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« Eh bien », dit George, et il fit une nouvelle pause, « eh bien, je vais chercher des planches… je pourrai faire les parois du puits quand il sera plus profond.

— Parfait ! » approuva Ish. George exécuterait sa tâche jusqu’au bout. De l’ancien temps, il avait gardé l’habitude du travail, et peut-être ne savait-il pas jouer.

George s’en alla quérir ses planches, et Ish rejoignit Dick et Bob qui attelaient les chiens.

Les deux jeunes garçons l’attendaient devant sa porte avec trois charrettes prêtes à partir. Dans l’une d’elles, il aperçut le canon d’un fusil.

Ish réfléchit un moment. N’oubliait-il rien ? Quelque chose lui manquait.

« Dis, Bob, s’écria-t-il, va me chercher mon marteau, veux-tu ?

— Pour quoi faire ?

— Je ne sais pas. Il peut être utile pour briser une serrure.

— Une brique ferait aussi bien l’affaire », objecta Bob, mais il obéit.

Ish en profita pour examiner le fusil et vérifia que le magasin était rempli. C’était simple routine mais Ish l’exigeait. On courait peu de risques de se trouver nez à nez avec un taureau furieux ou une ourse accompagnée de ses petits, mais mieux valait être prêt à toute éventualité. Quelquefois Ish, réveillé en sursaut la nuit, revivait le tragique épisode de la poursuite des chiens.

Bob rapporta le marteau à son père. Ish empoigna le manche et éprouva une étrange sensation de sécurité. Le poids de l’instrument était réconfortant. C’était ce vieux marteau qu’il avait découvert peu de temps avant d’être mordu par un serpent à sonnette. La manche était toujours abîmé et fendillé. Souvent il avait eu envie d’adapter un manche neuf pris dans une quincaillerie. Il aurait pu tout aussi bien choisir un marteau neuf. En réalité l’outil lui servait très peu. Par tradition, il le prenait le jour de la nouvelle année quand il gravait les chiffres sur le rocher, mais c’était son seul usage et un marteau plus léger eût mieux convenu.

Il le jeta à ses pieds dans la charrette et se sentit paré.

« On y va ? » cria-t-il à Dick et à Bob et, au même moment, quelque chose frappa son regard.

Un petit garçon, à demi caché dans les buissons, observait les préparatifs de départ. Ish reconnut la mince silhouette.

« Joey, appela-t-il, sans prendre le temps de la réflexion. Tu veux venir ? »

Joey sortit des buissons, mais n’osa avancer.

« Il faut que j’aide à creuser le puits, dit-il.

— Tant pis, ils creuseront bien le puits sans toi – ou plutôt, ajouta mentalement Ish, ils ne le creuseront pas avec ou sans toi. »

Joey ne se le fit pas dire deux fois. C’était évidemment ce qu’il espérait. Il courut à la carriole d’Ish, se blottit aux pieds de son père et prit le marteau sur ses genoux.

Les chiens partirent à toute vitesse dans le concert de jappements qui convenait aux circonstances. Les deux autres charrettes s’ébranlèrent à leur tour ; les garçons joyeux criaient et leurs attelages aboyaient. Les chiens préposés à la garde des maisons leur répondirent. On eût pu croire à une émeute. Comme toujours, accroupi dans le petit véhicule derrière ses six chiens, Ish se sentit ridicule comme dans un char de carnaval.

Une fois lancés, les chiens n’eurent plus de souffle à perdre en aboiements et adoptèrent une allure plus lente. Ish rassembla ses idées et passa en revue ses plans.

La première halte fut pour un ancien poste d’essence. La porte était ouverte. À l’intérieur du petit bureau vitré, la lumière du soleil ne passait qu’à moitié. Après vingt et un ans de chiures de mouches et de poussière, les vitres avaient perdu leur transparence.

Un vieil annuaire pendait à un clou près du téléphone muet. Ish ouvrit le livre et des fragments de papier jauni s’envolèrent des pages et s’éparpillèrent sur le parquet. Il trouva l’adresse de l’agence locale de jeeps. Oui, vu le mauvais état des routes, une jeep était tout indiquée.

Une demi-heure plus tard, parvenu devant le magasin, Ish regardait à travers la vitre sale, et une joie enfantine faisait battre son cœur : une jeep les attendait.

Les garçons attachèrent les charrettes et les chiens, bien dressés, se couchèrent en bon ordre sans regimber contre les traits.

Dick essaya d’ouvrir ; la porte était fermée à clé.

« Tiens, dit Ish, prends le marteau et enfonce la serrure.

— Oh ! j’aime autant une brique », déclara Dick. Il courut vers les débris d’une cheminée abattue par le tremblement de terre. Bob le suivit.

Ish ne put réprimer son irritation. Quelle mouche les piquait ? Une brique ne valait pas le marteau pour enfoncer une porte. L’expérience le lui avait appris ; il en avait déjà brisé plus d’une.

En trois enjambées, il traversa le trottoir et, brandissant le marteau au rythme de sa marche, il abattit la porte. Cela leur apprendrait ! Après tout, il n’avait pas apporté le marteau pour rien !

La jeep qui occupait la salle d’exposition avait ses quatre pneus dégonflés. Sous l’épaisse couche de poussière qui la recouvrait, le vernis rouge brillait encore. Le compteur totalisait quinze kilomètres. Ish secoua la tête.

« Non, dit-il, elle est trop neuve, je veux dire qu’elle était trop neuve. Une voiture rodée fera mieux notre affaire. »

Le garage abritait plusieurs voitures. Tous les pneus étaient complètement à plat. L’une d’elles avait le capot en l’air et des pièces diverses répandues sur le sol pour une réparation qui ne serait jamais achevée. Les autres offraient peu de différences. Un compteur marquait neuf mille kilomètres et ce fut cette voiture que choisit Ish.

Les garçons suivaient tous ses gestes et Ish sentit que son prestige était en jeu.

« Écoutez-moi bien, dit-il d’un ton agressif. Je ne sais pas si je pourrai remettre en marche cette bagnole. Je doute qu’un autre soit capable de mieux réussir au bout de plus de vingt ans. Je ne suis pas même mécanicien. Comme la plupart de mes contemporains, je passais beaucoup de temps en auto et je savais changer un pneu ou une courroie de ventilateur. Ne vous attendez pas à des miracles. Voyons d’abord si nous pouvons la bouger. »

Il s’assura que le frein n’était pas serré et que le levier était au point mort.

« Bon, dit-il. Les pneus sont dégonflés et la graisse est figée sur les essieux ; les essieux eux-mêmes sont peut-être aplatis après plus de vingt ans d’immobilité. Nous allons la pousser par-derrière. Ce ne sera pas très dur… Allons-y ! Tous ensemble… En avant ! »

L’auto fit une embardée de quelques centimètres en avant. Les garçons hurlèrent de joie et d’excitation et les chiens leur firent écho en aboyant. Pourtant la partie n’était pas encore gagnée ; on savait seulement que les roues tournaient toujours.

Puis Ish mit en prise, et ils poussèrent de nouveau. Cette fois l’auto ne bougea pas.

Restait à savoir si le moteur et les engrenages recommenceraient à fonctionner ou si la rouille les avait mis hors d’usage. Ish souleva le capot et constata que le moteur était enduit de graisse. L’extérieur avaient des pointes de rouille, mais les organes intérieurs gardaient leur secret.

Les garçons ne le quittaient pas des yeux et Ish chercha une solution. Il pouvait essayer l’autre voiture. Il pouvait faire atteler les chiens à l’auto. Puis il eut une autre idée.

La jeep en cours de réparation était à environ trois mètres derrière celle-ci. Si on la poussait en débrayage contre l’arrière de l’auto choisie, celle-ci se mettrait peut-être en mouvement. Le choc risquait aussi de démolir quelque chose. Mais il n’y avait pas de raison !

Ils poussèrent la jeep à soixante centimètres de la voiture et reprirent haleine. Puis ils firent un nouvel effort.