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En 1731, nouveau propriétaire : le marquis de Chauvelin qui n’aime guère les femmes mais qui s’est épris follement du château.

Diplomate, puis secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Chauvelin est un homme de cabinet mais aussi un homme de plaisir. La jalousie de son ministre, le cardinal de Fleury, le privera un temps de son beau domaine mais l’amitié du roi Louis XV dont il est le commensal habituel et le compagnon de plaisir l’y renverra pour une douzaine d’agréables années. Des années trop courtes : à Versailles, un soir de 1750 où le marquis joue aux cartes avec le roi, il lâche soudain son jeu et s’abat sur la table, mort, au grand déplaisir de Louis XV qui se montra très affecté de cette fin brutale.

Le fils de Chauvelin ayant disparu avant lui, ses filles vendirent Grosbois au fils du financier Peyrenc de Moras, un ancien perruquier devenu multimillionnaire grâce au système de Law mais qui n’en fut pas moins homme de goût – c’est à lui que nous devons le superbe hôtel Biron où s’abrite actuellement le musée Rodin.

Hélas, le jeune Peyrenc de Moras ne peut conserver Grosbois parce qu’un prince le convoite. Le comte de Provence, l’inquiétant frère de Louis XVI, désire le domaine. Il ne saurait être question de le lui refuser. Le marquis de Brunoy, dont il a convoité aussi le château aujourd’hui détruit, ne le pourra pas davantage car Monsieur sait employer bien des moyens. Il faudra une révolution et la fantastique épopée napoléonienne pour faire de ce prince antipathique et dangereux un roi Louis XVIII conscient de ses responsabilités.

La Révolution commence par chasser Monsieur de Grosbois qui est vendu comme bien national. Mais, la tourmente passée, un nouveau maître se présente : le directeur Barras, l’homme que l’on a surnommé le Roi des pourris.

Cet authentique gentilhomme – il est vicomte et neveu de l’amiral de Barras qui fut l’un des chefs de la guerre de l’Indépendance américaine – s’est jeté comme tant d’autres dans la Révolution afin d’y assouvir son ambition. Membre de la Convention côté Montagne, il a voté la mort du roi et participé à plus d’un acte terroriste alors que, jadis, il a, un temps, brigué la main d’une sœur de la fameuse comtesse de La Motte, auteur du vol du collier de la reine. Pourtant, ce sont ses efforts et ceux du conventionnel Tallien qui ont jeté bas Robespierre et mis fin à la Terreur.

Avec lui, Grosbois connaît des fêtes somptueuses. La maîtresse de Barras, l’éblouissante Mme Tallien, donne le ton mais on y remarque aussi une jolie créole, la citoyenne Beauharnais qui, un temps, a été la maîtresse du directeur et qu’il mariera, presque de force, à un jeune général corse, un certain Napoléon Bonaparte.

Le coup d’État du 18 brumaire marque la chute de Barras et, la mort dans l’âme, il lui faut vendre Grosbois, pour la moitié de sa valeur réelle au général Moreau, le rival de Bonaparte, l’un des généraux les plus en vue de l’heure, l’idole des armées d’outre-Rhin.

Moreau a, lui aussi, épousé une créole, la ravissante Eugénie Hulot, et, follement épris d’elle, il souhaite lui donner pour cadre ce château quasi royal. Tous deux vont y vivre quelques mois délicieux mais Grosbois n’a jamais supporté longtemps qu’une femme règne sur lui. Moreau, aveuglé par la haine qu’il porte à Bonaparte, se laisse entraîner insensiblement dans la conspiration royaliste du général Pichegru qui, souvent, sera l’hôte secret de Grosbois. Grâce à lui Moreau rencontre boulevard de la Madeleine, une nuit de janvier 1804, le fameux conspirateur breton Cadoudal. Les deux hommes pourraient s’entendre car ils ont en commun la bravoure et le sens de l’honneur. Mais Moreau ne peut comprendre son interlocuteur qui, d’ailleurs, a plus de pureté et de vraie noblesse que lui. Il veut bien travailler pour lui-même, pas pour les Bourbons. L’accord ne se fait pas mais Moreau est néanmoins dénoncé. Un mois plus tard il est arrêté, conduit au Temple.

En dépit du grave danger qu’il a couru, Bonaparte se montrera indulgent : Moreau sera seulement embarqué pour l’Amérique avec sa famille. Devenu empereur, Napoléon a racheté tous ses biens – dont Grosbois – à leur juste prix. Mais pas pour lui :

« Allez dire à Mme Bernadotte (Désirée Clary) que je lui donne l’hôtel de la rue d’Anjou et à Berthier que je lui donne Grosbois », déclare-t-il un jour à Fouché qui aimerait bien garder pour lui le château où il a séjourné un temps.

Quand il prend possession de Grosbois, le maréchal Berthier, bientôt prince de Wagram, n’amène pas d’épouse avec lui mais un couple, le marquis et la marquise Visconti, avec lesquels il compose un assez réjouissant ménage à trois. Les salons du château vont en entendre de belles car Angela Visconti, qui est belle mais qui a tout de même passé fleur, est douée d’un caractère impossible. Jalouse comme une tigresse et d’une folle vanité, elle enrage de n’avoir pas ses entrées aux Tuileries.

La cour, en effet, lui est fermée de par la volonté de l’Empereur. Dire que celui-ci déteste la marquise constitue un aimable euphémisme : il l’exècre positivement. Même Mme de Staël n’arrive qu’en seconde position dans l’échelle de ses phobies, et cela depuis l’entrée à Milan, en 1796, des armées du général Bonaparte.

À l’époque, la Visconti avait jeté son dévolu sur le vainqueur et le poursuivait de ses assiduités avec une telle ardeur et un tel entêtement qu’il avait fini par prier Berthier de l’en débarrasser. Le malheureux n’avait que trop bien réussi en tombant éperdument amoureux de la dame. Au grand mécontentement de Bonaparte qui n’en demandait pas tant.

Depuis, le mécontentement est devenu fureur car Berthier ne se déplace plus sans les Visconti qui se sont installés chez lui. Il faut un ordre impérial pour que le maréchal, devenu prince de Neuchâtel en attendant de devenir prince de Wagram, accepte de se donner une épouse digne de lui : la princesse Élisabeth de Bavière-Birkenfeld. Le mariage a lieu le 9 mars 1808.

On pourrait supposer que la Visconti accepte alors de s’effacer ? Même pas. Le ménage à trois restera ménage à trois, le marquis ayant fini par quitter ce monde. Les deux femmes s’entendent bien. La marquise avait d’ailleurs cessé d’être dangereuse car, devenue énorme, elle était à peu près impotente.

Grosbois abritera la dernière nuit française du petit roi de Rome en route pour Vienne avec sa mère. Berthier s’est rallié aux Bourbons mais, se sentant en fausse position, se suicida le 1er juin 1815.

En 1962, René Ballière, président de la Société d’encouragement à l’élevage du cheval français, acquiert le domaine pour y installer un centre d’entraînement pour chevaux de course.

HORAIRES D’OUVERTURE

Dimanches et jours fériés 14 h-17 h

Fermeture annuelle du 1er décembre au 15 mars sauf pour les groupes.

Au premier étage du château a été créé un musée du Trot.

http://www.cg94.fr/boissy-saint-leger/1268-boissy-saint-leger-chateau-de-grosbois_1407504448000.html