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— Dans ce cas, il n’y a qu’à les exterminer tous ! » lança Nafai.

Tout le monde se tourna vers lui, horrifié.

« Je plaisantais ! dit-il.

— Essaye d’éviter ce genre de plaisanterie chez les anges », fit Volemak.

Nafai prit l’air offensé. « Quand c’est moi le responsable, je laisse les blagues idiotes de côté. » Il sourit soudain. « Mais cette réunion est la vôtre, Père.

— Je te remercie de ton soutien, répondit Volemak. Et maintenant, quelqu’un veut-il ajouter quelque chose ?

— Oui, moi, dit Shedemei. Je m’adresse surtout aux quatre qui vont se rendre chez les anges, mais c’est valable aussi pour ceux qui travaillent avec les fouisseurs : observez tout. Pas seulement ce en quoi ces êtres diffèrent de nous, mais également ce en quoi ils nous ressemblent. Notez le moindre détail sans perdre de temps, sinon, plus vous attendrez, plus vous vous habituerez à leurs idiosyncrasies et plus elles risqueront de vous échapper. Issib aura l’Index, moi je dispose des ordinateurs du bord : il faudra m’envoyer un rapport tous les soirs.

— Quand est-ce qu’on s’y met ? demanda Oykib.

— Avec les fouisseurs, tout de suite, répondit Volemak. Mais pour les anges, tant que nous ne pouvons pas leur ramener leur compagnon en bonne santé – ou du moins sorti d’affaire –, pas question de franchir le canyon. Donc, en attendant, vous quatre, vous allez tenir compagnie à tour de rôle à ce malheureux éclopé. Passez autant de temps avec lui que Shedemei le jugera utile. Faites-en un ami, si c’est possible. » Il engloba toute l’assistance dans un regard noir. « Et veillez impérativement à ce qu’il ne rencontre jamais Elemak, même par hasard ! Elya aura toujours libre accès au vaisseau, mais je lui demanderai de ne pas s’approcher du pont où Shedemei travaille à remettre l’ange sur pied. Cela devrait suffire. »

La généticienne avait une dernière précision à apporter : « En particulier, je veux apprendre tout ce qui concerne leur sexualité. La reproduction et la survie sont les deux forces fondamentales de l’évolution. Je ne comprendrai jamais leur biologie ni leur culture si j’ignore leurs impératifs en matière d’accouplement, de fécondation, d’alimentation et de protection. Je ne sais pas encore comment, mais les sculptures jouent un rôle dans les deux sociétés.

— L’art, c’est la vie, psalmodia Nafai, et la vie n’est qu’art. »

Derechef, Luet lui flanqua son coude dans les côtes, cette fois de toutes ses forces. Il poussa un glapissement. Luet espéra qu’il aurait un bleu.

La réunion s’acheva et Shedemei prit quelques instants pour examiner avec Issib les radios et les relevés physiologiques de l’ange et des fouisseurs. « Je voulais le signaler, dit la généticienne, mais la discussion est partie sur autre chose. J’ignorais ce qu’avait prévu Volemak, mais tout ce qui compte, c’est que tu sois au courant pour guetter l’explication quand tu seras chez les anges.

— Je n’ai pas encore dit que j’y allais », fit Issib.

Shedemei posa sur lui un regard impassible.

Issib reprit :

« Enfin, bon, montre-moi quand même.

— Tiens, ici, chez le fouisseur mâle, et là, chez notre ange, mâle lui aussi.

— Je vois quelque chose, mais je ne sais pas ce que c’est.

— Moi non plus. Il s’agit d’un organe minuscule, une glande peut-être, dont la fonction m’échappe. Mais elle n’existe pas chez les humains ni chez les autres espèces que j’ai examinées.

— Ces deux-ci sont donc différentes.

— Ce n’est pas aussi simple, objecta Shedemei. C’est par la divergence que se crée la diversité biologique. Il existe deux moyens par lesquels des créatures dissemblables peuvent acquérir des organes similaires : le premier, c’est en ayant un ancêtre commun ; l’autre, c’est par le principe d’évolution convergente, les pressions d’un même milieu les poussant à mettre au point des stratégies semblables pour s’en défendre. Si ces êtres possèdent un organe identique à cause d’un ancêtre commun, on devrait en retrouver la trace chez toutes les autres espèces qui ont dérivé de la même source à la même époque. Or il n’en est rien, Issib ! Aucune autre espèce de rats, de chauves-souris, de rongeurs ni d’animaux apparentés ne possède à cet emplacement ni à proximité quelque chose qui ressemble même vaguement à cette structure. Et c’est exact pour aujourd’hui comme pour il y a quarante millions d’années, date à laquelle remonte notre plus ancienne base de données biologiques. On ne trouve rien.

— Ne reste que l’évolution convergente, alors.

— Oui, mais à part dans le cas de structures du squelette ou des muscles, ce système ne produit de similarité que dans la fonction des organes ; il n’y a pas de raison pour qu’ils aient le même emplacement chez les deux espèces.

— À moins qu’ils n’aient un rapport avec la reproduction des mâles, auquel cas, juste au-dessus du scrotum, c’est le site idéal.

— Exactement. Ce qu’il faut donc que tu cherches, et je ferai de même de mon côté, c’est la raison pour laquelle ces deux espèces et elles seules possèdent cet organe. Si l’on y réfléchit, comment se fait-il que les deux espèces intelligentes de la Terre présentent cette similarité et pas une autre ?

— Parce qu’elle est justement liée à leur intelligence ?

— C’est la première idée qui vient, naturellement. Cependant, nous n’avons pas eu l’occasion d’observer les femelles. Elles sont intelligentes, elles aussi ; mais s’il leur manque cette structure…

— Ou une autre avec une fonction analogue…

— C’est tout le mystère, dit Shedemei. Cet organe vient de quelque part, il possède une fonction quelconque, il n’existe que chez les deux espèces intelligentes de la planète et peut-être uniquement chez les mâles. A-t-il un rapport avec l’intelligence ? Ou bien avec la sexualité, vu son emplacement ? »

Un grand sourire détendit les traits d’Issib. « Ils ressemblent peut-être plus aux humains qu’on ne le croyait. »

Shedemei le regarda de travers. « L’intelligence des mâles serait fonction de la testostérone, c’est ce que tu veux dire ?

— J’aurais dit ça de façon plus crue.

— Je n’en doute pas, mâle que tu es toi-même. Mais comme tu le laisses entendre, les hommes raisonnent déjà la moitié du temps à l’aide de leur appendice, sans pour autant posséder ce curieux petit organe.

— C’était de l’humour, Shedemei, pas une proposition scientifique. »

La généticienne eut un mince sourire. « J’avais compris, Issib. Moi aussi je plaisantais. »

Issib se mit à rire. D’un rire un peu forcé.

« Tiens-toi à l’affût d’une explication, Issib, c’est tout ce que je te demande. Je rentrerai toutes mes observations dans la base de données ; par le biais de l’Index, nous pourrons ainsi mettre nos renseignements en commun le temps que tu seras là-haut.

— Si j’y vais, fit Issib.

— C’est ça », dit Shedemei.

Pendant cet entretien, Chveya avait attiré Luet à part, laissant leurs compagnons les devancer.

Puis : « Pourquoi Père s’est-il conduit comme un gamin durant la réunion ? C’est très gênant !

— Comme un gamin ? répéta Luet. Ce n’est pas mon point de vue ; il se conduit toujours de cette façon.

— Moi, je ne l’ai jamais vu le faire. Et ce n’est pas drôle.

— Pour lui, si. Et pour moi aussi, je dois dire.

— Je n’arrive vraiment pas à le comprendre.

— Naturellement : c’est ton père. »

Chveya était presque parvenue à l’échelle quand Luet trouva une vraie réponse à sa question. « Veya, ma chérie, tu ne l’as jamais vu ainsi pour une raison bien simple : il est comme ça quand il est heureux. »