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«Alors? Vous avez bien dormi?»

Et il répondit:

«Oui, bien, merci…»

Il ajouta:

«Vous venez faire la chambre?»

La femme déplaça le seau à ordures de quelques centimètres:

«Mais non. Aujourd’hui vous allez travailler un peu vous aussi, n’est-ce pas? On n’a pas les moyens de vous payer des femmes de chambre ici, qu’est-ce que vous croyez? Alors, vous allez faire le lit gentiment, et puis vous balaierez un peu par terre. Je vous ai apporté un balai et une pelle. D’accord?»

«D’accord…» dit Adam; «Mais…» il dévisagea la jeune femme curieusement.

«Mais — est-ce qu’il faudra que je fasse ça tous les jours?»

«Je comprends» dit l’autre; «tous les matins. — Aujourd’hui, ç’a été un peu exceptionnel, parce que vous êtes nouveau venu. Mais à partir de maintenant, tous les matins, à 10 heures, au travail. Et si vous êtes sage, on vous laissera bientôt sortir comme tout le monde. Vous pourrez aller dans le jardin, pour lire, ou pour bêcher les plates-bandes, ou pour bavarder avec les autres. Vous voulez bien, aller dans le jardin? Hein? Vous verrez. Vous vous plairez ici. On vous donnera des petits travaux à faire, des petits paniers d’osier à tresser, des décorations. Il y a même un atelier, de menuiserie, avec tout ce qu’il faut, des rabots, des scies électriques et cætera. Vous verrez, ça vous plaira. À condition de faire tout ce qu’on vous dit, n’est-ce pas? En attendant, vous allez faire le lit, et donner un coup de balai sur le plancher. Comme ça tout sera propre pour la visite.»

Adam opina; il se leva et se mit tout de suite au travail. Il s’en tira bien, surveillé par la jeune femme en habit blanc. Quand il eut fini, il se tourna vers elle:

«Ça va comme ça?»

«Le vase est vide?»

«Oui» dit Adam.

«Bon. Alors, ça va. Nous allons bien nous entendre.»

Elle ramassa le seau à ordures et ajouta:

«Bon. Alors, dans une heure, pour la visite.»

«Il y a quelqu’un qui vient me voir?» questionna Adam.

«Je viendrai vous appeler à ce moment-là.»

Il répéta:

«Il y a quelqu’un qui vient pour me voir?»

«Je vous crois.»

«Oui? Ma mère? Hein?»

«Il y a une demi-douzaine de messieurs qui viendront vous voir, dans une heure, avec le médecin-chef.»

«De la police?» demanda Adam.

«Ah non» dit-elle en riant. «Pas de la police.»

«Qui alors?»

«Des messieurs qui s’intéressent à vous, grand curieux! Des messieurs très bien qui veulent absolument vous voir! Il faudra être sage, hein?»

«Qui est-ce?»

«Des messieurs très bien, je vous dis. Une demi-douzaine. Ils s’intéressent particulièrement à vous.»

«Des journalistes?»

«Oui, c’est ça. Un peu des journalistes.»

«Ils veulent faire un canard sur moi?»

«Eh bien, c’est-à-dire — ce ne sont pas vraiment des journalistes. Ils ne parleront pas de vous, c’est sûr…»

«Alors, ceux que j’ai vus en entrant ici?» L’infirmière ramassa tout ce qu’elle devait emporter et mit la main gauche sur la poignée de la porte.

«Non, non, pas ceux-là. Des jeunes gens comme vous. Ils vont venir dans l’infirmerie avec le médecin-chef. Ils vous poseront des questions. Il faudra être bien avec eux. Ils pourront peut-être faire quelque chose pour vous.»

Adam insista:

«Des flics, quoi? hein?»

«Des étudiants», dit l’infirmière. Elle sortit de la chambre en emportant le seau. «Des étudiants, puisque vous voulez tout savoir.»

Adam dormit à nouveau jusqu’à leur arrivée, vers 7 h 10.

L’infirmière le réveilla comme la première fois, en le secouant par l’épaule, le fit uriner, le fit rajuster son pyjama et peigner ses cheveux, puis l’amena à la porte d’une chambre, de l’autre côté du couloir. Elle le laissa entrer seul.

La pièce, plus exiguë encore que sa cellule, était pleine de gens assis sur des chaises. Une armoire à médicaments dans un angle, et une balance romaine dans un autre, indiquaient qu’on se trouvait dans une infirmerie. Adam passa entre les chaises et les gens, et, trouvant un siège libre au bout de la pièce, il s’y assit. Il resta ainsi, sans rien dire, pendant un moment. Les autres, dans l’infirmerie, semblaient ne pas s’occuper de lui. Sauf quand Adam demanda à une jeune fille qui était assise à côté de lui si elle n’avait pas une cigarette; elle dit oui, ouvrit son sac de cuir noir et lui tendit son paquet. C’était des cigarettes blondes assez chères, Black ou du Maurier; Adam demanda s’il pouvait en prendre trois ou quatre. La jeune Tille lui dit de prendre tout le paquet. Adam prit le paquet, la remercia, et commença à fumer. Après quelques minutes, il releva la tête et les regarda tous; ils étaient sept en tout, sept jeunes, mâles et femelles, entre dix-neuf et vingt-quatre ans, plus un docteur d’environ 48 ans. Aucun d’eux ne le regardait. Ils parlaient à voix basse. Trois des jeunes prenaient des notes. Une quatrième fille lisait dans un cahier d’écolier; c’était celle qui lui avait fait cadeau de son paquet de cigarettes. Elle avait vingt et un ans et quelque chose, elle s’appelait Julienne R., et il se trouvait qu’elle était svelte, étonnamment jolie; elle avait des cheveux blonds coiffés en chignon et un grain de beauté au-dessus de la cheville droite; elle portait une robe de coutil bleu foncé serrée à la taille par une ceinture de basane doublée vinyl doré. Sa mère était Suissesse. Son père était mort d’un ulcère dix ans plus tôt.

Elle fut la première à regarder vraiment Adam. Elle le dévisagea avec des yeux sérieux, un peu cernés, lourds de compréhension et de culture. Puis elle croisa les bras, bloquant son petit doigt dans la commissure interne des coudes, agitant à peine la dernière phalange de l’index, le cou un peu plus tendu vers l’avant qu’à l’ordinaire. Il y avait un rien d’à la fois enfantin et maternel sur son front; haut, mais sans vulgarité, cédant naturellement la place aux racines des cheveux qui se séparaient d’abord de chaque côté, à droite et à gauche, pour remonter ensuite par l’arrière et retomber sous forme de rouleau au bout d’une raie tordue.