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— Et si, Hiram, j’exigeais vraiment une forte somme ?

— Par exemple ?

— Par exemple … trente mille talents ?

— Immédiatement ?

— Non, échelonnés sur un an.

— Tu les auras, Sainteté, répondit Hiram sans hésiter.

Cette générosité surprit le pharaon.

— Vous demanderez certainement une garantie ?

— Pour la forme seulement, répondit le Phénicien, pour ne pas réveiller les soupçons des prêtres.

— Et le canal ? Dois-je signer l’accord immédiatement ?

— Nullement. Tu le signeras quand tu jugeras bon de le faire.

Ramsès respira, et le métier de roi lui parut soudain bien doux.

— Hiram, s’écria-t-il, je vous donne dès aujourd’hui, à vous Phéniciens, la permission de creuser le canal qui joindra la Méditerranée à la mer Rouge …

Le vieillard se jeta aux pieds du maître.

— Tu es le plus grand roi de la terre ! s’exclama-t-il.

— Mais n’en parle pour le moment à personne, car mes ennemis veillent. Voici cependant une bague en gage de ma promesse.

Il remit à Hiram une bague sertie d’une pierre noire.

— Toutes les richesses de la Phénicie sont à tes pieds, répéta le Phénicien, ému. Tu verras, seigneur, grâce à toi s’accomplira une œuvre qui assurera à ton nom une gloire immortelle !

Le pharaon serra la main de Hiram et le fit asseoir.

— Maintenant, nous voilà alliés. J’espère que la Phénicie et l’Égypte retireront de cette alliance un grand profit !

— Et le monde entier avec elles !

— Dis-moi, prince, comment se fait-il que tu aies à ce point confiance en moi ? demanda soudain Ramsès.

— Je connais la noblesse de ton caractère. Si tu n’avais pas été pharaon, tu serais devenu membre du Grand Conseil de Phénicie !..

— Mais, continua Ramsès, pour que je puisse tenir mes promesses, il faut que j’écrase le clergé. C’est une lutte terrible, et dont l’issue est incertaine …

Hiram sourit.

— Seigneur, si nous t’abandonnions aujourd’hui, alors que le trésor est vide, tu perdrais cette lutte, car un homme dépourvu de moyens perd courage. Mais tu as notre or et nos agents ; de plus, derrière toi, se dressent tes généraux et ton armée ; tu auras autant de peine à vaincre les prêtres qu’un éléphant à écraser le scorpion !

Il s’arrêta.

— Dans le jardin attend le prêtre Samentou, reprit-il. Je lui cède la place … Il t’expliquera des choses fort intéressantes … Quant à l’argent promis, tu l’auras au moment où tu le demanderas.

Il se prosterna et sortit.

Une demi-heure plus tard arriva le prêtre Samentou. Il avait une chevelure rousse, une barbe épaisse, un visage sévère et des yeux brillants d’intelligence. Il salua sans bassesse et regarda le pharaon droit dans les yeux,

— Assieds-toi, dit Ramsès.

L’archiprêtre s’assit par terre.

— Tu me plais, commença Ramsès, car tu as un visage d’Hyksôs, et ce sont mes meilleurs soldats !

Il s’arrêta un instant, puis reprit :

— C’est toi qui as parlé à Hiram du traité conclu par nos prêtres avec les Assyriens ?

— Oui, c’est moi, répondit Samentou, sans baisser les yeux.

— Tu as assisté à cette conversation infâme ?

— Non, mais je l’ai entendue. Dans les temples, tout comme dans ton palais, les murs sont percés et on peut entendre tout, depuis les caves jusqu’aux pylônes !

— Et, des caves, y a-t-il moyen de parler aux personnes habitant en haut ? demanda le pharaon.

— Oui, et de simuler la voix des dieux …

Ramsès sourit. Il avait donc eu raison en considérant comme une fourberie des prêtres cette voix qui disait être celle de son père !

— Pourquoi as-tu confié aux Phéniciens un tel secret d’État ?

— Parce que je voulais empêcher la signature de ce traité déshonorant, qui nuit aussi bien à nous qu’à la Phénicie …

— N’aurais-tu pas pu avertir plutôt un dignitaire égyptien ?

— Qui ? demanda le prêtre. Un de ceux qui sont impuissants devant Herhor, ou bien un de ceux qui m’auraient dénoncé, me condamnant ainsi à une mort atroce ? Je l’ai dit à Hiram, car il me paraissait être le personnage le mieux indiqué …

— Dans quel but crois-tu que Herhor et Méfrès ont conclu ce traité ?

— Je crois, seigneur, qu’ils manquent d’intelligence, et le Chaldéen Beroes leur a fait peur en leur prédisant dix années néfastes pour l’Égypte, et en les menaçant de défaite en cas de guerre avec l’Assyrie.

— Et ils l’ont cru ?

— Il paraît que Beroes a fait, devant eux, des miracles : il se serait même soulevé au-dessus du sol. Mais je ne vois pas de raison de perdre la Phénicie simplement parce que Beroes sait voler dans l’air …

— Ne croirais-tu pas aux miracles, toi non plus ?

— Cela dépend. Je crois que Beroes est vraiment capable de choses prodigieuses, mais nos prêtres, eux, ne sont que des charlatans !

— Tu sembles les haïr !

Samentou écarta les bras.

— Je ne fais que leur rendre leur haine : mais je les hais surtout pour leur hypocrisie, leurs mensonges, leur fausse austérité … Sais-tu que chacun d’eux dépense des dizaines de talents chaque année pour des femmes, qu’ils volent les autels …

— Mais, toi aussi tu acceptes les dons des Phéniciens !

— Les Phéniciens honorent vraiment Set, car ils redoutent sa colère pour leurs navires. D’ailleurs, si je refusais ce qu’ils me donnent, je mourrais de faim, moi et mes enfants …

Ramsès se dit que le prêtre n’était pas un méchant homme, quoiqu’il trahît les secrets des temples. De plus, il semblait plein de bon sens et disait la vérité.

— As-tu entendu parler, lui demanda encore le pharaon, as-tu entendu parler du canal qui doit relier la Méditerranée à la mer Rouge ?

— Oui, je connais ce projet. Il est vieux de plusieurs siècles.

— Et pourquoi ne l’a-t-on pas réalisé jusqu’à présent ?

— Parce que les prêtres craignent que des peuplades lointaines ne mettent le pied en Égypte, n’y affaiblissent la religion … et leurs revenus par la même occasion.

— Et ce que Hiram m’a dit de ces peuples habitant loin à l’est, est-ce vrai ?

— Oui, absolument vrai. Nous savons depuis longtemps qu’ils existent, et nous recevons souvent de ces régions quelque dessin ou quelque objet.

Ramsès réfléchit un instant, puis il demanda :

— Me serviras-tu fidèlement, si je te nomme mon conseiller ?

— Je te serai dévoué jusqu’à la mort, mais si je devenais conseiller du pharaon, les prêtres me haïraient plus encore …

— Crois-tu qu’il soit possible de les abaisser ?

— Oui, et même très facilement.

— Quel est ton plan ?

— Il faut s’emparer des trésors du Labyrinthe.

— Pourras-tu trouver le chemin ?

— Je dispose de nombreuses indications, et je trouverai bientôt celles qui me manquent.

— Et puis ?

— Il faudrait intenter à Méfrès et à Herhor un procès pour trahison d’État ; leurs relations secrètes avec l’Assyrie fourniront un excellent prétexte.

— Et les preuves ?