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En réalité, elle avait beaucoup à dire encore, car elle écrivait presque tous les jours. Et il lui répondait au moins une fois par semaine, et souvent plus fréquemment, selon la façon dont il se sentait. Elle lui donnait des nouvelles du couvent et de sa propre maisonnée à Il Gioello : l’état des récoltes et de la production de vin, le comportement de l’âne, les histoires des domestiques, combien elle avait été choquée que son frère, Vincenzio, n’ait pas écrit une seule fois à Galilée, et ainsi de suite. Il y avait toujours des encouragements pour lui, et l’affirmation qu’il était béni par Dieu, et bien heureux d’être celui qu’il était. Galilée se jetait sur ces lettres quand elles arrivaient et laissait tomber tout ce qu’il pouvait être en train de faire pour les lire, tel un homme dans le désert buvant une longue rasade d’eau. Leur contenu lui faisait parfois secouer la tête, avec un sourire attristé ou sarcastique. Il les gardait en une pile bien nette, dans une corbeille sur une table de nuit, près de son lit.

Pendant ces journées durant lesquelles il attendait son jugement, le grand-duc Ferdinand avait demandé à Cioli d’écrire à Niccolini pour lui faire savoir que le temps durant lequel il était prêt à payer pour loger Galilée était écoulé, et que Galilée devait maintenant payer pour son entretien. Niccolini ne laissa rien savoir de ce désagrément à Galilée, bien qu’on en ait eu vent à la villa. Non que Galilée ait eu besoin de cette nouvelle pour découvrir le faible soutien qu’il recevait de chez lui. Il en était déjà conscient ; il ne l’oublierait – ni ne le pardonnerait – jamais.

Pour l’instant, il jouissait de l’amitié et du soutien de Niccolini et de sa femme, la merveilleuse Caterina Riccardi. En vérité, tout le personnel de la Villa Médicis semblait à la fois l’apprécier et être fier de lui – comme les autres maisonnées de Galilée, sauf que celle-ci n’avait pas peur de lui.

Niccolini répondit sèchement à Florence :

Concernant ce que Votre Illustrissime Seigneurie me dit, à savoir que Sa Grandeur n’a pas la volonté de couvrir ses dépenses ici au-delà de son premier mois de séjour, je ne crains point de répondre que je ne souhaite pas débattre de cette question avec lui ; car ce signor est mon invité, et je préfère encore prendre ces frais à ma charge. Les dépenses n’excéderont pas quatorze ou quinze scudi par mois, tout compris ; s’il devait rester ici six mois, cela se monterait donc à quatre-vingt-dix ou cent scudi, pour ses domestiques et lui.

— Une trop petite somme pour qu’un grand-duc fasse preuve de radinerie, dit-il tout haut, mais il ne l’écrivit pas.

La troisième déposition de Galilée ne devait être qu’une formalité, complétant les étapes de tous les procès en hérésie : confession, défense, abjuration. C’était à la fois une confession et une défense, et ce que Galilée devait confesser et ce qu’il pouvait dire pour sa propre défense avaient, tant l’un que l’autre, été déjà exprimés lors de la réunion privée avec Maculano.

Le moment venu – le 10 mai, un mois après la première déposition et trois mois après son arrivée à Rome –, Galilée fut renvoyé au Vatican avec le document qu’il avait soigneusement rédigé, le recopiant cinq fois avant de s’en estimer satisfait.

La salle d’examen blanche, avec son crucifix, était comme auparavant, les occupants tout pareils.

Maculano commença par expliquer à Galilée qu’il avait huit jours pour présenter sa défense, s’il le souhaitait.

Ayant entendu cette déclaration formelle, Galilée hocha la tête et dit :

— Je comprends ce que me dit Votre Paternité. En réponse, je déclare vouloir présenter des éléments pour ma défense, notamment afin de montrer la sincérité et la pureté de mon intention, point du tout pour excuser le fait de l’avoir transgressée de certaines façons, comme je l’ai déjà dit. Je présente la déclaration suivante, ainsi qu’un certificat du défunt Illustrissime cardinal Bellarmino, écrit de sa propre main par monseigneur le cardinal lui-même et dont j’ai déjà présenté une copie de ma main.

Il persistait donc à parler du document signé par Bellarmino, qu’il avait bien fait de demander, car il servait de contrepoids crucial à l’injonction fabriquée qui lui avait été présentée au cours de sa première déposition. Ce que Sarpi avait fait en 1616 lui venait enfin en aide.

— Quant au reste, conclut Galilée, je me repose en tous points sur la clémence et la mansuétude dont ce Tribunal est coutumier.

Après avoir signé de son nom, il fut renvoyé à la maison de l’ambassadeur du grand-duc Sérénissime déjà mentionné, aux conditions qui lui avaient été déjà communiquées.

La défense écrite que Galilée avait présentée au commissaire portait essentiellement sur la question de savoir pourquoi il n’avait pas informé Riccardi qu’il écrivait un livre comprenant une discussion de la vision copernicienne. Il expliquait que c’était parce que dans sa première déposition on ne l’avait pas interrogé à ce sujet, et qu’il tenait à le faire maintenant, afin de prouver la pureté absolue de ma pensée et de montrer que j’ai toujours répugné à user de la simulation ou de la tromperie dans toutes mes actions. Ce qui était presque vrai.

Il décrivit l’histoire du certificat qu’il avait obtenu de Bellarmino, et la raison de son existence : il l’avait réclamé afin qu’il lui serve explicitement de guide pour ses actions futures. Il poursuivit en déclarant que ce qu’il disait par écrit, et qu’il avait fréquemment consulté au fil des ans, lui avait sans nul doute fait oublier toutes les interdictions supplémentaires qui n’avaient été qu’orales, s’il y en avait eu, lors de l’une des nombreuses réunions par lui-même initiées en 1616. Les interdictions plus extensives, dont j’entends qu’elles sont contenues dans l’injonction qui m’a été remise et enregistrée, à savoir « enseigner » et « de quelque façon que ce soit », me font l’effet d’être tout à fait nouvelles et inentendues. Je ne pense pas qu’il y ait lieu de douter que j’en aie perdu tout souvenir au cours de quatorze ou seize années, d’autant que je n’avais pas besoin de réfléchir à cette affaire, ayant un tel aide-mémoire valide par écrit.

Tout à fait nouvelles et inentendues, insista-t-il.

Il rappela aussi à la commission qu’il avait remis le manuscrit de son livre aux censeurs de l’Inquisition et obtenu leur approbation. En conséquence de quoi : Je crois pouvoir fermement espérer que l’idée que j’aurais sciemment et volontairement désobéi aux ordres qui m’avaient été donnés ne sera pas retenue par les juges Très Éminents et Très Sages.