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— Je puis jurer, répéta le gouverneur, que le prince était vêtu d’une chemise bleue et d’un tablier rouge …

— Et maintenant, mes seigneurs, veuillez me suivre à la prison ; vous y verrez encore un autre témoin, dit le chef de la police.

Ils descendirent dans une salle souterraine où ils virent la grande cage recouverte de toile. Le policier rejeta la toile du bout de son bâton et ils aperçurent, couchée dans un coin, une femme.

— Mais c’est la prêtresse Kamée ! s’écria le gouverneur.

En effet, c’était Kamée. Elle paraissait malade et était fort changée. Lorsqu’elle se fut levée et que son visage apparut à la lumière, les assistants virent qu’il était couvert de taches rougeâtres ; les yeux semblaient fous.

— Kamée, dit le chef de la police, la déesse Astoreth t’a envoyé la lèpre.

— Ce n’est pas la déesse, dit Kamée d’une voix sourde ; ce sont les Asiates qui ont déposé chez moi un voile empoisonné …

— Kamée, continua le policier, les archiprêtres Sem et Méfrès ont eu pitié de toi. Si tu dis toute la vérité, ils prieront pour toi et, peut-être, Osiris te guérira-t-il. Il est temps encore, ta maladie n’en est qu’à son début, et nos dieux sont puissants …

La malheureuse se jeta à genoux et, appuyant son visage contre les barreaux de la cage, elle gémit :

— Ayez pitié de moi … Je renonce à mes dieux phéniciens et je vouerai ma vie au service des vôtres, mais sauvez moi !

— Dans ce cas, dis la vérité : qui a tué l’enfant de Sarah ? demanda le policier.

— C’est l’infâme Lykon, le Grec … Il était chanteur au temple d’Astoreth, et il jurait qu’il m’aimait … Maintenant, il m’a abandonnée après avoir volé mes bijoux !

— Pourquoi Lykon a-t-il tué l’enfant de Sarah ?

— Il voulait tuer le prince, mais, ne l’avant pas trouvé, il est allé chez Sarah …

— Comment a-t-il réussi à y pénétrer ?

— Ne sais-tu pas, seigneur, qu’il ressemble à l’héritier du trône ?

— Comment était habillé Lykon cette nuit-là ?

— Il portait … Il portait une chemise à raies jaunes et noires et un tablier rouge et bleu … Ayez pitié de moi, ne me torturez plus … Guérissez-moi, et je servirai vos dieux !.. Quoi, vous partez déjà ? Vous êtes cruels !..

— Je t’enverrai un médecin, dit l’archiprêtre Sem et, peut-être …

— Sois béni, seigneur, sois béni et heureux ! gémit la Phénicienne.

Les dignitaires remontèrent dans le bureau du chef de la police. Voyant l’expression méchante et déçue de Méfrès, le gouverneur lui demanda :

— N’es-tu pas satisfait, saint Père, des découvertes qu’a faites la police ?

— Il n’y a aucune raison de se réjouir. Loin de s’éclaircir, l’affaire se complique, au contraire … Sarah continue à prétendre qu’elle a tué son enfant, et Kamée semble répéter des paroles tout apprises …

— Comment, tu doutes encore ? intervint le chef de la police.

— Oui, car je n’ai jamais vu deux hommes se ressemblant au point qu’on puisse les confondre, d’autant plus que je n’ai jamais entendu dire qu’un sosie de l’héritier du trône existât à Pi-Bast.

— Cet homme vivait au temple d’Astoreth. Le prince tyrien Hiram le connaissait bien, et le prince lui aussi l’avait vu. Il m’a même promis une récompense si je parvenais à m’emparer de lui.

— Ah oui ? Mais je vois que tu vis au cœur des plus grands secrets d’État, ironisa Méfrès. Permets-moi cependant de douter de l’existence de ce Lykon tant que je ne l’aurai pas vu de mes propres yeux …

Sur ces mots, il sortit, irrité. L’archiprêtre Sem haussa les épaules et sortit à son tour.

Quelques jours passèrent. Les embaumeurs avaient préservé le cadavre du fils de Sarah de la décomposition et Sarah elle-même attendait, dans sa prison, de passer en jugement.

Kamée aussi demeurait dans sa cage, car on n’osait l’approcher à cause de sa maladie. Un médecin lui avait rendu visite, lui avait fait boire une eau miraculeuse, mais la fièvre persistait et les taches sur le front se faisaient de plus en plus nettes. Aussi, bientôt arriva l’ordre d’emmener la Phénicienne dans une léproserie située en plein désert, loin de tout lieu habité.

Un soir, le chef de la police vint au temple de Ptah et demanda à parler à l’archiprêtre. Deux policiers l’accompagnaient, escortant un homme recouvert de la tête aux pieds d’un sac. Le chef de la police laissa ses deux subordonnés à la porte et entra, accompagné de l’homme vêtu d’un sac. Les archiprêtres Méfrès et Sem l’attendaient, recouverts de leurs manteaux sacrés. Le policier se prosterna et dit :

— Je vous amène, saints Pères, le criminel Lykon. Voulez-vous voir son visage ?

Ils acquiescèrent. Il débarrassa alors son prisonnier du sac qui le recouvrait : les deux prêtres laissèrent échapper un cri de stupeur, tant la ressemblance de Lykon avec Ramsès était extraordinaire.

— Tu es bien Lykon, chanteur du temple païen d’Astoreth ? demanda Sem.

Lykon eut un sourire de dédain.

— Et c’est toi qui as assassiné le fils de l’héritier du trône ? ajouta Méfrès.

Le Grec devint livide de fureur.

— Oui ! hurla-t-il, j’ai tué le fils parce que je n’ai pu trouver le père ! Qu’il soit maudit !

— Que t’a fait le prince, assassin ? demanda Sem, indigné.

— Ce qu’il m’a fait ? Il m’a enlevé Kamée et lui a donné une maladie incurable ! J’étais libre, mais j’ai voulu me venger et maintenant je suis entre vos mains … Vous pouvez me tuer ! Le plus vite sera le mieux !

— C’est un grand criminel, dit Sem.

Méfrès se taisait et regardait le Grec écumant de fureur. Il admirait son triste courage et réfléchissait. Soudain, il dit au chef de la police :

— Tu peux t’en aller ; cet homme nous appartient.

— Non ! Il est à moi ! répondit le policier, outré. C’est moi qui l’ai arrêté et le prince me doit une récompense.

Méfrès se leva et tira de dessous son manteau une médaille en or.

— Au nom du Grand Conseil, auquel j’appartiens, je t’ordonne de nous laisser cet homme, dit-il. N’oublie pas que son existence est un secret d’État et que tu aurais avantage à l’oublier.

Le policier salua et sortit, dominant sa colère.

« Vous paierez cela au futur pharaon, se dit-il ; et moi aussi, je m’en souviendrai !.. ».

Les deux policiers qui l’attendaient à la porte demandèrent où était leur prisonnier.

— La main des dieux s’est posée sur lui, répondit le chef de la police.

— Et notre récompense ? demanda timidement l’un d’eux.

— Sur elle aussi s’est posée la main des dieux. Dites-vous bien que vous avez rêvé de l’existence de cet homme, et oubliez-le au plus vite. Cela vaudra mieux pour vous.

Ils se turent, mais leur rancune à l’égard des prêtres était grande.

Après leur départ, Méfrès appela quelques prêtres et leur parla à l’oreille. Ils entourèrent le Grec et sortirent avec lui ; Lykon n’opposa aucune résistance.

— Je pense, dit Sem, que ce criminel devrait être jugé.

— Jamais ! dit Méfrès d’une voix décidée. Un crime plus grave que le meurtre pèse sur lui : il ressemble à l’héritier du trône.

— Et que comptes-tu faire de lui ?

— Je le garderai à la disposition du Grand Conseil. Lykon peut servir, dans un pays où l’héritier du trône outrage les temples et leur vole leurs déesses, où la guerre menace, où le clergé est haï …

Le lendemain, l’archiprêtre Sem, le gouverneur de la province et le chef de la police se rendirent à la prison de Sarah. Celle-ci ne mangeait plus depuis plusieurs jours et était devenue si faible qu’elle ne put se lever à leur entrée.