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Hélas, un an plus tard, Jeanne va vers son martyre. C’est qu’auprès du roi Charles VII il est des gens qu’elle indispose, et même qui la détestent : l’archevêque de Reims, Regnault de Chartres, et surtout le mauvais conseiller du roi, Georges de La Trémoille, l’ancien ennemi de Pierre de Giac qui vendrait le royaume pour une poignée d’or. Et Jeanne mourra sur le bûcher de Rouen.

Mais c’est à Chinon encore que, dans la nuit du 3 juin 1433, sur l’ordre du connétable de Richemont, une troupe de gentilshommes décidés à tout pour abattre La Trémoille envahit sa chambre, le larde de coups de dague sans parvenir à le tuer : l’homme est trop gras ! Alors on l’emporte vers une prison puis un exil où il ne guérira jamais tout à fait de ses blessures.

Sous Louis XI, Chinon reçoit un gouverneur qui est sans doute le plus grand chroniqueur de son temps : Philippe de Commynes, l’un des hommes que le roi apprécie le plus. Mais les visites royales se feront plus rares à mesure que l’aurore de la Renaissance se lève à l’horizon.

Pourtant, le roi Louis XII vient y faire un assez long séjour tandis que l’on élève, à Blois, ce qui est aujourd’hui l’aile Louis XII du château. C’est là qu’il va recevoir, du pape Alexandre VI, une ambassade dont il attend merveilles, menée par un homme dont il se méfie : le propre fils de Sa Sainteté.

Le 18 décembre 1498, donc, le roi Louis XII, appuyé à une fenêtre du château, regarde monter vers lui un fabuleux cortège : des mules, des pages, des valets vêtus comme des princes de drap d’or et de velours cramoisi précédant trente gentilshommes habillés de drap d’or ou de drap d’argent et portant au cou de lourdes chaînes d’or. Puis une troupe de ménestrels, tambourinaires, joueurs de rebec ou de trompettes habillés comme les autres d’or et de cramoisi mais faisant rage d’instruments faits d’argent pur. Enfin, le plus beau :

« Quant audit duc (le roi l’avait fait duc de Valentinois), il était monté sur un beau et noble coursier, très richement caparaçonné, vêtu d’un pourpoint mi-partie de satin noir et de drap d’or embelli de pierres précieuses et de grosses perles. Sur son chapeau qui était à la mode française figuraient deux rangées de cinq à six rubis de la dimension d’un gros haricot. Il y avait aussi quantité de pierres précieuses sur la bordure de son chapeau entre autres une perle aussi grosse qu’une noisette tandis que même sur ses bottes, on voyait abondance de cordelières d’or bordées de perles. »

De sa fenêtre le roi, dont la cour est assez modeste, apprécie peu cette entrée de cirque mais se contente de bougonner que c’est « un peu trop pour un petit duc de Valentinois ». Quant aux gens de Chinon, ils n’apprécient pas davantage : dans les pays de Loire, cela est bien connu, on est plus sensible à la mesure de l’élégance qu’au faste écrasant d’un Espagnol parvenu.

Mais Louis XII n’a pas le choix : il lui faut faire bonne figure à ce mirliflore s’il veut obtenir la bulle d’annulation de son premier mariage avec la pauvre Jeanne de France, fille de Louis XI, sainte mais disgraciée physiquement, afin de pouvoir épouser Anne de Bretagne, veuve de son prédécesseur Charles VIII.

Il aura sa bulle mais non sans marchandage. César, autoritaire et arrogant, finira par obtenir ce qu’il est venu chercher : la main d’une princesse royale. Ce sera Charlotte d’Albret, sœur du roi de Navarre. Une idéale créature dont on dit qu’elle est « la plus belle fille de France ». Le mariage sera la première cérémonie qui essuiera les plâtres de Blois.

César, après une nuit de noces à laquelle il donnera la plus large publicité, passera un été avec sa belle épouse, lui fera une fille… et disparaîtra dans un nuage de poussière pour ne plus jamais revenir.

Pour Chinon, c’est la fin des grandes heures. Les rois n’y viendront plus qu’en passant. Louis XIII en fera don au cardinal de Richelieu dont les héritiers le conservèrent, sans l’entretenir, hélas ! jusqu’en 1789.

Le château commençait à tomber en ruine. La Révolution et l’Empire dont les déprédations ont été plus graves qu’on ne l’imagine généralement allaient hâter sa fin. Un écrivain, Prosper Mérimée, obtiendra, en 1855, les travaux de consolidation qui se sont poursuivis depuis. C’est l’honneur de la ville et de l’Association des amis du vieux Chinon, attachés passionnément à la résurrection de leur prestigieux passé.

HORAIRES D’OUVERTURE

Janvier, février, novembre et décembre 9 h 30-17 h Mars, avril, septembre et octobre 9 h 30-18 h Du 1er mai au 31 août 9 h 30-19 h

Fermé le 25 décembre et le 1er janvier.

La forteresse est un joyau de l’architecture militaire médiévale.

http://www.forteressechinon.fr/

1- Elle ne le nommera roi qu’après le sacre.

Clisson

La lionne blessée

On reconnaît le lion à sa griffe.

Lettre de Libanius

Un matin de juillet 1343, une brillante assemblée de chevaliers richement vêtus et superbement armés franchit le pont-levis de Clisson, environnée de l’éclat des trompettes et des joyeux propos de ceux qui la composent. Le seigneur du lieu, Olivier III, petit-fils de cet Olivier Ier qui a construit le château au confluent de la Moine et de la Sèvre Nantaise, se rend à Paris aux grandes fêtes que le roi Philippe VI donne en l’honneur du mariage de son second fils Philippe d’Orléans, fêtes auxquelles il a convié toute la noblesse du royaume et aussi celle de Bretagne avec laquelle la veille encore il rompait des lances qui n’avaient rien de courtois. Mais on est en trêve et le roi se pique de chevalerie.

C’est alors le temps de cette interminable guerre de Succession de Bretagne qui met aux prises Jean de Montfort, fils du frère du duc défunt et Charles de Blois, gendre du même duc. Pour l’heure présente, il semblerait que le parti français ait le dessus car le fils aîné de Philippe VI, Jean de Normandie – le futur Jean le Bon – tient Montfort prisonnier à Nantes.

Du haut d’un chemin de ronde, une femme de vingt-cinq ans, brune et très belle, regarde s’éloigner le cortège sans pouvoir se défendre d’un serrement de cœur. Auprès d’elle deux petits garçons, ses fils, Olivier, sept ans, et Jean qui n’en a que trois. C’est la dame de Clisson, Jeanne de Belleville et, en dépit des prières qu’elle ne cesse d’adresser au ciel, la peur ne la quitte pas.

Peur justifiée. À peine arrivés à Paris, les chevaliers bretons sont arrêtés, jetés au Châtelet sous le prétexte d’un rapport parvenu au roi qui aurait fait état de connivence avec le roi d’Angleterre. Le 2 août 1343, Olivier de Clisson est décapité aux Halles de Paris. Son corps est pendu au gibet de Montfaucon mais sa tête est envoyée à Nantes pour y être plantée sur la porte Sauve-Tout.

C’est là que Jeanne va revoir ce qui reste d’un époux bien-aimé : une tête aux yeux clos, exsangue, déjà défaite par la mort, sur laquelle tombe un crachin breton qui ne cesse de noyer la ville. Debout au pied du rempart, la dame de Clisson contemple longuement cette tête avec un désespoir que la haine envahit peu à peu. Comme au jour du départ, elle tient ses deux fils auprès d’elle, sous l’abri de son grand manteau. Et, à ces deux innocents, elle désigne l’affreuse relique.

« Regardez et n’oubliez pas ! Voilà ce à quoi le roi de France, par laide traîtrise, a réduit votre père. »

Et elle leur fait jurer la vengeance. Une vengeance dont elle s’occupe immédiatement. Autour d’elle, on s’assemble. Les vieilles chroniques parlent de quatre cents gentilshommes joints à ceux des vassaux qui veulent reprendre le combat. Avec eux, Jeanne marche sur Brest où le capitaine Le Gallois de la Heuze commande pour Charles de Blois. Ouvert par trahison, le château est pris d’assaut, tous ceux qui y vivent sont passés au fil de l’épée. On ne fait pas de quartier. Puis, quand plus rien ne respire dans le château ravagé, Jeanne repart avec le butin qu’elle vient de conquérir et, pendant quelques semaines, elle va poursuivre de sa fureur tous ceux qui tiennent en Bretagne le parti du roi de France.