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— Qu’est-ce que cela veut dire ? demanda Tutmosis, étonné.

Mais il comprit aussitôt, et courut saisir les rênes de Ramsès de l’autre côté. Ils marchaient ainsi côte à côte, le courtisan et le prêtre, et tous sentaient qu’il venait de se passer des choses importantes.

Quelques centaines de pas plus loin, le désert s’arrêtait et ils pénétrèrent an milieu des champs.

— À cheval ! ordonna le prince.

— Sa Sainteté ordonne de monter à cheval ! s’écria Pentuer.

Les assistants écoutaient, stupéfaits. Tutmosis retrouva rapidement sa présence d’esprit et, tirant son glaive, s’écria à son tour :

— Vive notre pharaon immortel et tout-puissant, Ramsès XIII !

— Qu’il vive éternellement ! crièrent les Asiates, en agitant leurs armes.

— Je vous remercie, soldats, répondit le nouveau pharaon.

Un instant plus tard, ils galopaient vers le Nil.

Chapitre X

La nouvelle de la mort du pharaon avait dû être propagée par quelque voie secrète, car au moment où Ramsès montait dans la barque qui devait lui faire franchir le Nil, l’archiprêtre Herhor faisait réveiller les domestiques du palais royal et, lorsque le jeune pharaon mit pied sur la rive droite du fleuve, tous les prêtres, les généraux et les dignitaires étaient déjà réunis dans la grande salle du palais.

Au moment même où le soleil se levait, le nouveau maître de l’Égypte entra dans la cour du palais, à la tête de son escorte, cependant que la garde royale présentait les armes et que résonnaient trompettes et tambours.

Après avoir salué ses troupes, Ramsès se rendit aux bains ; il s’y fit parfumer, coiffer et habiller par ses domestiques. Mais lorsque son coiffeur lui demanda s’il devait lui raser le crâne, il répondit :

— Non, je ne suis pas un prêtre, mais un soldat !

Ces mots firent rapidement le tour du palais et arrivèrent jusqu’à la grande salle où attendaient les dignitaires du royaume. Ils remplirent d’aise les gouverneurs, la noblesse, l’armée, cependant que les prêtres frémissaient d’inquiétude.

Vêtu d’une chemisette militaire à raies noires et jaunes, les sandales aux pieds, le casque sur la tête, le glaive d’acier assyrien à ses côtés, Ramsès fit son entrée dans la salie d’audience.

Herhor s’avança à sa rencontre, suivi des archiprêtres, des grands juges et du trésorier du royaume. Il salua Ramsès et lui dit, d’une voix grave :

— Seigneur, ton saint père a rejoint les dieux dont il est l’égal et c’est sur tes épaules que repose désormais le sort de l’Égypte ! Sois béni, maître du monde, Ramsès XIII, sois béni, et que ton nom passe à la postérité !

Les assistants répétèrent ce vœu à grands cris. Ils s’attendaient à ce que le nouveau pharaon manifestât quelque émotion ou quelque embarras. Mais, à l’étonnement général, il se contenta de froncer les sourcils et de répondre :

— Conformément à la volonté de mon père et aux lois de l’Égypte, je prends en main les rênes du pouvoir et je l’exercerai pour la plus grande gloire de mon pays et pour le bien du peuple !

Puis, se tournant vers Herhor et le regardant droit dans les yeux, il lui demanda d’une voix sévère :

— Je vois sur ta toque le serpent doré, symbole du pouvoir royal. Qui t’a autorisé à le porter ?

Un silence de mort s’établit dans la salle. Personne n’aurait cru que le jeune pharaon commencerait son règne par une pareille question adressée au plus puissant dignitaire du pays. Mais, derrière lui, il y avait les généraux et, dans la cour du palais, brillaient les piques de la garde ; l’armée revenant de Libye, et adulant son chef, franchissait le Nil. Aussi, Herhor pâlit-il et il sentit sa gorge se serrer au point qu’il ne pouvait prononcer un mot.

— Je te demande, répéta calmement le pharaon, je te demande de quel droit tu portes le serpent royal sur ta toque ?

— C’est la toque de ton grand-père, le saint Aménothèpe, répondit Herhor à voix basse. Le Grand Conseil m’a ordonné de m’en coiffer lors des cérémonies importantes …

— Mon grand-père, répondit le pharaon, était le père de la reine, et avait obtenu comme faveur suprême le droit de porter le serpent royal sur sa toque ; mais, pour autant que je sache, ses vêtements et ses coiffures se trouvent parmi les reliques du temple d’Amon …

Entre-temps, Herhor avait retrouvé son calme.

— Veuille te souvenir, seigneur, que pendant près de vingt-quatre heures, l’Égypte est restée sans maître légal. Il a fallu que, pendant ce temps, quelqu’un s’occupe des sacrifices aux dieux, qu’il donne sa bénédiction au peuple, et qu’il prie. J’ai été chargé par le Grand Conseil d’exercer cet intérim en attendant que tu sois là. Puisque, désormais, l’Égypte a un pharaon, je remets entre tes mains la relique sacrée.

Ayant dit cela, Herhor enleva la toque qu’il portait et la tendit à l’archiprêtre Méfrès. Le visage de Ramsès se rasséréna, et il s’approcha du trône.

Méfrès lui barra le chemin et, le saluant jusqu’à terre, il dit :

— Écoute, tout-puissant seigneur, une humble prière.

Mais ni sa voix, ni l’expression de son visage n’étaient humbles.

— Je parle ici au nom du conseil suprême des archiprêtres, poursuivit-il.

— Je t’écoute, dit Ramsès.

— Tu sais, seigneur, qu’un pharaon qui n’est pas en même temps archiprêtre, ne peut accomplir les sacrifices sacrés ni s’occuper de l’effigie du divin Osiris …

— J’ai compris, interrompit Ramsès. C’est moi le pharaon qui n’est pas archiprêtre.

— Oui, et c’est pourquoi le conseil des prêtres te supplie de bien vouloir désigner un archiprêtre qui puisse te remplacer dans l’accomplissement de tes devoirs religieux.

Les assistants, une fois de plus, se figèrent dans l’inquiétude de ce qui allait arriver. Mais, là encore, Ramsès ne montra aucun embarras.

— Tu as bien fait, dit-il, de me rappeler ce détail important. D’ailleurs, les choses de la guerre et du gouvernement ne me permettront pas de m’occuper de notre très sainte religion ; c’est pourquoi je vais désigner à l’instant même mon remplaçant …

Des yeux, il parcourut l’assistance. Il vit, debout à la gauche de Herhor, l’archiprêtre Sem et remarqua la douceur et la bonté qui émanaient de son visage. Il lui demanda :

— Quel est ton nom, saint Père ?

— Je m’appelle Sem, et je suis archiprêtre au temple de Ptah, à Pi-Bast.

— Eh bien, c’est toi qui me remplaceras !

Un murmure d’étonnement approbateur parcourut l’assemblée, En effet, il eût été difficile de faire un choix plus judicieux que celui par lequel, sans hériter, Ramsès avait désigné Sem. Seul Herhor avait pâli, et Méfrès était devenu plus livide encore.

Un instant plus tard, le nouveau pharaon s’agit sur le trône sculpté. Herhor lui tendit, sur un plateau d’or, une couronne blanche et rouge ceinturée d’un serpent doré. Ramsès s’en coiffa, et tous les assistants se prosternèrent devant lui. Il ne s’agissait pas encore du couronnement solennel, mais simplement de la prise du pouvoir. Lorsque les prêtres eurent encensé le pharaon et chanté un hymne de reconnaissance à Osiris, les dignitaires civils et militaires vinrent saluer leur nouveau maître. Puis Ramsès prit la cuillère d’airain qui servait à puiser l’encens, et il alla vers les statues des dieux pour leur rendre hommage.

— Et maintenant, que dois-je faire ? demanda-t-il.