renié sa foi. Si Lykon leur a promis de tuer la prêtresse, ils l’aideront, le cacheront, et le feront fuir au besoin.

— Qu’en penses-tu ? demanda le prince à Hiram.

— Le chef de la police a raison, répondit le vieillard.

— Mais vous avez levé la malédiction qui pesait sur Kamée ! s’étonna Ramsès.

— Oui. Aussi, elle ne risque rien de la part des Phéniciens, mais je ne puis répondre des autres fidèles d’Asie.

— Je crois cependant qu’aucune menace ne pèse actuellement sur cette femme, dit le policier. Si elle était courageuse, nous pourrions même nous servir d’elle pour attirer le Grec et l’arrêter au palais !

— Va et élabore un plan d’action, dit Ramsès. Il y aura dix talents pour toi si tu t’empares de Lykon !

Le prince s’en alla, Hiram et le chef de la police restèrent seuls. Le Phénicien dit alors :

— Je connais ta clairvoyance quasi surhumaine, et ta faculté de prévoir l’avenir. Tu auras donc déjà deviné que le temple d’Astoreth te versera vingt talents si tu arrêtes ce criminel qui nargue notre maître … Mais tu auras droit à dix talents supplémentaires si tu parviens à éviter que la ressemblance de Lykon avec l’héritier du trône ne soit rendue publique … Il ne sied pas qu’un simple mortel ait les même, traits que le descendant des dieux !..

— Je comprends fort bien, répondit le policier. Il arrive d’ailleurs quelquefois qu’un criminel meure avant d’avoir eu le temps de passer devant le tribunal …

— Décidément, tu es un homme intelligent, dit Hiram en lui prenant le bras. Tu peux compter sur les Phéniciens pour t’aider dans ta tâche.

Ils se quittèrent comme deux bons amis poursuivant un but commun.

Quelques jours plus tard, Ramsès se rendit de nouveau chez Kamée. Il la trouva dans un état voisin de la folie. Elle se cachait dans la pièce la plus obscure de son palais, n’osait toucher aux mets qui lui étaient servis et donnait aux domestiques les ordres les plus contradictoires, les appelant d’abord tous puis les chassant avec de grands cris d’horreur.

L’amour que Ramsès avait éprouvé pour elle fit place à un grand embarras.

« Oui, décidément, j’ai eu tort d’arracher cette femme à sa déesse ! se disait-il. Seule une déesse pouvait supporter tous ses caprices ! ».

Dès qu’il se trouva en face d’elle, les plaintes commencèrent.

— Je suis une malheureuse ! gémit-elle. Je suis entourée d’ennemis : mon habilleuse veut m’empoisonner, ma coiffeuse cherche à me donner quelque maladie mortelle, les soldats de la garde n’attendent que l’occasion de me percer de leurs lances !.. Tous m’en veulent !

— Kamée ! intervint le prince.

— Ne m’appelle pas ainsi ! Cela va me porter malheur !

— D’où te viennent donc toutes ces idées ?

— D’où ? Mais tu crois donc que je ne vois pas tous ces hommes qui rôdent autour du palais, et disparaissent dès que j’appelle mes domestiques ? Et les murmures que j’entends, la nuit, derrière ma porte ?

— Mais c’est de la fantaisie pure !

— Vous dites tous cela ! Mais je sais que je suis maudite ! hurla-t-elle.

Agacé, le prince la quitta au plus vite malgré ses supplications pour le retenir. Il fit doubler la garde du palais et rentra chez lui irrité au plus haut point par tout ce tapage.

Il trouva dans son appartement Tutmosis qui venait de rentrer de Memphis et avait eu à peine le temps de prendre un bain et de changer de vêtements après son voyage.

— Qu’as-tu à m’apprendre ? demanda Ramsès. As-tu vu le pharaon ?

Il avait deviné à l’expression de Tutmosis que celui-ci n’était pas porteur de bonnes nouvelles.

— Oui, j’ai vu notre maître, répondit le courtisan, et voici ce qu’il m’a dit : « Depuis trente-quatre ans, je porte sur mes épaules le fardeau du pouvoir ; je suis las et j’ai hâte d’aller rejoindre mes ancêtres. Bientôt, je quitterai cette terre, et mon fils Ramsès me succédera. Il dirigera le pays selon ce que lui dictera la sagesse ».

— Il a dit cela ?

— Ce sont ses paroles exactes, répondit Tutmosis. Il m’a répété plusieurs fois qu’il ne te laissait aucune directive pour l’avenir. Tu seras libre de gouverner l’Égypte à ta guise.

— Dieux ! Il doit être bien malade ! Mais pourquoi donc ne me laisse-t-il pas venir auprès de lui ?

— Ta présence ici est nécessaire.

— Et le traité avec l’Assyrie ? demanda le prince.

— Il est signé, mais l’annexion de la Phénicie reste en suspens jusqu’à ce que tu montes sur le trône.

— Ah ! Quel homme merveilleux, le pharaon ! Il m’a évité une bien lourde succession !

— La Phénicie reste donc en suspens, continua Tutmosis, mais il s’est passé un autre événement grave : afin de prouver à l’Assyrie que ses sentiments sont sincères, le pharaon a fait renvoyer vingt mille mercenaires …

— Comment ? bondit Ramsès.

Tutmosis hocha tristement la tête.

— C’est ainsi ! dit-il. Quatre régiments libyens ont déjà été dissous !

— Mais c’est de la folie ! hurla le prince. Nous nous affaiblissons inutilement ! Et, de plus, où iront ces hommes ?

— Ils sont partis dans le désert de Libye, et ils vont sans doute se joindre aux Libyens pour nous attaquer …

— Mais je ne suis au courant de rien ! De rien, de rien !

— Parce que les mercenaires renvoyés sont partis de Memphis droit vers le désert et Herhor a interdit d’en parler à quiconque.

— Méfrès et Mentésuphis ne le savent donc pas non plus ?

— Si, eux le savent.

— Et moi pas !

Le prince pâlit de colère. Il saisit les mains de Tutmosis et murmura avec ardeur :

— Écoute bien … Je jure sur la mémoire de mes ancêtres, sur celle de Ramsès le Grand, je jure que sous mon règne les prêtres se soumettront à ma volonté, ou bien je les écraserai !

Tutmosis écoutait avec effroi.

— Ce sera eux ou moi ! termina le prince. L’Égypte ne peut avoir deux maîtres !

— Elle n’en a jamais eu qu’un seul : le pharaon, dit Tutmosis.

— Ainsi, tu me resteras fidèle ?

— Oui, et avec moi l’armée et la noblesse, tu peux en être certain !

— C’est bien … Qu’ils renvoient les mercenaires … Qu’ils signent des traités … Qu’ils continuent à me berner … Le jour viendra ! Et maintenant, va te reposer et assiste ce soir à mon banquet. Il ne me reste plus qu’à m’amuser, tout m’étant interdit par ces damnés prêtres ! Eh bien, je m’amuserai !

À partir de ce jour, les fêtes recommencèrent. Le prince ne s’occupait plus de ses soldats, comme s’il avait honte de se montrer devant eux. Le palais était plein d’officiers, de nobles, de danseuses ; la nuit se déroulaient d’Interminables orgies, où le chant de la harpe se mêlait aux cris d’ivrogne des convives et aux rires hystériques des femmes.

Ramsès avait invité Kamée à assister à un de ces banquets. Elle avait refusé, et le prince avait cessé de la voir. Tutmosis s’en était aperçu et il demanda un jour au prince :

— On m’a dit que Sarah était en disgrâce ?

— Ne me parle plus de cette Juive, répondit Ramsès. Tu sais sans doute ce qu’elle a fait de mon fils ?

— Oui, je le sais, mais je crois qu’elle n’en est guère responsable. On m’a dit, à Memphis, que ta mère, la reine Nikotris, et le ministre Herhor ont fait de ton fils un Juif afin qu’il devienne un jour roi d’Israël …