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Eugénie comprend très vite ce qui lui arrive et, comme elle est honnête, comme la maréchale l’a toujours reçue avec bonté, elle trouve le courage de cesser toute visite à Jean d’Heurs. À la stupeur de Mme de La Guérivière qui finit par conclure, faute d’information plus précise, que son aristocrate de sœur trouve les Oudinot de naissance trop modeste pour elle.

Or, à l’automne 1810, la maréchale Oudinot meurt à la suite d’une courte maladie, loin de son époux qui se trouve alors en Hollande. C’est seulement l’année suivante que celui-ci peut revenir s’agenouiller sur sa tombe… mais presque immédiatement après il se rend à Bar, chez Mme de La Guérivière. Car si Eugénie est amoureuse d’Oudinot, celui-ci rêve d’elle depuis pas mal de temps. Quelques mois plus tard, l’accord se fait entre eux à la grande stupeur de la sœur aînée.

Le voyage de noces est bref. Le maréchal doit se rendre à Berlin pour y prendre le commandement du 2e corps de la Grande Armée. Eugénie l’accompagne, fière et heureuse. Avec orgueil elle voit son époux entrer dans Berlin à la tête de ses quarante mille hommes et défiler dans Unter den Linden. Mais ensuite il faut regagner la France et la regagner seule : l’Empereur prépare la campagne de Russie.

À Jean d’Heurs où elle est désormais maîtresse, Eugénie occupe ses loisirs à écrire de longues lettres pour l’absent et à monter sa maison sur un pied réellement ducal. Sa vie y est paisible entre sa mère, son oncle le baron de Coussy et ses beaux-enfants… jusqu’à ce qu’elle apprenne par Le Moniteur que son époux est grièvement blessé au fin fond de la Pologne. Alors, n’écoutant que son amour, Eugénie, accompagnée de son seul oncle, se lance sur les routes pour rejoindre le cher Nicolas, priant continuellement pour avoir la joie de l’embrasser une dernière fois.

C’est une folle, une incroyable équipée qui porte Eugénie à la hauteur des héroïnes de roman. Elle réussit non seulement à retrouver son Nicolas encore vivant mais à le ramener à travers les invraisemblables dangers et le drame que fut la retraite de la Grande Armée. Et c’est triomphalement qu’elle rentre avec lui dans leur château. Hélas, c’en est fini de l’héroïsme pour l’un comme pour l’autre. Poussé par sa femme, Oudinot se retourne contre Napoléon. Il fait partie de ceux qui l’obligent à signer son abdication et reste chez lui tandis que le canon tonne à Waterloo… Il en sera récompensé : jusqu’à sa mort, en 1847, il demeurera grand chancelier de la Légion d’honneur et gouverneur des Invalides. Jusqu’à sa mort aussi, il conservera l’amour d’une épouse qui lui a donné quatre enfants.

Pour sa part, Eugénie devient, par la grâce de Louis XVIII, dame d’honneur de la jeune duchesse de Berry. Une dame d’honneur singulièrement dévouée car, lorsque les mauvais jours seront venus pour la folle duchesse, Mme Oudinot demandera la faveur de la rejoindre dans sa prison de Blaye.

Mais c’est à elle que le château doit d’avoir connu nombre d’heures pompeuses car elle avait réussi à en faire un séjour à la fois somptueux et fort agréable. C’est ainsi que, durant la Restauration et la monarchie de Juillet, Mme la duchesse de Reggio allait y recevoir le duc de Berry en septembre 1814 – la fête donnée alors fut mémorable –, le comte d’Artois, futur Charles X la même année, son second fils le duc d’Angoulême en 1818, la duchesse de Berry naturellement en 1825, la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, en 1828, puis en 1834 les ducs d’Orléans et de Nemours, fils de Louis-Philippe.

Après la mort d’Eugénie survenue en 1868, le château passe à M. Léon Ratier, cousin des frères Goncourt, qui va lui donner ses lettres de noblesse littéraires. C’est en effet à Jean d’Heurs qu’Edmond de Goncourt écrit son roman Chéri – ne pas confondre avec celui de Colette – et que les deux frères accumulent des notes pour leur fameux Journal.

HORAIRES D’OUVERTURE

Du 1er juillet au 20 août visites guidées

Josselin

Olivier de Clisson, connétable de France

Roi ne puis, prince ne daigne, Rohan suis.

Devise de la maison de Rohan

Plus beau, plus noble, plus imposant ne se saurait trouver sur cette terre bretonne, si riche cependant en monuments précieux et superbes demeures, que ce hautain château dans son armure de pierres. Il symbolise à lui seul tout un monde féodal et semble résonner encore du vacarme des bombardes et des cris de victoire. Il impose sa loi, il domine le paysage, si paisible cependant et qui peut-être a oublié ; mais lui se souvient. Elles ont vu tant de choses, les hautes tours qui se reflètent immuablement dans la petite rivière d’Oust. Un nom qui va mal à ce tranquille chemin d’eau car il ressemble à un cri de guerre…

Si le château se souvient si bien, c’est peut-être parce que, depuis des siècles, il appartient au même maître : le chef de nom de la puissante famille de Rohan, plus noble que certains rois et dont les branches s’étendent sur l’Europe.

Celui qui, le premier, fonde une place forte sur l’éperon de schiste où s’élevait jadis un poste de guet romain, se nomme Guethenoc, vicomte de Porhoët, mais il a un fils qui se nomme Josselin. Voilà le nom du repaire neuf tout trouvé. Un repaire devenu maison forte qui va connaître bien des vicissitudes jusqu’à l’an 1370 où il entre dans la possession d’Olivier de Clisson, connétable de France.

Au nombre de ces vicissitudes, Eudes II de Porhoët, qui ayant épousé Berthe de Bretagne, fille du duc Conan III, prétendit à la couronne ducale en dépit de tout droit. Cela donna une guerre au cours de laquelle le premier Josselin fut rasé, et quand le fils aîné d’Eudes, Josselin II, en hérita, il ne représentait plus guère qu’un imposant monceau de ruines. L’héritier s’en arrangea sans envier son frère Alain qui avait reçu, lui, la vicomté de Rohan : c’était tout simple, Josselin renaissait déjà de ses cendres.

Par alliances et héritages, il passa successivement aux seigneurs de Fougères, aux Lusignan, aux Valois de France et aux ducs d’Alençon. Mais, au cours de ces années, une page de gloire allait s’y inscrire quand Jean de Beaumanoir en devint capitaine pour Charles de Blois, duc de Bretagne.

Le 26 mars 1351, Jean de Beaumanoir quittait Josselin à la tête de trente chevaliers. Ils se sont confessés et ont ouï messe car, du combat vers lequel ils se dirigent, peu doivent revenir. On est alors en pleine guerre de Succession de Bretagne quand s’opposent Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, sœur du défunt duc Jean III, et Jean de Montfort, demi-frère de ce même Jean III. Montfort a l’aide des Anglais, et c’est un Anglais, Richard Bemborough, que Beaumanoir va rencontrer dans la lande de Mi-Voie entre Josselin et Ploërmel, en un lieu dit la Croix-Helléan Bemborough, qui, de son côté, amène trente chevaliers anglais.

Le combat fut terrible. Au deuxième assaut, Bemborough fut tué mais les Anglais continuèrent la lutte. Il fallut l’exploit fabuleux de Guillaume de Montauban mettant à mal, à lui seul, sept chevaliers anglais pour décider du sort d’un combat demeuré fameux sous le nom de combat des Trente Beaumanoir. Lui était toujours vivant mais comme, blessé, il se plaignait d’une soif ardente, un chevalier français, Geoffroi du Bois, lui a lancé le fameux : « Bois ton sang, Beaumanoir ! »