Выбрать главу

L'impatience à lui faire part de ses découvertes offrit une diversion toute trouvée. Elle lui retira délicatement le cube des mains et le reposa à sa place.

— J'espère que tes neurones sont connectés, parce que j'ai pas mal de choses à t'annoncer, et que c'est du lourd…

Elle fit signe de la suivre vers un poste installé le long du mur de la salle. Sous un cube en plexiglas, Ben reconnut aussitôt la pyramide au cristal prêtée par Gábor Walczac.

— Commençons par le début. J'ai bien avancé concernant cette petite merveille. Les expériences que nous avons menées ont permis d'établir quelques certitudes. Comme tu l'avais suggéré, nous avons soumis le cristal à la lumière pour étudier son interaction. Cramponne-toi : si, sur trois axes, il diffracte le rayon comme n'importe quelle matière translucide hétérogène, sur le quatrième, en revanche, il le concentre avec une efficacité remarquable. Cet effet de loupe est extraordinaire. Il n'est pas dû à la forme du minéral, mais à sa structure même. Ce morceau n'a pas été modifié ou taillé exprès, mais choisi pour sa capacité particulière à densifier et focaliser un rayon de lumière. Voilà qui explique pourquoi il est ajusté si précisément dans sa monture. La moindre déviation de sa position dans son support aurait pu remettre en cause l'effet. Cet artéfact est donc bien un outil, et je suis prête à parier que ses frères jumeaux aussi.

— Les quatre pyramides sont donc liées…

— Ce n'est pas tout. Je n'ai pas chômé pendant que tu barbotais dans l'eau avec mon mec. Les examens ont aussi révélé que l'objet est radioactif. Ce n'est cependant inhérent ni à la nature du métal ni à celle de la pierre. D'après les ingénieurs, l'analyse de la surface indique que l'objet aurait acquis cette caractéristique en ayant été exposé à un bombardement massif de rayonnement. En se basant sur l'évolution du taux de radioactivité dans le temps par rapport aux modèles connus, ils sont parvenus à déduire que l'irradiation a sans doute été violente et qu'elle s'est déroulée sur une période très brève survenue voilà approximativement 4 000 ans.

— Même avec l'imprécision, cela nous renvoie encore au temps des Sumériens.

— Tout juste. Par ailleurs, nous en savons davantage sur les symboles gravés. L'étude de leur méthode de taille a démontré qu'ils ont été sculptés après l'exposition aux radiations.

— En as-tu appris plus sur leur signification ?

— Pas vraiment, mais il est désormais avéré que les hiéroglyphes datent de la première période égyptienne, la plus ancienne. J'ai aussi découvert que les petites volutes imbriquées sont la réplique exacte de motifs que l'on retrouve sur des pierres sacrées dans le tumulus mégalithique de Newgrange, en Irlande, construit 3 200 ans avant notre ère.

— Une origine géographique de plus…

— Ou une destination. Parce que si l'on rapproche ces données de celles déjà tirées de ce que tu as remonté, tu vas voir que les faits s'agencent drôlement bien et qu'une hypothèse se dessine.

Fanny se dirigea vers un autre poste de travail équipé d'un grand écran. Elle tapa un code sur le clavier et une série de photos du tombeau s'affichèrent. Karen s'approcha.

— Lorsque j'ai découvert les clichés de l'intérieur du sarcophage, reprit Fanny, je me suis tout de suite étonnée de la façon dont la momie était disposée.

— En l'ouvrant, j'ai moi aussi été surpris.

— N'étant pas une spécialiste, j'ai interrogé des collègues du Louvre, bien sûr sans rien leur dévoiler du site ou des véritables raisons de mes questions. Tous m'ont unanimement répondu que l'ensevelissement ne correspondait pas au rite égyptien de l'époque à laquelle fut bâti Abou Simbel. Cette façon d'inhumer est bien plus ancienne et se rapproche des traditions mésopotamiennes.

— Sumer, toujours.

— Reste le mystère qui entoure l'identité du corps qui semble être féminin. C'est une énigme. Ses bijoux, qui sont aussi très inhabituels, pourront peut-être nous aider à déterminer qui elle est. J'ai aussi aperçu le masque mortuaire sur les photos. Exceptionnel. Tu n'as pas été tenté de le remonter ?

— Pas la place, pas le temps, mais surtout pas envie.

— Pas envie ?

— J'aurais eu l'impression de commettre un vol…

Ben désigna la dépouille sur l'écran.

— J'espère que nous pourrons apprendre qui dormait là depuis si longtemps.

— Ta collecte nous apporte déjà quelques éléments de réponse…

Fanny invita Benjamin et Karen à revenir autour de la table. Le visage d'Horwood s'assombrit soudain.

— Il manque un objet. Un large bol de bronze doré aux bords relevés, une espèce d'assiette creuse très lourde et calcinée en son centre.

— J'ai toujours adoré ta perspicacité ! s'enthousiasma Fanny. Dès que ça t'intéresse, plus rien ne t'échappe. Effectivement, la pièce dont tu parles n'est plus là. Elle a été transférée vers un centre d'études spécialisé dans les analyses nucléaires. L'équipe qui a étudié les rayonnements radioactifs de la pyramide au cristal s'occupe d'elle en ce moment même. Parce qu'il faut te préciser que lorsque j'ai déverrouillé tes containers, les systèmes de sécurité antiradiation du labo se sont immédiatement déclenchés. Du coup, nous avons isolé et inspecté les antiquités une à une, et ce plat s'est révélé férocement radioactif. Son irradiation était du type de celle détectée sur la petite pyramide, mais en beaucoup plus intense. Les scientifiques du centre m'ont déjà prévenue que sur sa partie centrale brûlée et noircie, le récipient contenait des particules d'une matière inconnue liée à la source du rayonnement.

— Encore un indice qui suggère une expérience.

Fanny désigna deux tubes de pierre brisés.

— Ils étaient intacts quand je les ai sortis, fit remarquer Ben.

— Ils ne l'étaient plus quand j'ai ouvert tes caisses. Tout était sens dessus dessous, à croire que vous aviez joué au foot avec.

— L'eau s'en est chargée. Nous n'avons pas vraiment eu le temps de faire des paquets-cadeaux…

— Je me souviens aussi très bien de la façon dont tu faisais tes valises, mais passons. Toujours est-il que les papyrus contenus dans ces fourreaux sont en cours de traduction, répartis en plusieurs sections pour qu'aucun des spécialistes qui s'y attellent ne puisse en comprendre la globalité.

— Combien de temps va-t-il falloir attendre pour lire le résultat ?

— Je ne sais pas, mais rassure-toi, on a de quoi s'occuper, car certains objets ont déjà livré leur secret.

Fanny s'empara d'un cylindre à peine plus large que son doigt et long de quelques centimètres, taillé dans une pierre bleutée. C'était le plus petit des objets rapportés.

— Les photos m'ont permis d'entrevoir tout ce que tu as été obligé de laisser dans la précipitation, mais tu as été bien inspiré de prendre ceci.

— Nous avons quelques beaux spécimens du même genre au British Museum.

— Qu'est-ce que c'est ? voulut savoir Karen.

— Un sceau, expliqua Ben. Celui-ci est à première vue en lapis-lazuli, une pierre bleue utilisée depuis les temps les plus anciens. Il est gravé en creux et lorsque vous le faites rouler sur de l'argile humide, il dessine en relief une scène ou un message. Les rois sumériens utilisaient cet outil pour authentifier leurs écrits officiels à l'époque où ils étaient consignés sur des tablettes.

Karen admira l'objet.

— Une signature infalsifiable avant l'heure… C'est remarquablement astucieux.

Ben se tourna vers Fanny.

— As-tu réalisé une empreinte ? Sait-on à qui il appartenait ?